Discours du Chef de l’Etat : le décorticage du chef de file de l’opposition.

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« C’est sa volonté peut-être de respecter la lettre et l’esprit de l’article 37. C’est ma compréhension». Celle de Me Bénéwendé Sankara. Suite à la remise au Chef de l’Etat des résultats de la session du Conseil consultatif sur les réformes politiques, le chef de file de l’opposition politique livre une analyse critique du discours prononcé à l’occasion, et revient sur certaines questions autour des réformes politiques.

 

Burkina24 (B24): Quelle analyse générale faites-vous des propos du Chef de l’Etat lors de la remise du rapport des travaux du CCRP

Me Bénéwendé Sankara (MBS): Nous allons convoquer tous les partis politiques de l’opposition [ndlr affiliés au chef de file de l’opposition politique] pour apprécier et avoir une position commune de tous les 34 partis de l’opposition. C’est la règle ainsi. Mais en attendant, chacun y va de son commentaire. J’ai suivi le discours du Chef de l’Etat comme tout citoyen. Comme je le disais à vos confrères, un Chef d’Etat généralement prête serment et jure de respecter la constitution, les lois et les règlements de son pays. Donc, s’engager à respecter la constitution, pour moi cela ne veut rien dire. C’est superfétatoire. Mais concernant notre pays et concernant notre Chef d’Etat, le dire ainsi est une bonne chose, à mon avis. C’est la preuve qu’il ne devrait pas y avoir d’autres interprétations sous-jacentes sinon que c’est sa volonté peut-être de respecter la lettre et l’esprit de l’article 37. C’est ma compréhension. Des lois ont été violées allègrement dans ce pays. Et quand le Chef de l’Etat dit que cette fois-ci il va respecter la loi, il faut le prendre au mot.

 

B24: A propos du CCRP et de sa composition, le Chef de l’Etat a parlé de « représentants de larges composantes de la nation », de dialogue inclusif ou encore de consensus…

MBS: Non, il n’ya pas de consensus. On ne peut pas parler de consensus si vous laissez plus de la moitié sur le tapis. C’est cela que nous avons voulu éviter au niveau de l’opposition politique en demandant par exemple qu’on fasse de l’article 37 un point non négociable. Personne n’est contre le principe des réformes. Bien au contraire, nous en avons toujours été demandeurs. Le problème, c’est le cadre. On fait les réformes dans quel cadre ? Chaque fois qu’on crée des structures comme cadre de réformes, ce sont des structures dérogatoires du droit commun. Nous avons une république avec ses institutions, on crée les structures parce qu’il y a une crise. On a créé le collège des sages parce qu’il y avait une crise, pour faire des propositions. Aujourd’hui on crée le CCRP parce qu’il y a crise. Mais si vous ne prévoyez pas les mécanismes pour intégrer les recommandations, qu’est-ce qu’on en fait ? La preuve, les propositions du CCRP sont à titre consultatif et seront remises aux Chef de l’Etat qui en fera ce qu’il veut. Nous avons demandé que ce soit un cadre neutre qui ne soit pas présidé par un membre du bureau politique du CDP. Vous avez également vu l’usurpation qui vient d’être faite par des partis qui se disent de l’opposition et que nous ne connaissons pas du tout, et qui violent la loi sur le statut de l’opposition. Je pense que le gouvernement ne devrait pas être complice. Nous avons attaqué le décret au niveau du Conseil d’Etat pour dire que ce n’est pas normal.

 

B24: Après le défaut d’accord autour de la modification de l’article 37, n’avez-vous pas le sentiment  que vos craintes quant à la neutralité du CCRP n’étaient pas fondées ?

MBS: Ah si. Elles sont fondées. Quand vous considérez la composition du bureau, ce n’est pas un bureau neutre. Ensuite quand vous considérez l’équilibre au niveau des 68, il n’est pas favorable à la neutralité. La neutralité et l’indépendance supposaient de mon point de vue des préalables, c’est-à-dire qu’on ait défini le cadre ensemble.

 

B24: Ceux qui se sont intéressés aux travaux du CCRP ont pris connaissance dans la presse de certains éléments abordés. Quelle appréciation faites-vous de ce que nous savons déjà comme résultats de ces travaux, notamment (comme cela vous concerne directement) la proposition de relecture du statut du chef de file de l’opposition politique ?

MBS: Toute loi est perfectible. Par rapport à la loi sur le statut de l’opposition politique, il faut dire que cette loi ne date pas d’aujourd’hui. C’est une loi qui date de depuis 2000, mais qui n’a connu d’application que dix ans après. Ce qui veut dire que pendant tout ce temps, la loi était posée. Il a fallu attendre 2009 pour que l’assemblée nationale, procède à une relecture, sur la base des propositions faites, à l’époque, par le Cadre de Concertation des partis de l’opposition (CPO), la majorité, la société civile… toutes ces propositions ont été réunies par le même Arsène Bognessan, président la commission ad’hoc en son temps. Il connait donc les tenants et les aboutissants de cette loi ainsi que ses limites.  La relecture de 2009 a permis d’ailleurs de clarifier le jeu politique.

 

B24: Pour vous alors, ceux qui estiment que les absents au CCRP ont tord se trompent-ils?

MBS: Tout à fait. Nous avons une raison : nous disons qu’on ne joue pas avec la démocratie. Il ne faut pas faire de la supercherie. Tout ce qui a été dit au niveau du CCRP, il n y a rien de nouveau. Si vous considérez tous les rapports, celui du Collège des Sages, celui du MAEP, ceux des ONG, les libres penseurs, la presse, vous verrez que ce n’est pas le principe de reformer qui pose problème.

B24 : certains pressentent le scénario du référendum pour décider de la modification ou non de l’article 37. Que pensez-vous de ce scénario ?

MBS: Ce serait aussi respecter la constitution.

B24: S’il faut en venir au référendum, l’opposition pourra-t-elle faire pencher la balance en faveur d’un non?

MBS: attendons de voir.

 

Interview réalisée par Justin YARGA

 

 

 



Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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Il y a 1 commentaire

  1. J apprecie le courage et l’envouement de ce media qui est burkina24. Desormais nous a la diaspora pourront s’impregner de la vie au faso. je suis tres content pour vos debut dans cces entretiens. je vous propose de cibler aussi nos freres qui ont fait la difference dans le monde de la diapora. bon vent

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