Affaire des Ibo : il est temps de se poser des questions

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Le mercredi 4 avril dernier, la température au quartier Cissin est montée d’un cran plus que celle chaude qui prévalait à Ouagadougou. Un Nigérian, de l’ethnie Ibo, aurait été l’auteur de la mort d’un bébé d’un mois qu’il aurait même plongé dans de l’eau bouillante. L’accusé a été soumis à la vindicte populaire qui l’a passé de vie à trépas.  S’en est suivi une chasse aux Ibo dans le quartier. Le phénomène « Ibo » commence à prendre de l’ampleur et il est grand temps qu’on s’y intéresse.

On ne reviendra pas sur les détails de ce qui s’est passé à Cissin. Les versions sont pour l’instant très contradictoires et rendent l’affaire très confuse. Ce qui est constant, c’est que le Nigérian a été expulsé de sa maison pour non paiement de loyer, qu’une rixe ou un fait en rapport avec cette expulsion l’a conduit dans la maison de son voisin qui y avait son bébé. Et cette intrusion s’est soldée par deux femmes envoyées à l’hôpital pour blessures avec couteau et la mort d’un bébé de moins d’un mois sur le corps duquel il y a des brûlures dues manifestement à de l’eau chaude. Le présumé fautif a été soumis à un lynchage à mort et les jeunes du quartier sont décidés à chasser ses compatriotes de leur voisinage.

Une communauté nigériane qui n’a pas bonne presse

Sur ce coup-ci, on laissera  donc à la police le soin de savoir ce qui s’est passé réellement. Mais de ce cas particulier, on peut faire éclore la réflexion et la porter à un niveau plus général et national.

Ce n’est pas la première fois qu’une affaire pas très catholique implique des Nigérians au Burkina. Des enfants kidnappés, des disparitions suspectes, des pratiques occultes et on passe sous silence les suspicions de fraude sur Internet. Ces suspicions fondées ou pas sont nourries par une mauvaise réputation qu’on colle à leur peau.

Pour être franc et sans prendre de gants, les Ibos n’ont pas bonne presse au Burkina. Est-ce fondé ? Est-ce vrai ? Sans doute, sinon, on ne comprendrait pas pourquoi les gens se braquent et pensent systématiquement lynchage dès qu’ils apprennent qu’un de ces ressortissants est impliqué dans une macabre affaire. Et il n’est pas rare d’entendre des commentaires du genre « ils ne sont pas bons » ou « ils sont mauvais ».

Voilà le constat et voilà le problème. Il faudrait maintenant trouver des solutions. C’est certain que ce ne sont pas tous les Ibo qui sont mauvais et il n’y a que quelques brebis galeuses qui ont donné cette fâcheuse renommée. Mais encore faut-il le savoir.

Peut-être aussi que les Nigérians ont transporté avec eux ici au Burkina leur façon de vivre dans leur pays. Des règles qui sont méconnues au Faso et qui expliquent que les gens se braquent. Mais encore faut-il que les Nigérians le sachent.

Sauvons l’essentiel

Il y a donc un problème de savoir  et d’information. Nos autorités et celles nigérianes sont par conséquent interpellées. Aux Nigérians d’expliquer à leurs compatriotes qu’il y a des règles à observer quand on veut vivre sur le territoire burkinabè. Aux Burkinabè de faire attention à ne pas systématiquement se rendre justice. Lyncher est déjà condamnable, mais de là à initier une chasse systématique aux sorcières déborde les limites. N’oublions pas que les Burkinabè de la diaspora sont nombreux et il ne faut pas exclure la possibilité d’un écho symétrique désastreux pour nos frères qui vivent dans les pays de ceux que nous pourchassons.

Tout le monde est donc interpellé. La terre du Burkina est une terre de paix. Que ceux qui demandent l’hospitalité la respectent. Qu’également les hôtes restent stoïques quand leurs convives violent les règles de bienséance. En somme, sauvons l’essentiel.

 

 



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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Il y a 5 commentaires

  1. Pour les fraudes sur internet et sans qui que soit, la chose est monnaie courante au Burkina Faso. Il suffit de frequenter r?guli?rement un cyber au abord de la circulaire, vers l’hopital p?diatrique (azawa) et voir ce qui se passe. Des individus passent leur temps ? extraire les mails des gens et envoient des messages suspects. Depuis plus de 2 ans ils sont l?, au debut ils marchaient ? pieds maintenant tous ont des motos. leur travail rester au cyber du matin ? la nuit tomb?. Allons comprendre.

  2. Pourquoi les autorit?s ne combattent pas les fraudes sur Internet?
    Aux nigerians de ne pas nous donner un spectacle in?dit. Que le minist?re de l’int?rieur tienne des statistiques sur les inconduites et que des chiffres soient donn?s en fonction des origines des m?faits. IL NE FAUT NI ACCUSER NI SE VOILER LA FACE MAIS ON PEUT RATIONNELLEMENT REAGIR FACE AUX CHIFFRES.

  3. L’analyse est tr?s pertinente et doit pouvoir interpeller chacun de nous quant a nos agissements. il ne faudrait pas que l’acte d’un individu nous am?ne ? chatier toute sa communaut

  4. J’ai lu avec inter?t cet article mais au risque de commettre et de regretter certains dires, je souhaiterai que nous ne fassions pas fixation sur l’ethnie de celui qui a commis ce forfait. Rappelons nous que nos compatriotes ont v?cu des situations presque pareil dans certain pays et cel? ne nous a pas ?t? agr?able ? savoir. Pour la cohabitation pacifique des peuples disons nous qu’un “homme n’est pas mauvais parce qu’il est d’une ethnie ou d’une autre”.Le lien n’est m?me pas ?vident donc ?vitons de braquer les projecteurs sur l’ethnie aux risques de faire de tous les ibo des proies de certains esprits pas avertis.

  5. L’analyse est bonne et il n’ya a priori pas de parti pris de la part de l’auteur. Le probleme reside dans le manque de communication des autorites. La police comme les institutions regaliennes ne communiquent que pour se faire une image. Du coup on semble parler de l’essentiel en omettant le plus important. Dans cette affaire, il aurait fallut pour couper court aux rumeurs qu’une autorite se donne la peine de communiquer sur la chose. Ensuite, le Burkina Faso est un pays aux frontieres poreuses..N’importe qui entre et ressort sans etre inquiete ou controle..Nos services de renseignements sont inefficaces. La police a elle seule ne peut pas se charger de ce volet, et l’armee n’a pas reellement un service digne de ce nom..mis a part une cellule ecoute aux mains du puissant RSP. Dans d’autres pays, tout etranger sur le territoire est connu, localise et parfois meme file..Mais a Ouaga comme dans les autres villes, c’est un passoir..

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