Programme « emploi-jeunes » du Gouvernement: un programme « volontariste » qui mérite le bénéfice du doute.

Monsieur Daniel Da Hien, coordonnateur de l’ONG Afrique jeunesse, s’est prêté aux questions de Burkina24, à la faveur du forum national des jeunes 2011. 

Daniel Da HIEN, Coordonnateur de l’ONG Afrique Jeunesse. Photo Burkina24


Au centre de cette interview, des questions liées à la jeunesse burkinabè, abordées lors du forum dont le programme « emploi-jeunes » annoncé par le gouvernement. Mais aussi le leadership jeune et l’action de son ONG avec les jeunes. Les 1er, 2 et 3 décembre dernier se tenait à Dori le forum national des jeunes. Un rendez-vous de la jeunesse avec les gouvernants dont elle garde, au lendemain, entre autres la promesse d’un programme ambitieux en matière d’emploi : un programme spécial de création d’emplois pour les jeunes d’un coût de 10 milliards de francs CFA.

Burkina 24 (B24) : Que pensez-vous de l’idée d’organiser un forum national pour les jeunes, au lendemain de la 6ème édition ?

Daniel Da HIEN (DDH) : L’idée de l’organisation d’un forum national annuel est partie des associations de jeunesse qui, par la suite ont eu un écho favorable auprès des autorités nationales, en l’occurrence les ministres chargés de la jeunesse en son temps, à savoir TOU Ludovic et OUEDRAOGO Daniel. C’est donc une très bonne idée, une occasion pour les jeunes directement concernés d’une part de se frotter, d’échanger et de se former et, de communier avec les plus hautes autorités de ce pays.

B24 : Qu’est-ce que ces rencontres apportent à la jeunesse burkinabè en terme de retombées ?

DDH : Les retombées sont de toutes sortes. D’abord, c’est l’occasion de poser tous les problèmes spécifiques à chaque Région au Chef de l’Etat qui, le plus souvent, sur place, demande à ses ministres de résoudre rapidement le problème posé. Et jusque là, les vrais problèmes posés ainsi ont vite trouvé solution. Ensuite, c’est l’occasion pour tous les départements ministériels d’exposer leurs ambitions pour la jeunesse et de recevoir sur place des feed-back. Enfin, c’est le lieu des grandes décisions touchant directement les jeunes ; en termes, bien sûr d’activités de grande envergure contribuant à leur promotion. En exemple, une année, c’était le lancement du Fonds d’appui aux initiatives de la Jeunesse (FAIJ) ; cette année c’est le lancement d’un Programme spécial de création de l’emploi pour les jeunes.

B24 : Création d’un programme-emploi jeunes de 10 milliards de francs CFA, un emploi à chaque jeune d’ici 2015. Ces promesses faites aux jeunes à l’issue de ce forum sont -elles réalistes ?

DDH : Croire ou ne pas croire ? Là n’est pas la question. Le plus important c’est l’engagement pris. Et çà c’est ce qu’on attendait depuis longtemps du Chef de l’Etat pour accélérer ‘’l’émergence du Burkina Faso’’. J’appelle cela un programme volontariste et pour cela, tout le monde doit lui accorder le bénéfice du doute. Un adage dit, ‘’qui ne risque rien n’a rien’’.Le Chef d’Etat a pris un risque et çà, il faut l’applaudir et travailler à associer toutes les forces du pays pour faire de son engagement une réalité et cela, au delà des clivages politiques. Au finish, ce sont les jeunes, pour qui nous luttons depuis bientôt trente ans, qui vont gagner. Et je pense que c’est réaliste. Le Burkina a les moyens humains pour le réussir pourvu que les exécutants de ce programme y mettent de la bonne foi.

B24 : Le chômage est un problème commun aux jeunes du monde entier. Quelle est la spécificité de ce problème pour le Burkina? Est-ce dû seulement à la situation de sous développement que connait le pays, ou bien les choix politiques, le système éducatif ont leur part dans ce problème ?

DDH : Tout le mode reconnait l’impact du système éducatif sur le chômage des jeunes mais çà ne saurait être une échappatoire.   Le système éducatif burkinabé à ses différents niveaux (primaire, secondaire, universitaire) ne permet certes pas à ses produits d’être opérationnels dans leur milieu. Les gouvernants du moment doivent assumer cette situation et proposer des solutions au chômage des jeunes.

En effet, le chômage demeure aujourd’hui un problème alarmant du fait de son accroissement numérique, de la diversification de ses causes et facteurs mais surtout de l’extrême importance de ses conséquences économiques et sociales sur les jeunes.

A cette défectuosité du système éducatif s’ajoute une inadéquation entre la formation et l’emploi et un vide entre la formation théorique et le marché du travail. Cela a pour conséquences une faible qualification des demandeurs d’emplois, un manque d’expérience professionnelle pour les nouveaux demandeurs d’emplois et une qualification, lorsqu’elle existe, inadaptée aux besoins des employeurs qui privilégient l’opérationnalité la plus rapide.

Aussi et dans le même ordre d’idée, il faut noter les difficultés de financement pour l’auto-employabilité des jeunes. En effet, en dehors du système bancaire qui a connu une évolution quantitative, de nombreuses structures de financement des activités économiques de tout niveau ont été mises en place par l’Etat. Malheureusement, ces systèmes restent toujours inaccessibles à un grand nombre de jeunes.

B24 : Quelles qualités possède notre jeunesse et qui pourraient contribuer au développement économique du pays ?

DDH : La jeunesse burkinabé est très riche en imagination, en innovation et en adaptation. Notons en passant que les jeunes de 15 à 35 ans représentent près de 70% de la population burkinabé. C’est une donne à prendre en compte. C’est aussi une couche sur qui devrait reposer les différentes stratégies sectorielles de développement.

Regardez un peu le dynamisme des jeunes burkinabé de la diaspora, des jeunes Burkinabé travaillant dans les banques ou dans les sociétés de téléphonie; ils occupent des postes de responsabilité où ils s’exercent avec des résultats tangibles. Notre jeunesse a l’engagement nécessaire à toute stratégie de changement, elle a aussi les compétences recherchées dans d’autres pays. Tout ce qu’elle demande, c’est d’être mise à contribution. Trouvez du boulot pour seulement 50% des 70% de la population que constituent les jeunes et vous verrez les changements pour notre pays.

B24 : Le chef du gouvernement a promis que « Plus jamais rien, concernant la jeunesse, ne se fera sans elle. » Pensez-vous que la jeunesse burkinabè est assez engagée et possède les moyens nécessaires et les leaders capables d’influencer la politique du gouvernement en sa faveur ?

 DDH : Çà aussi, çà ressemble à du déjà entendu, mais la différence ici est que çà vient du Chef du Gouvernement ; ce qui peut redonner de l’espoir aux jeunes ; j’estime pour ma part que les problèmes de la jeunesse sont ceux de la société dans son ensemble, et qu’il faudrait identifier et satisfaire les besoins et les aspirations de la jeunesse dans le cadre intégral des politiques et des stratégies générales de développement social et économique. Et venant ainsi du Chef du Gouvernement, je ne peux que me réjouir. La jeunesse burkinabé est très engagée et possède les leaders à même de l’accompagner dans ses plaidoyers pour une vie meilleure

B24 : Votre ONG est partout présente au Burkina dans le cadre d’un projet d’éducation et de formation des jeunes pour la démocratie. Quelle appréciation pouvez-vous faire des résultats de votre projet sur le terrain et de façon générale de la contribution des jeunes au processus démocratique et à la paix dans notre pays?

DDH : Effectivement voici bientôt deux (2) ans, que le Réseau Afrique Jeunesse, avec l’appui financier du Fonds des Nations Unies pour la Démocratie (FNUD), exécute un projet d’éducation et de formation des jeunes pour la démocratie dont l’objectif général est de renforcer les capacités des jeunes filles et garçons en vue de leur participation efficiente à la gestion des affaires publiques et au contrôle citoyen.

Synthétiquement, les résultats obtenus dans la mise en œuvre du projet d’éducation et de formation des jeunes pour la démocratie sont les suivants :

Le renforcement des capacités de plus de 7 000 jeunes leaders d’associations sur des questions essentielles en matière de tenue des élections libres et transparentes, de participation efficiente à la consolidation de la démocratie, de prévention et de résolution des conflits, de leadership ;

La création de cadres d’échanges qui ont permis à 4 500 jeunes d’échanger avec les représentants des candidats  à l’élection présidentielle de novembre 2010 autour des programmes de société proposés ;

L’observation de l’élection présidentielle par 400 jeunes qui ont pu suivre de près le déroulement de la campagne électorale, des opérations de vote, et de participer au dépouillement, grâce aux accréditations de la CENI. Cela a contribué à cultiver le droit de regard des citoyens jeunes vis-à-vis des affaires publiques ;

La réalisation de trente (30) représentation de théâtre forum au profit de plus de 29 000 jeunes (surtout de milieux ruraux), en langues nationales Mooré et Dioula, sur la nécessité de l’implication  des jeunes dans les processus électoraux ;

Des associations de jeunesse du Burkina Faso sollicitent l’appui du Réseau Afrique Jeunesse pour l’animation de conférences au profit de leurs membres sur la démocratie, la participation des jeunes aux processus électoraux, les conflits électoraux…

B24 : Avez-vous un mot à l’endroit de la jeunesse burkinabè ?

DDH : Juste lui dire d’oser croire pour vaincre les obstacles qui se dressent devant elle. Rien n’est immuable et les mains tendues vers elle depuis ces derniers mois sont des signes annonciateurs de lendemains meilleurs.

 

 

 

 


Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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