Donsharp 2Batoro: “Je me suis vu comme ambassadeur de notre culture”

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Donsharp dans les locaux de Burkina24. ©Burkina 24

Invité du Rendez-vous des Stars le samedi 28 janvier dernier, l’artiste chanteur parolier, Donsharp à donné de découvrir en lui l’ambassadeur de la culture africaine et le revendicateur d’une identité culturelle africaine. Nous vous invitons à découvrir l’histoire du concepteur de la ”griotique”.

Burkina24 : Bonjour Donsharp, bienvenu à Burkina24. Présente-toi à nos lecteurs.

Donsharp 2Batoro: Je suis à l’état civil Seydou BATORO, gourounsi de Thion. Mon nom d’artiste a d’abord été Donsharp, et j’y ai maintenant adjoint mon nom de famille pour qu’il devienne ‘’Donsharp 2Batoro’’. Je suis chanteur, parolier de la grande famille de ‘’la griotique’’, forme musicale qui a pour principal leitmotiv la revendication d’une identité culturelle africaine. J’associe à la tradi-modernité la comédie musicale basée sur le folklore burkinabè.

B24 : Quelle est la différence entre le slameur et le parolier ?

D2B : Pour ce que je sais du slam, il est né dans les années 70 dans les ghettos de New York et c’est la forme moderne de la poésie, qui se pratiquait dans les rues. Le slam n’a pas forcément besoin d’instruments de musique. Or quand on parle de griotique, on désigne d’abord l’action de quelqu’un qui conte, et les instruments de musique traditionnelle viennent en soutien à la voix du conteur. Dans nos villages, au cours des contes au clair de lune autour du feu, on fait généralement une pause pour laisser entendre les rythmes cadencés et les refrains qui vont avec l’histoire contée. J’ai vécu cette façon de conter, et je l’ai simplement modernisée. C’est alors un peu différent du slam. Mais certains me disent slameur, et ça ne me dérange pas.

B24 : Comment es-tu passé du rap à la comédie musicale telle que tu la conçois ?

D2B : J’ai commencé le rap au lycée, pour suivre la mode. J’ai voulu faire comme 2Pac ou Almighty Stezo, et frimer devant les na-na et me faire voir (rires). Et puis j’ai eu des camarades devenus fans et ce sont eux qui m’ont surnommé Don Sharp, ‘’monsieur (au verbe) tranchant’’. Après le Bac je suis rentré au Burkina pour l’université, avec le rap. J’y ai été influencé par les groupes comme Soofa, Yeleen, Impact235 et j’ai créé le groupe CPF (Campus Plateforme). Nous avons gagné des prix et ça nous a rendus de plus en plus sérieux. Malheureusement, dans un groupe, les ambitions et les vocations peuvent diverger. Aussi, faute de producteur, le groupe s’est disloqué. Mais puisque j’avais la musique à cœur, j’ai voulu reculer pour mieux sauter. Je me suis fait engagé comme agent commercial dans une agence de tabac, à Fada N’Gourma pour un an.

A la fin de ce contrat et de retour à l’Université, j’ai choisi de m’essayer en chant au lieu du rap. De là est née l’album « La parenté à plaisanterie dans le Binon » avec six (06) titres, d’où mon premier clip vidéo avec le titre ‘’Univers du campus’’. Les étudiants ont aussi bien aimé la chanson que le clip et j’ai été propulsé. Des personnes comme Papus Zongo m’ont écouté et conseillé de clipper  ‘’Le mariage’’ qui est une chanson purement en Binon. Je l’ai fait et cela m’a donné mon premier trophée, le Tiercé or de la musique burkinabé. J’ai alors continué pour faire un deuxième album genre tradi-moderne ; j’y ai ajouté le conte, car tout rappeur a déjà l’art de la parole. J’ai aussi eu l’idée de moderniser le conte qui manquait franchement de valorisation. J’ai alors baptisé mon album : « l’Afrique vous parle ». On y  entend de la kora en live, de la percussion et du bendré ; c’est gourounsi, c’est africain.

B24 : Tu as participé à la réalisation du spectacle de la Rentrée RTB 2011. Quelle expérience en tires-tu?

D2B : Ça m’a d’abord beaucoup surpris d’être appelé à y participer. Avant la sortie de l’album au studio, ceux qui l’ont entendu m’ont dit que le message est trop codé, mais au fond de moi je le voyais déjà en clip et j’avais en tête ‘’l’Afrique vous parle’’ comme titre de l’album. Puis, l’agence Productions Universelles de Salif Sanfo m’a contacté d’abord pour les prix Gallian 2011. Je lui aurais été recommandé. Mon manager m’a demandé d’improviser quelque chose pour les journalistes, de jouer avec le direct. Après cela, j’ai été retenu pour la Rentrée RTB dont le Mogho Naaba Baongo était parrain. J’ai apporté ma touche et complété l’équipe qui comptait David de Faso kombat, Toudeba Bobelle comme parolier et la chanteuse Saly Sanou. Nous avons travaillé deux semaines durant avec des danseurs pour faire un spectacle d’1h 15mn. Ce fut une expérience très enrichissante. J’y ai subtilement joué  3 rôles : conteur, slameur et présentateur. Des appréciations me sont parvenues de Guinée Bissau, d’Italie, de Lyon, de la diaspora burkinabé.

Pochette de l'album ''l'Afrique vous parle''

B24 : Ton dernier album « L’Afrique vous parle » participera-t-il au kundé 2012 ?

D2B : Je ne sais pas. Je fais ma musique, et si le jury d’une compétition me juge partant pour une catégorie, ça me va. Mon objectif est de contribuer à l’internationalisation de la culture burkinabé et d’être un porte-étendard de la culture africaine. Je suis africaniste et je me dois de faire de telle sorte que quand on écoute du Donsharp, qu’on entende l’Afrique. J’apprécierais d’être dans la compétition, que j’obtienne un prix ou pas. Je garde la tête sur les épaules et continue mon travail avec ou sans trophée, car j’ai un objectif : je ne dois pas décevoir mon public.

B24 : Après la sortie de « l’Afrique vous parle » as-tu eu des retours de membres de ton ex groupe CPF ?

D2B : Nous gardons le contact contrairement à ce que certains pensent. Avec le Toasteur, devenu GRH de profession, et Pitt le rappeur, qui travaille dans une agence de communication, nous parlons. A la sortie de l’album, l’un était présent et l’autre m’a écrit pour m’encourager malgré son indisponibilité.

B24 : Comment Donsharp vivait de la musique à Fada N’Gourma ?

D2B : Je ne faisais pas la musique à Fada. C’est seulement le soir, après ma douche, que je répétais un peu et j’écrivais des textes parfois. J’étais totalement à la disposition de la société qui m’employait. Actuellement, je fais la musique à temps plein, c’est devenu ma profession.

B24 : Quel rêve as-tu pour ton dernier album « L’Afrique vous parle ».

D2B : J’aimerais qu’il soit intergénérationnel, qu’il véhicule un message avec lequel les enfants grandiront. Que les Africains en tirent une conception de la revendication d’une identité culturelle africaine réelle. Des questions comme celle de l’entrée du Noir dans l’histoire, la jeunesse doit les résoudre, en en cherchant l’origine, la réalité et les limites. Quand ton histoire est racontée par autrui, il y a problème. En Afrique, les livres d’histoire, les manuels scolaires depuis même la maternelle jusqu’à l’université sont importés, et contiennent des erreurs lamentables. Prenons exemple sur  l’histoire de Samori Touré. Les livres disent qu’il était sanguinaire, tuait des enfants, pilait des bébés… Mais quand les livres parlent de Napoléon, comme les DJs le disent : « c’est assez d’atalakous ». Mais nous ne pouvons pas continuer comme cela.

Si l’histoire dit que l’Afrique est le berceau de l’Humanité, c’est que c’est le continent même qui crée l’histoire. Mais pourquoi alors revenir des siècles après pour dire que nous ne sommes pas entrés dans l’histoire ? Je suis désolé. Quand on prend encore l’exemple de simples miracles comme l’écriture, elle est née en Afrique. Le fer qui est pratiquement à la base de toutes les inventions, il est né en Afrique. Les pyramides d’Egypte et le théorème de Thalès, qui est originellement égyptien avant que la Grèce (berceau de la civilisation occidentale) ne le détourne, sont nés en Afrique, les premiers pharaons étaient noirs. C’est autant de petites choses qui sont à notre portée. Avec l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication, tout est pratiquement sur le net. Je demande à la jeunesse africaine d’aller à la découverte de son passé. Ça lui permettra de gérer le présent et de prévoir un tant soit peu l’avenir.

La race et la culture noires sont une richesse. Nous ne sommes pas maudits, sinon nous n’aurions pas autant de richesses dans le sous-sol de notre continent. Dieu nous demande d’être unis, et pour cela nous devons savoir qui nous sommes. Aussi c’est parce que je chante que je me suis vu comme ambassadeur de notre culture, et ces petites choses que nous avons apprises, pour continuer l’éducation et l’éveil des consciences au delà des générations. Que celui qui veut me contredire vienne m’affronter. Je lui dirai où je me documente.

B24 : Quelles sont les prochaines productions ou spectacles de Donsharp 2Batoro ?

D2B : Quelques dates sont prévues. Je viens de finir un spot publicitaire pour un forum qui se tiendra le 13 février à Ouagadougou, qui réunira cinquante (50) pays dont les chefs de quatre d’entre eux seront présents. Je l’ai fait pour une équipe parisienne. Le spot d’une autre manifestation est en cours de réalisation. Aussi je discute avec des partenaires venus de Grenoble pour le festival ‘’Séé ni bolo’’ (festival des pieds et des mains) qui doit se tenir à Lyon et à Grenoble. Avec cela il y a des scènes comme la Semaine des Arts culinaires où je me suis produit.

Au-delà il faut retenir que je prépare activement la sortie de mon troisième album que je prévois de produire en deux CD. Le premier sera un pur recueil de contes. Il s’appellera ‘’l’Ecole de la griotique pure’’. L’autre s’appellera ‘’Cadences d’Afrique’’ et on y trouvera des chansons au rythme tradi-moderne et Binon, … Il y a pas mal de travail à faire, mais là où il y a la santé, l’inspiration se trouve. Avant de créer un spectacle pour moi-même, j’attends que la demande des mélomanes soit d’abord satisfaite. Je pense qu’il ne faut jamais se presser, que la musique est une charmante demoiselle capricieuse comme une hirondelle qui vole au gré des saisons. Pour la séduire, il faut de la patience et de l’organisation dans les paroles que tu comptes dire, pour être sûr de ton allure. Sinon tu risque d’aller te casser les épaules.

B24 : Donsharp 2Batoro a-t-il une épouse et des enfants ?

Oui, j’ai deux enfants. Le premier s’appelle ‘’La parenté à plaisanterie dans le Binon’’ née en 2008, et le deuxième ‘’l’Afrique vous parle’’ est né le vendredi 15 juillet 2011. (Rires).Toutes les femmes du Burkina et de l’Afrique sont mes épouses, car elles sont les plus nombreuses à l’écoute de ce que nous, artistes, faisons. Alors je ne pourrais en exclure aucune.

B24 : Merci d’avoir répondu à nos questions.

D2B : Merci à Burkina24 de m’avoir invité, et merci à tous mes fans et tous ceux qui croient en moi et en ce que je fais.

 

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