Kadhafi et l’Occident: Et l’insouciance l’emporta

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La bataille en Libye est achevée avec la mort à Syrte du colonel Mouammar Kadhafi le jeudi 20 octobre 2011, après environ huit mois de combat. Il a payé le prix de son hostilité ouverte contre les occidentaux qui ont profité de la révolte arabe pour lui faire rendre des comptes, cher payés.

Au déclenchement de la révolution ou printemps arabe née en Tunisie avec l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, personne ne s’imaginait que le père de la révolution libyenne, défenseur incontesté des ‘’Etats unis d’Afrique’’ se retrouverait un jour, un seul, en fuite dans son propre pays, encore moins abattu.

Même avec la chute de Ben Ali et de Moubarak, cela était un rêve d’un futur encore imaginaire. Lui, le guide, qui à l’éclatement de la révolte en Libye avait traité de rats à exterminer les manifestants, avait levé l’inquiétude éventuelle de son éviction du pouvoir en se disant ‘’guide’’ et non président comme ceux précédemment déchus.

Son fils, le plus aimé du guide, a en son temps promis des rivières de sang chez les révoltés avant de s’enfuir à Syrte avec le père au summum des combats dans la capitale, Tripoli. Des rivières de sang, il y en a peut-être eu, mais cela s’est conjugué avec la débandade de la dynastie autocratique Kadhafi.

Deux poids deux mesures

Cependant, n’eût été la résolution de l’ONU permettant l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne par l’OTAN mue entre temps par des frappes chirurgicales et des bombardements tous azimuts contre le guide, son pouvoir, ses adeptes et ses avoirs, le Conseil national de transition (CNT) serait réduit au silence ou en cendres comme ce fut le cas à Bahreïn et actuellement en Syrie et au Yémen.

La culture est différente ; le Proche et Moyen Orient n’étant pas le continent noir, le système de deux poids deux mesures reste d’actualité. L’expérience de l’Afghanistan et de l’Iraq en a fait leçon. Echec des troupes d’invasion, chaos et désordre chronique, pillages de tous ordres.

Mouhammar Kadhafi est rattrapé aujourd’hui par son inimitié historiquement envers les Etats unis (et de facto la Grande Bretagne), et plus récemment envers la France, puissance politique incontestable en Europe, capable d’allier presque tous les 27 à sa cause en une fraction de seconde.

Dans les années 1980, la Libye est considérée comme le paradis des radicaux antioccidentaux. Le pays est alors accusé de soutenir le terrorisme international, et d’être directement impliqué dans l’attentat d’une discothèque de Berlin, et l’explosion d’un avion américain à Lockerbie en 1988.

Un avertissement négligé

En 1986, la capitale libyenne est bombardée par l’administration américaine conduite par Ronald Reagan, qui surnomme Mouammar Kadhafi “le chien fou du Moyen-Orient”. C’était un avertissement que le guide a négligé.

Isolé de la scène internationale, Kadhafi tente de modérer son anti impérialisme et regagne un peu la ‘’confiance’’ de ses ennemis. Le guide n’a pas su se guider face à la rancune et surtout l’avidité du pétrole libyen de ses ennemis ‘’jurés’’, même si par moments, certains ont semblé jouer à sa faveur avec la levée de l’embargo sur les armes imposé à la Libye par les mêmes.

Avant que la contestation n’atteigne son apogée, une solution lui était encore à portée de main, à l’image du Maroc de Mohamed VI, roi de son état qui a su manager la grogne et apaiser la situation sans s’attirer les foudres des prétendus défenseurs de la démocratie, ces Occidentaux qui n’agissent qu’en protection d’intérêts égoïstes.

Egaré, le guide libyen vient finalement  de perdre la bataille et même la guerre. Lui, Mouhammar Kadhafi est mort, le CNT ayant remporté la victoire sur tous les plans, fera régner une loi sévère en l’encontre des Kadhafi et adeptes arrêtés sur le front ou en fuite.

Allégeance à l’Occident

Les Chefs d’Etats africains qui pour la plupart ont bénéficié des soutiens matériels, financiers et de l’expertise l’ont lâché aux premières heures de son voyage de non retour au pouvoir, tout simplement de non retour.

Des ‘’Kadhafi’’, il y’en a de par le monde ; des Amériques en Orient en passant par l’Afrique. Cependant tant que les tyrans au pouvoir pluri-décennal s’accordent à l’allégeance due à la métropole ou plutôt à l’Occident entier, ils règneront et toujours sur leurs peuples assignés dans la misère, la répression et l’oppression, sans être inquiétés.

Le guide libyen excentrique devrait un jour tomber dans le filet à cause de son anti impérialisme. Le printemps arabe n’aurait été qu’un prétexte qui a précipité sa chute, sa mort. Sa fin entre ainsi dans l’histoire, comme son règne (1969-2011).

Après Kadhafi, les Européens voudraient voir subir un sort identique ou pire un président zimbabwéen, comme Mugabé qu’ils comparent à leur échec sur le continent.

S’il est vrai que le colonel a régné sans partage sur la Libye pendant 42 ans, il le serait davantage qu’il ait travaillé à renforcer l’autonomie financière et politique de son pays des prédations mondaines et mondialistes des grandes puissances. N’est-ce pas cette insouciance à l’égard de celles-ci et de ses ambitions panafricanistes et hautement indépendantistes qui lui a valu ce sort?

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