La zone euro va-t-elle éclater suite à la perte du triple A français ?

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Le docteur Hassan Mahamat-Idriss est économiste et consultant-chercheur à Lyon en France. Le samedi dernier, il a fait une analyse adressée à « ses amis », autour de la crise dans la Zone Euro,  et plus, sur les répercussions que celle-ci aura sur le Franc CFA. Une réflexion digne de foi qui interpelle plus d’un ouest et centre-africains.

La zone euro en déclin? ph. Reuters

« La zone euro va devoir faire face à la plus grave crise de son histoire au point où son existence est désormais menacée. La perte du triple A de la France suivie de la perte du triple A du Fonds européen de stabilité financière (FESF), constituent des arguments économiques et financiers importants. La perte du triple A français provoque déjà aujourd’hui une envolée des prix des carburants (+ 2% à 5 % d’une station à l’autre) et l’effritement de la monnaie euro face au dollar. Cette perte du triple “A” a un impact certain sur le moral et le portefeuille des français. Sur le plan européen, la perte du triple “A” du FESF qui vient d’être décidé par S & P, plombe davantage l’économie de la zone Euro qui est déjà mise à mal. Il est incontestable que cette nouvelle perte du triple “A” pour la zone euro peut modifier le fonctionnement et la capacité d’action des fonds de soutien à la zone euro.

Standard & Poor’s a dégradé la France et huit autres pays de la zone euro, que les garanties dont jouit le Fonds européen de stabilité financière (FESF) vont avoir du mal à être relevées. Ce nouveau coup pour les pays de la zone euro remet en question la création prochaine de la structure du Mécanisme européen de stabilité financière (MES) qui doit prendre la suite du FESF. L’argument selon lequel ce mécanisme sera doté de capital “en dur” et non plus de garanties pour le protéger des soubresauts de la crise n’a pas suffi pour convaincre Standard & Poors (S&P).  D’ores et déjà, il est perceptible que l’impact chiffré de la décision de S&P est important avec la perte ce soir du triple A du FESF malgré que les deux autres agences de notation internationales (Moody’s et Fitch rating) n’ont pas modifié leurs notes. Elles le feront prochainement puisque les pays de la zone euro auront des difficultés pour augmenter les garanties financières en augmentant la capacité de remboursement de leurs dettes, qui doit s’accompagner d’une véritable volonté politique de sortie de crise. Il est aujourd’hui peu probable que les quatre pays de la zone euro (Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Finlande) qui conservent encore leur sacro-saint triple A mettent la main à la poche. Il est évident que le FESF ne puisse continuer à opérer sans ce “triple A” en raison de l’impossibilité pour la France et l’Autriche de garantir le fonds avec une note maximale comme les quatre précédemment cités. Une telle situation pourrait conduire au renchérissement des coûts de financement. La réalité est que la capacité actuelle de prêt de 440 milliards d’euros du FESF pourrait chuter de 170 à 180 milliards d’euros selon les calculs d’économistes, auxquels s’ajouteraient les 43,7 milliards déjà engagés dans les programmes d’aide à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal.

Tout calcul fait, on se retrouverait avec une somme disponible comprise entre 215 et 225 milliards d’euros, un montant largement insuffisant pour rembourser la dette globale des pays membres de la zone euro et couvrir les besoins du plan d’aide à la Grèce (130 milliards d’euros). Quid donc le Mécanisme européen de solidarité (MES) qui doit entrer en vigueur le 1er juillet 2012, censé disposer des capacités plus importantes que le FESF. Les prévisions indiquent que le MES pourrait disposer d’une capacité effective de prêt de 500 milliards d’euros – soit bien plus que le Fonds monétaire international (FMI). Il ressort que le MES disposera de 80 milliards d’euros de capital “en dur” et de 620 milliards d’euros de capital mobilisable en cas de besoin et il reposera sur une structure de droit international public, contrairement au FESF qui est basé sur le droit privé luxembourgeois.

En principe, ces deux spécificités pourront lui permettre d’obtenir sa propre notation de crédit comme le FMI ou la Banque européenne d’investissement (BEI), totalement indépendante de celles de ses Etats actionnaires, et de pouvoir recourir plus facilement à l’effet de levier afin de démultiplier sa capacité d’action si cela devenait nécessaire.

Tous les experts s’accordent à reconnaître que les politiques de rigueur qui seront mises en place ne porteront pas leurs fruits. Les inégalités de richesses et le niveau de développement hétérogène entre les pays membres vont retarder une reprise économique rapide dans la zone euro. L’impact psychologique de la décision de S&P, conduira la France à développer un complexe d’infériorité face à l’Allemagne pour maintenir une relation d’égal à égal. Le choix de Sarkozy d’aller en Espagne au lendemain de la perte du triple A montre le nouvel axe qui se noue entre les deux pays dégradés par S&P. Le couple Merkel – Sarkozy est-il déjà mort ? Si tel est le cas, il ne serait pas exclu que la zone euro soit démantelée dans un avenir proche.

NB : Ne confondons pas les 3 agences de notation dont les critères d’évaluation sont différents.

S & P évalue la capacité d’un État ou d’une organisation à rembourser ses dettes et sa capacité à mettre en place despolitiques réalistes qui l’accompagnent.

Moody’s évalue la probabilité de faillite d’un pays ou d’une organisation et Fitch Rating évalue les dettes des banques et leur capacité de remboursement. S & P est l’agence la plus rigoureuse et la plus impartiale de toutes. Sa décision est prépondérante sur celles des 2 autres.

L’impact de la perte du triple A français sur le Fcfa.

Chers amis,

Notre joie que la dévaluation du Fcfa n’aura pas lieu est de courte durée. Cela ressemble à une plaisanterie de mauvais goût. La France vient de perdre ce soir un A des sacro-saints 3A (AAA) qui déterminent la capacité et la viabilité d’une économie compétitive à pouvoir faire face à ses dépenses publiques et privées. Pour rappel, la note 3A (AAA) certifie au marché financier qu’un pays est bien géré et qu’il peut donc rembourser ses dettes (prêts). Plus la note est élevée, moins il emprunte cher. Le triple (A) est la note maximale qui fait office de 20 sur 20. Cette note permettait à la France d’emprunter sur le marché à 3,2 % de taux d’intérêt sur 10 ans. La perte du triple (A) français se justifie par le niveau élevé de la dette publique, le niveau élevé des déficits publics et le poids des dépenses publiques. Tous les ratios de la France sont aujourd’hui plus mauvais que ceux des autres pays encore détenteurs du triple A.

Quel impact aura la perte du triple A français sur le Fcfa ?

Avec un double (2A), la France emprunterait à 4% à 5% de taux d’intérêt. Cela représenterait 5 à 10 milliards d’€ de plus à trouver pour le budget 2012. A votre avis, où est-ce que la France va trouver cette somme tout en sachant que son économie n’est plus compétitive ?

La question de la dévaluation du Fcfa tant redoutée va refaire surface et posée sur la table par la France qui garantit la parité fixe et la convertibilité illimitée du Fcfa. Elle ne pourra plus garantir la monnaie africaine et l’Allemagne s’y oppose déjà. Incontestablement, les 65% des avoirs extérieurs des pays africains de la zone FCFA détenus par le Trésor public sur un compte d’opérations seront confisqués par la France pour rembourser sa dette publique qui s’élève à près de 1400 milliards d’€ (État et Collectivités) et 7 000 milliards d’€ de sa dette privée (dettes des entreprises privées) pour reprendre ses 3A. En définitive, la dévaluation du Fcfa si elle est décidée, elle permettra aux entreprises françaises non compétitives de déverser leurs stocks de marchandises sur le marché africain qui connait une croissance annuelle globale qui varie entre 4% à 5%.

Dr Hassan MAHAMAT-IDRISS

Économiste, Consultant-Chercheur

Lyon, France.

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