FLAVIEN SAWADOGO, du lycée Bogodogo à la capitale mondiale du jeu: Itinéraire d’un jeune architecte Burkinabè à Las Vegas.

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Architecte à Las Vegas aux États-Unis, Flavien Sawadogo a immigré aux États-Unis pour étudier et pratiquer le métier d’architecte.  Burkina 24 a approché cet ancien pensionnaire de Toussiana pour partager son expérience avec tous les jeunes burkinabé qui rêvent d’embrasser le métier d’architecture. Le parcours pour devenir architecte,  la réalité de la profession, ses projets architecturaux aux États-Unis, les difficultés liées au développement d’une architecture pour un pays en développement, voilà autant de questions abordées dans cette interview.

 

Burkina 24 (B24): Parlez-nous de votre cursus scolaire au Burkina et aux États-Unis ?

Flavien Sawadogo: J’ai fait le primaire à l’école internationale de l’amitié à Ouagadougou. Après mon CEP, j’ai passé les quatre années suivantes à l’internat de Toussiana. De Toussiana, je suis revenu à Ouagadougou où je me suis inscrit au Lycée Bogodogo en Seconde et choisis la série C en classe de première. Après mon Bac, je fis une année préparatoire en Anglais à Accra, au Ghana à l’université de Legon. En août 2002, je pris l’avion à destination de l’université d’Idaho aux USA après avoir été admis dans le programme d’architecture. Le programme offert à cette période me donna la possibilité de combiner mon Bachelor et mon Master en cinq ans au lieu de six ans. En 2007, j’ai reçu mes deux diplômes.

B24: Pourquoi avez-vous choisi l’Amérique du Nord plutôt que l’Europe pour poursuivre vos études  ?

F. S. : Comme beaucoup de jeunes burkinabé, j’étais beaucoup plus attiré par les Etats-Unis que l’Europe. Les possibilités aux USA semblaient plus intéressantes et multiples, de même que la qualité de la formation comparée à l’Europe.

B24: Parlez-nous un peu de vos études en architecture. Qu’est ce qui vous a amené vers ce domaine d’étude?

F. S. : Lors de mon séjour à l’internat de Toussiana, j’ai eu l’opportunité d’être exposé au dessin industriel et à la menuiserie. Cela fut le début de mon attrait pour les domaines techniques et de construction. Mon appréciation des mathématiques et de la physique consolida mon intérêt pour l’ingéniorat. La proximité de l’un des premiers architectes du Burkina au domicile de mes parents a aussi joué un important rôle dans mon désir de devenir architecte.

B24: A quoi ressemble la profession d’architecte comparée aux autres professions et quels conseils donneriez-vous à des jeunes burkinabè qui souhaitent devenir architecte ?

F. S. : La profession d’architecte telle que je la connais ici aux USA est une profession pour les passionnés du domaine et ceux qui n’ont pas peur de travailler de très longues heures. La profession d’architecte ici aux USA demande une mise à jour continu des compétences dans le domaine pour un maintien du titre d’architecte. C’est un domaine où on ne finit jamais d’apprendre. Pour ceux qui considèrent faire carrière en architecture, mon conseil est d’être patients et tenaces. C’est un métier qui est très exigeant. Cependant, il n’y a rien de plus gratifiant que de passer devant un bâtiment et de savoir que l’on a joué un rôle dans sa construction. Peu de métiers donnent la possibilité d’admirer le fruit de notre labeur jour après jour.

B24: Parlez-nous un peu des projets architecturaux auxquels vous avez participé aux États-Unis, et ceux qui sont en cours?

F. S. : J’ai participé à la conception  et à la création de multiples bâtiments totalisant au moins 60 000 mètres carrés de surface. Parmi ces projets, on compte des bâtiments universitaires, des natatoires, des structures pour parc, et des bâtiments à usage commercial. Le projet dont je suis le plus fier est un natatoire que nous avons bâti pour la ville de Las Vegas. J’ai eu le privilège de concevoir ce bâtiment et de participer à la création des dessins de construction. Ce projet avait consisté à étendre les saisons d’utilisation de la piscine. Pour y arriver, il a été décidé de doter la piscine d’un bâtiment la protégeant des intempéries extérieurs. Ceci permet aujourd’hui l’usage de la piscine à longueur d’année. Le projet le plus demandant sur lequel j’ai eu à travailler jusque là, est un projet qui est en cours de construction. C’est un projet de construction en plein cœur de la ville de Las Vegas sur le boulevard principal. Ce projet consiste en un bâtiment commercial à trois niveaux avec un écran publicitaire d’une hauteur de plus de 20 mètres et une longueur de plus de 70 mètres formant une des façades du bâtiment. La dernière composante de ce projet consiste en un pont piéton permettant de traverser en hauteur une avenue a quatre voies.

B24: Vous êtes aussi enseignant à “College of Southern Nevada” depuis 2010, où vous dispensez un cours dans le domaine de la construction. Quels conseils donneriez-vous aux étudiants, afin qu’ils puissent mieux préparer leur carrière professionelle?

F. S. : Je dirais à tous les étudiants désirant se lancer dans le domaine de l’architecture de prendre le temps de visiter des chantiers de construction autant que possible et si des opportunités se présentent d’y participer même en tant qu’ouvrier au besoin. Cela leur permettra de mieux comprendre le processus d’assemblage des différents éléments qui permettent la construction  des bâtiments. D’autre part, je leur dirais aussi de développer l’art de l’observation qui leur sera très utile dans le futur pour la conception et la résolution de conflit de construction. Très souvent, nos créations ne sont que des modifications des œuvres déjà vues et de notre capacité d’innover en réponse à des paramètres bien précis établis pour un projet donné. Finalement, je leur dirai d’etre très studieux car c’est un domaine très sélectif ici aux USA.

B24: Que pensez-vous de l’architecture au Burkina Faso ? Peut t-on dire que le Burkina a une architecture qui lui est propre ? Si oui comment se caractérise t-elle ?

F. S. : Je ne saurais vous donner une réponse valable du fait que toute mon expérience jusqu’à présent a été acquise en Amérique du Nord. Cependant, on peut reconnaitre une influence de l’architecture arabe dans certaines régions.

B24: Au Burkina Faso, nous remarquons que l’architecture de nos habitations traditionnelles, notamment les cases rondes, n’ont pas connu d’évolution majeur au cours des dernières décennies. Selon vous, comment cela s’explique t-il ?

F. S. : Cela est une question qui devrait être posée à des architectes plus avisés que moi dans ce domaine. Cependant, mon opinion personnelle est que les architectes travaillent généralement pour des clients assez nantis pour les rémunérer, que ce soit dans le public ou le privée. De ce fait, leur expertise à très peu porté sur le milieu traditionnel qui a très peu de ressources pour faire appel à leurs services.

B24: Quelles sont les difficultés liées au développement d’une architecture propre à un pays en développement comme le Burkina Faso?

F. S. : Une fois de plus, je pense qu’il y a des personnes plus qualifiées que moi pour répondre à cette question. Le peu que j’ai pu constater lors de mes brefs séjours à Ouagadougou ces quatre dernières années, m’emmène à dire que le manque de moyens financiers est probablement le  problème majeur. Ce manque de ressources ne permet pas la recherche appliquée nécessaire au développement de l’architecture du Burkina Faso. En Amérique du Nord, il y a tout un système de recherches qui est en place et qui permet l’amélioration des matériaux de construction et l’usage de matériaux locaux. Tout cela pour aboutir à des bâtiments plus économiques, technologiquement avancés et qui réduisent leur impact sur l’environnement. Finalement, je pense qu’il est important pour le Burkina de développer un système robuste de vérification de la qualité des matériaux ainsi que des méthodes améliorées de construction pour s’assurer de la solidité des bâtiments, et le bien être des personnes qui y travaillent ou y habitent.

B24: En tant que membre de la diaspora, comment comptez-vous investir pour le développement du Burkina?

F. S. : Le développement du Burkina est une chose qui me tient à cœur, tout comme la majorité des Burkinabé de la diaspora. Nous tentons tous dans la mesure de nos moyens et de nos capacités d’apporter notre pierre à la construction de notre nation. Pour ma part, j’espère pouvoir continuer de promouvoir le Burkina partout où les opportunités se présentent et dans mes actions et comportement de tous les jours pour promouvoir les valeurs et l’idéal burkinabé. Ceci dans l’espoir que demain, plus de Burkinabés se verront offrir la chance d’accéder à des opportunités auxquelles ils n’avaient pas accès auparavant. De grandes idées personnelles au Burkina, j’en ai. Cependant, je laisse cela au temps.

B24: Un dernier mot?

F. S. : Je tiens à vous remercier de m’avoir donné la possibilité de partager mon expérience bien que courte. J’encourage tout un chacun à garder la foi et de ne pas baisser les bras durant les périodes difficiles. En temps que membre de la diaspora, nous portons tous le drapeau burkinabé et il est de notre devoir de le porter avec fierté et respect, et de toujours le hisser plus haut que ceux qui nous l’ont passé.

 

Entretien réalisé par Sandra Zoungrana

Burkina 24



Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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Il y a 3 commentaires

  1. M. Sawadogo, merci pour votre franchise ? mentionner vos propres limites en ce qui concerne l’architecture ds les PVD et en particulier au B Faso, pays o? j’ai v?cu. Aujopurd’hui, j’habite le Mali, je mOccupe de financement de l’habitat, et je constate une tr?s grande difficult? `asugg?rer ou introduire des architectures et techniques nouvelles, ?cologiques, moins co?teuses. Que pouvez-vs conseiller ? Avez-vs un contact plus vers? sur la question avc qui je pourrais communiquer ? Merci `al’avance et bons succ?s ds vos projets. PG

  2. ca fait notre fierte de saoir que les burkinabe se battent partout.j ai eu la chance de voir ces realisations vous faite references et je vous felicite

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