Tunisie : l’urgence n’est pas Ben Ali actuellement

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Déchu sous la pression populaire, l’ex-président de la Tunisie Zine El Abidine Ben Ali vit en exil en Arabie Saoudite depuis le 14 janvier 2011. Poursuites judiciaires, remise de l’économie à niveau, rétablissement d’une bonne gouvernance politique, les institutions y sont en branle.

S’il est indispensable de rendre justice à la Tunisie pour les fautes que l’ex-président aurait commises, il semble plus important pour les nouvelles autorités de travailler à rétablir l’image d’un pays foudroyé par une gestion opaque du pouvoir d’Etat pendant 23 ans sous le règne d’un dictateur historique. Redonner confiance aux investisseurs, redresser l’économie tunisienne, instaurer une bonne gouvernance politique, économique et sociale, freiner l’émigration, sont les priorités de cet Etat d’où est née la révolution arabe fin décembre 2010.

Depuis l’Arabie Saoudite, Ben Ali est poursuivi par la justice de son pays. Il a été condamné par contumace le 4 juillet, à 15 ans de prison pour détention illicite d’armes et de stupéfiants après l’avoir été,son épouse Leila Trabelsi et lui, à 35 ans d’emprisonnement chacun (et au paiement de 45 millions d’Euros d’amende) pour détournement de fonds publics et malversations. Il risquerait même la peine capitale pour certaines affaires notamment d’homicide volontaire et de torture.

La justice, oui ! Elle contribue à asseoir la gouvernance exemplaire. Son indépendance et son renforcement apporteront plus de confiance aux Tunisiens ! Les 93 chefs d’accusation qui pèsent contre ben Ali et son entourage paraissent fondés et doivent faire l’objet d’actions judiciaires afin de rendre justice au peuple de Tunisie non seulement, mais aussi et surtout servir de référence pour l’histoire du monde de ceux qui y croient ou qui n’y croient pas.

L’application des peines prononcées contre l’ex-dictateur dépend du bon vouloir de son pays hôte l’Arabie saoudite, qui lui non plus, n’a pas encore franchi la ligne rouge du printemps des revendications démocratique.

Les caciques du régime Ben Ali, en ligne de mir

Une parodie de justice ou une mascarade selon l’accusé, une plaisanterie selon un de ses avocats, ces procès n’auront pas l’effet attendu par les Tunisiens, eux qui réclament son extradition. Ce procès est néanmoins le bienvenu, car il illustre «une rupture symbolique avec le passé», l’a signifié l’avocat français Jean-Yves Le Borgne.

Les anciens de son régime, arrêtés en Tunisie subiront de plein fouet les foudres la justice, pour ceux n’ayant pas été aussi forts que ‘’leur tête’’ pour fuir au moment où a commencé leur déclin. C’est d’ailleurs le souhait de nombreux défenseurs des droits de l’Homme qui pensent qu’il serait plus judicieux de juger d’abord les membres du clan en détention en Tunisie.

Cependant, le pays s’est affaissé sur le plan économique du fait de l’insécurité, des mouvements sociaux et de la crise libyenne. Il faut donc raviver la coopération, renforcer le processus démocratique amorcé grâce aux mouvements sociaux, par l’organisation d’élections justes, transparentes et équitables, puis redresser l’économie.

Un manque à gagner de 5 milliards de dollars

En Tunisie, le PIB a connu un recul de 7,8 % au cours des quatre premiers de 2011 par rapport au dernier trimestre 2010, soit un manque à gagner de cinq (5) milliards de dollars, selon le journal «Jeune Afrique».  Même si le gouvernement provisoire a déjà mobilisé 2 milliards de dollars auprès des bailleurs comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement et l’Union européenne, le fossé demeure toujours visible. Sur les cinq prochaines années, la Tunisie a besoin de  125 milliards de dollars pour sa relance politique.

Le ralentissement de l’activité économie qui a suivi la fuite de Ben Ali a engendré 200 000 chômeurs, portant le nombre de demandeurs d’emploi à 700 000, soit 19% de la population active. Face à cette situation, le projet de création de 20 000 postes à la fonction publique, envisagé par le gouvernement s’avère insuffisant. il faut en plus soutenir les petites et moyennes entreprises pourvoyeuses d’emplois.

L’enlisement du conflit libyen sape davantage les efforts de relance de l’Economie tunisienne, par la baisse du rythme des exportations tunisiennes (le commerce vers la Libye aurait chuté de 32% depuis la chute Ben Ali), et par l’afflux des réfugiés libyens et le retour des expatriés en nombre important à la charge du gouvernement et des familles tunisiennes.

Une forte chute des investissements étrangers

Dans l’optique de satisfaire toutes ces exigences et attentes sociales, le gouvernement de transition a pour priorité de relancer le secteur du tourisme en réinstaurant la sécurité, de rassurer les investisseurs et reconnecter les banques en renforçant la gouvernance.

Le tourisme a pris un sérieux coup du fait l’insécurité, et les investissements directs étrangers se font rares et ont enregistré une chute sans précédent de 24,5 % par rapport à la même période l’an passé, alors que les entreprises étrangères emploient plus de 300 000 salariés.

La traque des biens et avoirs du président déchu (entre 5 milliards et 10 milliards d’euros dispersés aux quatre coins de la planète) pourrait, un tant soit peu, contribuer à renflouer les caisses de l’Etat transitoire et lui permettre d’élargir la bourse des finances publiques, d’affronter le chômage et rassurer les banques.

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