Prix au Burkina : Ces hausses qui ne savent jamais descendre

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Au Burkina, les prix ont toujours grimpé, toujours plus haut. Ne souffrant pas du moindre vertige et semblant n’avoir aucune crainte de se fracasser les os s’ils tombaient. Ils font de l’alpinisme extrême, n’ont point peur des aspérités forgées par l’exaspération des Burkinabè ni des façades polies par leurs larmes.  Et comme dans toute communauté, il y a un chef, c’est la famille des prix des hydrocarbures qui mènent la danse et entraînent les autres dans une course dont on ne sait la destination.

 

Il y a quelques jours, le Premier ministre Luc Adolphe Tiao annonçait, mine de rien, devant les députés que les prix du carburant allaient augmenter. Rien que ça. Les Burkinabè croyaient à une mauvaise blague. Mais bien qu’étant dans le mois  d’avril où les blagues sont à fleur de peau, une semaine après, les cadrans des pompes d’essence affichaient un prix du litre en hausse. Sans pitié.

Hausse pour hauss

Quelques  jours plus tard, cette hausse donnait le ton. Les transporteurs ont revu à la hausse les montants de leurs tickets de voyages. Comme s’il s’agissait d’une épidémie dont le virus se répandait à la vitesse de la lumière. Même la petite vendeuse de tomates dans un marché quelconque ne se laisse pas compter. Et voilà le consommateur burkinabè debout devant la table du boucher avec un porte monnaie affichant une augmentation salariale de seulement 05%

Nous sommes passés à un Burkina où la hausse des prix est une règle et la baisse, une exception qui est d’ailleurs si rare qu’un crane rasé sortirait heureux de la comparaison.

Redondance redondante

Aussi loin que peut remonter la mémoire du Burkinabè dans l’histoire récente du « pays des Hommes intègres », c’est le même scénario qui est rejoué, le même disque qui est joué et ne semble pas prêt à se rayer. En effet, on commence d’abord par une augmentation de salaire, qui ne dépassera jamais les 5 %. Ensuite, on assourdit les burkinabé par une hausse du carburant qui oscille généralement  autour des  40 F CFA.

Et s’enclenche alors un mécanisme qui réduit à néant cette infinitésimale hausse de salaire. La scène est si bien maîtrisée que dès qu’on annonce une augmentation, les Burkinabè circulent comme si de rien n’était et poussent un « ah ! » désabusé et amorphe quand ils apprennent que les prix ont doublé partout.

Des raisons qui ne tiennent pas

Les mêmes raisons sont avancées pour expliquer les hausses des prix : conjoncture internationale ; obligation de pérenniser la SONHABY ; ….  Mais au Burkina Faso, une fois que les prix haussent, elles ne redescendent jamais. Et généralement, la période conjoncturelle semble s’éterniser, et même quand on a l’impression qu’on est sorti de cette drôle de période, les prix ne font jamais mine de repartir à leur ancienne place. Comme si la situation du Burkina empirait de jour en jour, d’année en année.

Pourtant, des chiffres ont été avancés pour indiquer que le Burkina se porte mieux qu’en 1960. Mais avec les batailles d’avance perdues que mènent quotidiennement les « Hommes intègres » contre la faim, la précarité et les dures conditions de vie, de quel Burkina parle-t-on ? Peut-être celui de ces 10% de Burkinabè qui s’accaparent 80% de nos richesses dont a tant parlé le professeur Laurent Bado ?

Il est temps de se poser des questions. A quand une baisse de prix au Burkina ? A quand une hausse de salaires significative au Faso ? Jusqu’à quand les Burkinabè continueront-ils de vivre et de revivre le même scénario ? Et à quand va-t-on songer à trouver une alternative à la SONABHY qui ne semble pas répondre valeureusement aux besoins en carburant des Burkinabè ? Une foule de questions célibataires qui attend qu’on la conduise au port de celle des réponses.

 



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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