Le RPN de Harouna Dicko au créneau contre la nouvelle loi sur la CENI

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Harouna Dicko, président du RPN. Photos yasni.fr

Il fallait s’y attendre! A peine a-t-on adopté la loi mettant fin prématurément aux mandats des membres de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) que  des avis et critiques des citoyens, mais surtout des hommes politiques se font entendre. C’est le cas du RPN qui dénonce une loi en violation du code électoral et l’attitude du gouvernement, dans une déclaration rendue publique dans les colonnes du journal « Le Pays ».

Le Rassemblement politique nouveau n’est pas un parti nouveau aux observateurs de la vie politique burkinabè. Ni d’ailleurs son président, Harouna Dicko. Ce n’est pas autant en raison de son poids politique que l’on connait ce parti, mais surtout pour ses déclarations et coups médiatiques qu’il a su orchestrer, bref, pour son audace politique peut-on dire. Son président justement, un homme politique sorti du bois à l’occasion de la présidentielle 2005, n’a pas manqué d’occasions et de trappes pour  attirer les pleins feux sur son modeste parti. On peut s’imaginer aisément que la CENI soit dans son collimateur, après avoir fait plier cette institution en 2006, dans le bras de fer juridique qui les opposait et à l’issu duquel il a obtenu le report des législatives. Mais cette fois, c’est le gouvernement et son projet de loi adopté le 05 juillet par l’assemblée nationale qui est visé par la déclaration du RPN.

Empêchée de fonctionner sur la base du consensus tel qu’on l’a voulu à sa création, la CENI était au cœur des préoccupations de la classe politique, jusqu’à l’initiative du gouvernement d’en appeler à la représentation nationale pour mettre un terme au mandat des commissaires. Ce qui n’est pas sans susciter des interrogations, et mieux, de la part de ce parti, des accusations d’ingérence et de violations d’articles du code électoral. Que cette intervention soit en violation des articles du code électoral, c’est là une question qui n’a pas constitué une pierre d’achoppement pour les parlementaires. La nouvelle loi serait donc en violation des articles 8 qui détermine le quorum pour siéger, 32 qui traite du serment et 33 sur les immunités accordées aux commissaires. Surtout quand l’œil du juriste peut bien différer de celui du politicien dont on ne peut pas toujours saisir les manèges.

Mais pour le reste, le gouvernement s’en est défendu devant les élus, en présentant son projet comme la seule alternative qui restait et qui n’est pas en méconnaissance de l’indépendance de l’institution ni une immixtion dans son fonctionnement.

La déclaration du RPN met surtout à jour la question de l’opportunité de cette loi. En effet, le mandat normal des membres prenait fin en septembre prochain, et pour le RPN, le gouvernement pouvait bien patienter le temps de deux mois. Qui plus est, il s’agit d’une loi à propos d’une institution qui passera surement sur la table de discussion du Conseil Consultatif sur les Réformes Politiques (CCRP). Le RPN qui est y représenté est mieux placé pour préjuger de cette éventualité.

La déclaration ne se limite pas à la loi sur la CENI. Dans une opposition en permanente quête d’unité, l’actualité politique ne s’offre pas à elle comme une aubaine. Et comme chaque acte ou attitude peut se justifier, c’en était l’occasion. Le RPN qui se définit dans une « opposition réelle au pouvoir de la quatrième république », fustige dans sa déclaration une certaine opposition dont il se démarque. De même réaffirme-t-il son refus de « s’affilier à un quelconque chef de fil de l’opposition » en sus de siéger au CCRP, remettant ainsi en question le statut de l’opposition qui souffre de graves entorses. On le sait désormais, le statut de l’opposition est une question au menu des discussions des conseillers sur les réformes, à la grande satisfaction du RPN qui n’en demandait peut-être pas mieux.

 

Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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