Affaire Justin ZONGO, les coulisses du procès.

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L’affaire Justin ZONGO qui a secoué le Burkina Faso tout entier a connu son dénouement. Le procès tant attendu de cette affaire a rendu son verdict le 23 août 2011.  Retour sur les coulisses du procès.

 

Le gardien s’exprime mieux que les élèves!

 

Les témoins élèves étaient les plus nombreux à ce procès. Ils étaient pour la plupart des camarades de classe de Justin Zongo. L’absence du témoin principal, dans la matinée, au moment où il était appelé à la barre, a suscité un remous dans la salle. Son témoignage était pourtant capital. Il témoignera plus tard dans la nuit, mais à titre de renseignements.

De manière générale, ce procès a permis de mettre à nu le faible niveau d’expression de ces élèves en français. Incapables de formuler des phrases correctes, ils s’exprimaient dans un français à vous couper le souffle, pour des élèves de la classe de troisième. Le gardien de l’école où fréquentait feu Justin Zongo a étonné plus d’un en s’exprimant dans un français qui a suscité l’admiration et certainement fait pâlir de jalousie beaucoup d’élèves.

Certes, la baisse générale du niveau de l’enseignement au Burkina est à déplorer mais il n’en demeure pas moins qu’à ce procès cela était criard. L’audition des témoins s’est poursuivie au cours de la nuit et c’est en ce moment que certains policiers ainsi que les témoins experts ont été entendus.

La nuit ; ambiance au palais et aux abords

Pleine à craquer dans la matinée et au cours de la journée, la cour du palais de justice s’est vidée un peu de son monde la nuit venue. La fatigue a eu raison de plusieurs. Le dispositif sécuritaire est resté intact. Les parkeurs ont veillé et les péripatéticiennes qui, habituellement, longeaient le trottoir en face du palais, à une certaine heure, ont disparu.

Dans la salle d’audience, le public clairsemé qui est resté malgré la fatigue, résiste au sommeil, difficilement. Somnolence ça et là. Il ne restait plus que quelques journalistes qui, du haut de leur perchoir, ne voulaient rien rater de ce procès, malgré la chaleur qui y régnait.

Alors que la fatigue se faisait sentir de part et d’autre, les avocats de la partie civile, appuyés par ceux de la défense, demandent la levée de la séance et un report au lendemain. Il était 00h passé ! Refus du parquet général qui demandait comment les témoins venus de Koudougou allaient être gérés puisqu’il n’avait pas prévu que le procès dure aussi longtemps. Arguant aussi du fait que des témoins experts ont été mobilisés depuis le matin, le parquet consent néanmoins une suspension d’une heure et demie.

De l’audition des témoins experts

Ces témoins ont reçu, pour la plupart, feu Justin Zongo en consultation, soit  au CSPS du secteur de Koudougou, au CSPS de Rallo ou au CHR de Koudougou. Lors de l’audition de ces témoins, des incohérences ont été relevées, notamment sur les dates d’admission de feu Justin Zongo dans ces différents centres de santé avec surcharges sur l’un des carnets de santé du défunt.

De  l’audition du Dr. SOULLY/OUATTARA Nadège, il ressort que cette dernière a consulté le défunt le 18 février 2011  alors qu’il était dans un « état de conscience obnubilée et présentait un syndrome infectieux et méningé ». Une ponction lombaire a alors été faite. Selon ses propos, ce LCR (Liquide Céphalo Rachidien) présentait un aspect macroscopique trouble. Mais l’analyse de laboratoire effectuée sur sa demande a conclu que ce liquide était bien clair. Or, le rapport médical du défunt établi sur demande du procureur par le Dr. OUEDRAOGO T. Victor et contresigné par deux de ses collègues a conclu tout de même à un LCR clair. Ce qui a conduit à l’approbation du diagnostic précédemment posé par ses collègues, à savoir une méningite d’origine bactérienne.

Cependant, le Dr. THIOMBIANO Rigobert, médecin spécialiste en maladies infectieuses au CHU-Yalgado OUEDRAOGO, par ailleurs technicien de laboratoire a été entendu par la cour et sa conclusion est tout autre. N’ayant pas eu de contact direct avec la victime, il s’est basé sur le dossier médical ainsi que le carnet médical du défunt, mis à sa disposition par le juge d’instruction. Dans ses conclusions, il écarte la thèse de la méningite bactérienne mais affirme que la victime serait bien morte de syndrome méningé fébrile dont l’éthologie reste à déterminer. Ce spécialiste a relevé que le diagnostic  précédemment posé par ses collègues a péché par l’absence d’examens tels la radiographie du crâne de la victime ainsi que de la cage thoracique et de la colonne vertébrale et même d’un scanner.  Ces examens, a-t-il dit, auraient certainement permis d’aboutir à d’autres conclusions.

A la suite des témoins experts, les auditions se sont poursuivies avec les témoins policiers.

« Vous voulez me faire la force, je ne suis pas un voleur, je ne peux pas rentrer au violon comme ça». Cette phrase aurait été prononcée par le défunt Justin Zongo. C’est ce qui ressort notamment de l’audition de l’assistant de police YEDAN Moustapha qui a affirmé que ces propos lui ont été rapportés par l’assistant NEBIE. Il aurait dit cela au moment où l’officier Roger Narcisse KABORE a ordonné de le tenir à disposition. Ce qui en termes simples signifiait le garder à vue alors que l’assistant NEBIE Balébi voulait le mettre au violon.

« Tout le peuple burkinabè est responsable de la mort de Justin ZONGO ».

Au cours de sa plaidoirie, Me Moumouni Kohpio, avocat de la défense tout en s’inquiétant au sujet de la paix sociale au Burkina a affirmé que « tout le peuple burkinabè est responsable de la mort de Justin ZONGO ».  Il a par ailleurs déploré l’attitude des oncles de la victime qui n’ont été capables ni de se déplacer pour le voir lorsqu’il agonisait, encore moins de lui fournir l’argent nécessaire pour honorer ses ordonnances médicales alors qu’ils en avaient les moyens.

Le parquet général, avant de prononcer sa réquisition, a déploré l’errance dramatique de feu Justin ZONGO, à la recherche, entre autres, d’argent pour payer son amende. Le parquet, a requis 10 ans d’emprisonnement ferme, au vu des circonstances atténuantes, citant les consultations médicales antérieures aux coups portés, la déficience dans la prise en charge médicale, l’évasion,  l’absence d’autopsie, ainsi que les enquêtes de moralité favorables aux accusés.

Les avocats de la partie civile, après un rappel des faits, ont fait remarquer que cette affaire démontre par ailleurs la nécessité que les avocats puissent assister les clients depuis les enquêtes préliminaires.

Avez-vous une intime conviction ?

C’est à cette question bien difficile que les jurés, après l’audition des témoins, les plaidoiries de la partie civile, la réquisition du parquet général, et les plaidoiries de la défense devaient répondre au cours des délibérations, avant l’énoncé du verdict. A l’énoncé du verdict, un silence bien lourd a plané dans la salle d’audience. Aucune manifestation de quelque nature ne s’est faite entendre.

La cour a donc suivi le parquet dans sa réquisition, en partie. La sentence est donc de 10 ans d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt et condamnation aux dépens pour les assistants FAYAMA Bèma et NEBIE Bélibi et 8 ans pour l’officier Roger Narcisse KABORE.

Les avis divergent au sortir de ce procès qui se veut pédagogique et la défense entend se pourvoir en cassation. Affaire à suivre donc.

 

La foule dans la salle d'audience après le verdict Ph. B24

 

Il y a 1 commentaire

  1. C’est tr?s bien pour les hommes comme ?a.Dans ce pays pour peu que tu as un probl?me au Commissariat ou ? la gendarmerie c’est un cauchemar.cependant les vrais bandits circulent devant eux.On a en marre des comportements des policiers et gendarmes.
    C’est la m?me chose aujourd’hui.
    J’ai d?j? fait la cellule d’une gendarmerie ici mais je vous assure que bas niveau des salaires va occasioner beaucoup de m?faits chez ces gens l?.Il ya en aussi qui veulent vivre au del? de leur moyens.
    Tous officiers de police ou de gendarmerie veut rouler en voiture. C’est dure quand m?me.

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