Les étudiants Burkinabé de Toulouse à travers leur président pensent que: « Rentrer [au Pays] est un droit et c’est un devoir »

Toulouse, la quatrième ville de France est également une pôle estudiantine reconnue et regroupant des étudiants d’origine diverse dont des Burkinabé. Les dernières actualités n’ont pas été tendres avec cette cité surnommée « ville rose ». Burkina24 a donc initié une rencontre avec nos compatriotes étudiants de cette ville à travers le président de l’Association des Etudiants Toulousains du Faso (AEFAT), M. Abdoul Karim Komi.

 

Burkina24 (B24) : Bonjour monsieur le Président, pouvez-vous vous présenter et nous présenter l’AEFaT ?

 

KOMI ABDOUL KARIM (KAK) : Pas de « Monsieur », « Président » et de « vous » entre nous, voyons ! (ndlr : rires). Laissons-nous emporter par les vents de la fraternité ! Et bien, l’AEFaT est l’Association des Etudiants Toulousains du Faso. Elle a pour objet l’épanouissement et l’intégration des élèves, étudiants et stagiaires burkinabè de la ville de Toulouse. Plus en détails, l’AEFaT, c’est la défense des droits et des intérêts de ses membres mais aussi l’animation de leur vie sociale et culturelle, grâce à l’organisation d’activités socio-éducatives, sportives et ludiques. L’AEFaT, c’est le renforcement des liens amicaux et de solidarité entre le Burkina Faso et la ville de Toulouse dans toute sa diversité. En effet, nous considérons que tout Burkinabè vivant à l’étranger se doit d’être un ambassadeur inconditionnel du Burkina Faso. Par conséquent, nous ne ménageons et ne ménagerons aucun effort pour raconter le pays des hommes intègres, pour l’amener à ceux qui ne le connaissent pas. L’étranger qui dit d’où il vient se fait plus facilement une place car brisant ainsi les barrières de l’ignorance –entre guillemets- de l’autre qui est aussi un étranger, car brisant ainsi la glace des préjugés.

L’AEFaT, c’est plus d’une soixantaine de membres qui sont plus ou moins actifs vu les études, le petit job ou les raisons personnelles que nous respectons bien évidemment. Dans tous les cas, le bureau fait de son mieux pour rassembler autant que possible, pour ne laisser personne au bord du chemin. Bien sûr, l’AEFaT, c’est également un bureau dont Komi Abdoul Karim, moi-même, est le troisième président car en effet l’association est dans sa troisième année d’existence ; Poan Emmanuel, Sangaré Nafila, Pooda Yelena et Zan Antonine sont respectivement secrétaire général, chargée aux activités culturelles et sportives, trésorière et chargée à l’information. Il s’agit là d’une belle équipe dont je suis très fier. Ils sont très motivés et répondent toujours présents. C’est vraiment un délice de travailler avec eux. Voilà donc une présentation assez globale de l’AEFaT avec un bureau à 60% féminin. Le SG et moi, nous espérons bientôt ne pas mener une petite lutte pour l’émancipation des hommes (ndlr : rires).

 

B24 : Pourquoi donc Association des Étudiants Toulousains du Faso et non pas Association des Étudiants du Faso à Toulouse comme le voudrait le sigle AEFaT ?

 

KAK : Certainement parce que cela sort de l’ordinaire. À travers notre dénomination, on a voulu marqué notre vœu d’intégration. Toulouse est notre ville d’accueil. Nous nous sentons donc Toulousains; originaire du Burkina Faso, nous sommes donc des Toulousains du Faso. Dans « Toulousains du Faso », il y a un certain esprit que nous ne trouvons pas dans « Faso de Toulouse ». C’est un sentiment que seuls les membres fondateurs ressentent et ne sauraient que plus ou moins expliquer.

Au travers de l’AEFAT, nous essayons de retrouver le Burkina Faso à travers notre association. Par exemple, il y a « l’hospitality home » qui consiste, chaque mois, à se retrouver chez l’un des membres afin d’échanger autour d’un repas que tout un chacun amène et qu’on partage. Il y a notre culture dont nous faisons la promotion à travers des nuits culturelles. Il y a un tas de trucs que nous faisons parce que nous savons d’où nous venons, parce que nous pensons qu’aucune distance ne saurait nous éloigner de la terre de nos pères, parce que nous estimons que l’intégration – même pour le temps des études – passe par la découverte de l’autre qui nous découvre.

 

B24 : Récemment Toulouse et la France entière a vécu un drame avec l’affaire Mohamed Mérah. Comment l’avez-vous vécue au sein de l’AEFaT ?

 

KAK : (ndlr : un silence) Vois-tu … Certains évènements ne savent que nous laisser sans voix et ce, dans une certaine profonde incompréhension. Toulouse est une ville colorée, calme, sans histoire. Bref, c’est la ville rose. Je la connais bien, cette ville. Je la connais, au moins, autant que Ouagadougou qui est la ville gravée dans le marbre de mon cœur. C’est, une petite ville que cette histoire de tuerie a mis à genoux. Vois-tu … en France, on croise souvent des patrouilles de police qui sont là dans le cadre de la dissuasion mais avec la tuerie, le plan Vigipirate Ecarlate (ndlr : dernier stade du dispositif de sécurité de lutte contre le terrorisme en France) a été appliqué dans toute la région. Il y avait un hélicoptère en permanence dans le ciel Toulousain, des patrouilles partout. Il y avait des policiers à chaque coin de rue, dans le métro et les gares, etc. Il y avait les chaines d’info qui ne cessaient de passer en boucle la même histoire et intensifiant ainsi une certaine psychose surtout durant les 32 heures face au tueur : un jeune homme de 23 ans. Crée en 1981, je crois, c’est la première fois si je ne me trompe pas que ce niveau d’alerte a été atteint. Comment avons-nous vécu cette affaire ? (ndlr : silence) Et bien, nous l’avons vécue avec effroi. Et comme tout Toulousain et/ou Français digne de ce nom, nous avons été touchés, bouleversés par cette affaire. Quand des soldats et des enfants de la république sont tués de la sorte alors la république est agressée dans ses fondements. Il n’y a ni bonnes ni mauvaises raisons pour expliquer un tel acte. Il y a juste de l’incompréhension. On peut juste dire : « je ne comprends pas ! » Nous pensons bien sûr aux victimes et à leurs familles et nous souhaitons que de tels actes ne voient plus jamais le jour ni ici ni ailleurs. Comment avons-nous vécu cette affaire ? Eh bien, nous l’avons si mal vécue que nous ne voulons plus en vivre de la sorte, que nous n’en souhaitons à personne.

 

B24 : N’y a-t-il pas eu un vent de panique de vos membres?

KAK : Bien sûr qu’un vent de panique a soufflé notamment durant les 32 heures face au tueur. Il y a même une compatriote qui n’a pas voulu aller à la fac. Elle s’est en quelque sorte barricadée chez elle. Aujourd’hui, j’avoue que je n’avais pas non plus envie de sortir. Il y avait la police partout et le risque d’attentat n’était pas à négliger. C’est un évènement qu’il fallait vivre pour comprendre son ampleur assez conséquente. Par exemple, une des membres organisait, dans le cadre de son cursus, un gala caritatif le jour même de l’interpellation de Merah; la salle n’était pas du tout pleine pour ne pas dire qu’elle était vide. Alors que plein de burkinabè devaient venir à la soirée, on n’a été que quatre à avoir effectué le déplacement. Plus tard, d’autres avoueront n’être pas venus à cause de l’ambiance qui régnait sombrement dans la ville rose qui n’était pas bien rose ces temps-là. Il valait mieux rester devant sa télé, ses cahiers ou dans son lit.

B24 : Et comment avez vous gérer ce vent de panique?

KAK : L’AEFaT à travers son bureau n’a pas dit grand-chose, je l’avoue. Dans tous les cas, tout le monde vivait et connaissait la situation. On a hésité puis on n’a rien dit finalement. On était face une situation qui nous dépassait ; on n’a pas su s’extirper et s’exprimer à l’égard des membres comme il se devait peut-être. Avec du recul, était-ce une faiblesse du bureau de n’avoir rien dit ? Je trouve que non. Nul ne s’attendait à une telle situation. Y’avait-il quelque chose à dire ? Peut-être. Mais je crois que le message était évident : « Restez chez vous autant que possible ; laissez les autorités compétentes faire leur travail ; priez ! ». Il reste que, personnellement, j’ai eu à rassurer les burkinabè que j’ai eu à croiser. J’estime que d’autres l’ont fait aussi. Cela va certainement de soi.

 

B24 : Revenons donc à l’AEFaT qui est dans sa troisième année d’existence comme tu l’as dit. Trois ans, trois présidents. Est-ce le signe d’une certaine instabilité comme dans d’autres associations Burkinabè à l’étranger ?

 

KAK : Mais non ! Nous n’avons pas les mêmes problèmes. Nous sommes plutôt une jeune association, une petite association avec de grandes et nobles ambitions. Nous avons construit un cadre assez familial où nous savons nous retrouver avec des amis d’autres communautés. Pour l’instant, nous vivons en parfaite harmonie et j’espère bien que cela va durer encore et encore. Diriger une association, c’est plutôt une question de conviction, de vision car, en tant qu’étudiant en thèse, cela me prend énormément de temps. Nous, par exemple, on a placé notre mandat sous le signe de la dynamique nouvelle. Jusqu’à la fin, nous veillerons à créer des institutions afin de construire une AEFaT forte, viable, vivable, durable. Nous veillerons à bâtir un espace d’idée, de projet, de proposition, une AEFaT qui ne saurait appartenir à personne sinon à tous ses membres. Pour te répondre concrètement, on a certainement une certaine philosophie : « il faut savoir céder sa place aux autres » comme l’a dit, je crois, Margaret Thatcher.  Le bureau actuel est neuf à 100%. Bien que rien n’interdise un membre de se présenter  encore et encore, il est préférable que les bureaux passent et que l’AEFaT reste. Il ne s’agit pas de s’éterniser au pouvoir mais de marquer l’AEFaT durant son passage. On n’a pas besoin de toute une vie pour marquer l’histoire. Dans tous les cas, un an dans le bureau d’une association quand on est étudiant, c’est déjà une petite éternité. Une association comme la nôtre, ou toute autre pour les étudiants, se doit d’être rêvée avec respect pour les membres fondateurs, avec ambition et conviction pour les futurs membres. Pour ma part, j’espère que le prochain bureau sera dirigé par une fille. Ça serait intéressant et pertinent à mon sens.

 

B24 : Loin de la patrie quel regard avez-vous sur le Burkina Faso ?

 

KAK : la plupart ne sont pas déconnectés du pays. Il y a la famille et les amis à qui l’on téléphone ou écrit ; il y a internet et de grandes fenêtres comme Burkina24, le Faso.net, les sites des journaux de la place. Il y a même la RTB et la radio national ou Pulsar qui sont  disponibles à travers le net. Il y a aussi ceux qui passent les vacances au pays. Certes, nous n’avons pas et ne vivons pas la vraie réalité du Faso mais nous pouvons oser dire que nous la connaissons assez bien dans sa globalité. Nous avons vécu la « crise militaire » avec beaucoup de peur. Quand on a sa famille et sa patrie qui vivent au milieu des balles alors qu’on est loin, on n’est pas tranquille. Heureusement, le bon Dieu nous a ramenés la sérénité et j’espère pour toujours. Donc voilà ! On a une bonne idée de la situation du pays. Bien sûr, je n’entrerai pas dans les détails et je ne vais pas m’aventurer sur un terrain politique. L’AEFaT est apolitique. Je ne sais pas qui est qui politiquement parlant et je ne veux pas le savoir. Nous vivons mieux ensemble ainsi et c’est tant mieux. Dans l’espace publique de l’AEFaT, la politique relève du privé. En tant que président, j’en fais donc un sujet tabou.

 

B24 : Et politiquement parlant en France ? Voteriez-vous pour lequel des dix candidats ?

 

KAK : Et bien, je crois que tu n’arriveras pas à me faire parler de politique (ndlr : rires). Au moins concernant la politique Burkinabè, je peux me permettre – vu que c’est un droit- d’en parler. En France, c’est plus qu’un tabou, la politique pour moi en tant que président de l’AEFaT. Ma voix peut être très vite vue comme celle de l’association et nous mettre, tous, dans une situation délicate. Nous n’avons pas de chouchou et nous n’avons pas à en avoir. Le président de la France sera celui que les Français choisiront en toute âme et conscience. Nous, étudiants étrangers, qui ne sommes que de passage, nous voulons juste d’un homme ou d’une femme capable de mener le bateau français de beau port à beau port tout en nous accordant une place respectée et respectable dans les villes et campagnes. Pour l’heure ma position et le contexte ne me permettent pas d’en dire plus mais peut-être que je te répondrai un jour et ce, publiquement. Pourquoi pas dans mes mémoires d’outre tombes ! (ndlr : rire). J’adore la politique et je t’en aurais bien abreuvée.

 

B24 : Entre vous, discutez-vous de la question du retour au pays ?

 

KAK : Evidemment et ce, entre autres ! Rentrer est un droit et c’est un devoir. C’est donc d’une pierre deux coups. La question du retour n’est point un tabou et dans tous les cas, tôt ou tard, on rentre toujours. Il y a des doutes et des peurs qui ont leurs raisons d’être. On se demande si on trouvera sa place. C’est peut-être idiot mais il y a des doutes et des peurs mais vu qu’il s’agit de l’incontournable alors on n’a pas vraiment le choix. Mais il est important qu’on rentre afin de construire le Burkina Faso, l’Afrique et même le monde. Rentrer doit être une conviction intime et personnelle. Et au-delà, il est important qu’on rentre afin que d’autres puissent venir. L’idéal, bien sûr, c’est d’avoir tout ce qu’il faut au pays afin qu’on n’ait pas besoin de devoir bouger pour apprendre. Mais ce n’est qu’une question de temps et j’aime dire que le temps répond avec le temps. Il serait pertinent que l’Etat burkinabè se saisisse de la question à travers nos ambassades afin que nous puissions – avec les étudiants de des universités de Ouaga, Bobo, koudougou, écoles supérieures, lycées, etc – créer une dynamique forte, réelle, productive, durable.

 

B24 : Très bien ! Ton mot de fin !

 

KAK : À travers toi, je remercie Burkina 24 qui permet à l’AEFaT, à travers moi, de s’exprimer. L’AEFaT est une rencontre ; notre slogan est : l’intégrité continue au-delà des frontières ! J’ajouterais que l’AEFaT, c’est l’aventure d’ailleurs ;  c’est aussi parce que notre Faso est infini. Bientôt notre site internet sera disponible et j’invite tous tes lecteurs à nous rendre une petite visite. Je préfère ne pas parler de nos grands projets car les membres ne sont pas au jus pour l’instant. Mais qu’ils me pardonnent car vu la tribune que tu m’offres, je profite pour inviter tout le monde à Toulouse dans le cadre de notre Weekend culturel qui se tiendra aux tous premiers jours du mois de Novembre prochain. Je n’en dis pas plus mais je donne rendez-vous à tout le monde très prochainement sur notre site internet. Je te remercie, quand même, même si tu es mon petit bissa et moi, ton grand Yadga. Je te remercie pour avoir donc accompli ton devoir (ndlr : rire). Vive donc la paix au Burkina Faso et partout dans le monde. Vive l’amitié entre les peuples. Vive l’AEFaT !

 

B24 : Merci, Monsieur le Président !

 

Entretien réalisé par HDLC

Correspondant B24 en France



Hubert DeLorenzo COMPAORE

Correspondant de Burkina 24 en France

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17 commentaires

  1. si Mr Komi veut il peut me contacter je suis ? Toulouse mais je ne onnais aucun ?tudiant. c’est ma premi?re ann?e. merci
    je loge au Tarn

  2. Respect Don Cino! je te reconnais ? travers cette interview de belle facture.bon vent mon pote! puisse Dieu t’aider ? r?aliser ton programme de mandat. courage!

  3. Belle Interview! Je suis un des membres fondateurs de l’AEFAt et je suis aujourd’hui rejoui de constater que l’Association a bien grandi!Je suis de retour au pays mais je me sens toujours membre de cette association que l’Ambassade du BF en France doit soutenir et encourager..!Au pr?sident Komi, je lui dis toutes mes f?licitations et surtout ma disponibilit?…! Vive l’AEFAT!!

  4. Presto, je me soumets! Vive le Pr?si, Vive l’AEFaT!
    bientot

  5. ah Komi ! le guerrier-po?te est d?venu pr?sident-po?te ! peut-?tre m?me pr?sident-guerrier-po?te ! l?, je te reconnaitrais bien ! lol !
    aller, bon vent ? toi et ? l’AEFaT !

  6. Bravo pr?si je sens l? tout l?excellence de ton verbe et merci a HDLC pour cet interview.

  7. Mes respects monsieur le pr?sident ! vous ?tes bon ! courage

  8. Excellentissime! Je crois que l’AEFaT n’aurais pas trouv? mieux comme pr?sident! Bon courage le bureau et toutes nos f?licitations!

    Thym Agoubis 1er

  9. Ah Pr?si ?a la seulement tu as bien parl? au nom de l’AEFAT

  10. oh oui ! courage, KOMI ! c’?tait au Marien, tu t’en souviens ? :)

  11. oh oui ! courage, KOMI ! c’?tait au Marien, tut ‘en souviens ? :)

  12. il parle bien ce jeune homme. Belle interview. Courage

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