Hospitalité burkinabè pour réfugiés maliens : Promesse de facture salée

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C’est connu. L’hospitalité du Burkinabè est légendaire. Il préfère nourrir l’étranger et dormir le ventre creux. Il y a même un proverbe populaire qui dit que c’est la venue de l’étranger qui gave le ventre des enfants de la cour. Quoi donc de plus normal que d’accueillir à bras ouverts nos frères du Mali, actuellement en détresse. Mais la crise au Mali jouant aux étrangères sans vergogne et ne semblant pas vouloir plier bagages de si tôt, la note risque d’être salée pour « le pays des Hommes intègres ». Surtout quand les greniers sont en panne sèche !

Une crise malienne qui tourne à l’imbroglio, des terroristes qui pullulent dans le Nord Mali comme des fourmis magnans, des violences et des exactions qui règnent en maîtres absolus  et Blaise Compaoré étant le présumé sauveteur de tout cela, il n’est pas étonnant que les Maliens, fuyant leur pays, répertorient le Burkina comme point privilégié de chute.

En d’autres temps, en d’autres circonstances, on n’aurait peut-être pas trouvé à redire sur la venue des Maliens au Burkina. Ce n’est pas leur choix et nul ne voudrait décemment quitter chez lui pour aller habiter ailleurs, quand bien même on clame l’intégration africaine … sur le papier, s’il n’y est contraint.

Et dans ce cas, qui, décemment, pourrait refuser d’accorder l’hospitalité de son toit à son voisin quand la case de ce dernier  a brûlé ? Personne, sans doute.

Vers la fin, on risque de se préférer

Toutefois, il se trouve que le Burkina a actuellement aussi ses problèmes à régler. Sa situation alimentaire est… famélique. Le peu de récoltes présentes a été jugé largement insuffisant pour nourrir ses 16 millions de fils et filles. Les gouvernants ont pianoté sur leurs calculettes et ont estimé l’argent qu’il fallait pour éviter que ces 16 millions de ventres ne soient vides jusqu’à la prochaine récolte. Ils, les gouvernants, ont assuré qu’ils avaient presque recouvré l’argent nécessaire. Pour 16 millions de personnes. Mais voilà que près de 100 000 autres se sont invités  à la table. Et ce n’est pas encore fini. Y aura-t-il  assez de nourriture pour tous ?

Il y a ensuite la situation économique. Il faut, dans ce domaine-là, mettre un petit bémol car l’entrée des Maliens peut être source de devises pour le pays, si on prend en compte qu’il y a des Maliens qui n’ont pas totalement les poches vides. Un point donc positif pour l’économie. Mais n’empêche qu’il demeure des aspects négatifs. La vie est chère au Faso et c’est une lapalissade de le dire. Ensuite, ces réfugiés ne vont pas rester indéfiniment les bras croisés. Ils voudront chercher du travail. De plus, qui dit Touareg parle d’éleveurs. Or, nos pâturages sont résorbés par les champs des agriculteurs, la pluie, capricieuse et parcimonieuse, a réduit les prairies, sans compter qu’agriculteurs et éleveurs sont déjà à couteaux et dabas tirés. Où les troupeaux  de nos « invités » vont-ils brouter et quelle sera l’étendue de la concurrence qu’ils feront aux éleveurs burkinabè sur le marché à bétail ?

Partager la facture

Outre cela, il y a des exigences que les voisins Maliens ont qui peuvent dépasser les capacités de leur hôte. Par exemple, ils demandent des instituteurs pour leurs enfants. Dans un pays où tous les enfants n’ont pas accès à l’école, ce serait aberrant que des ressortissants d’un autre pays viennent avoir un plus grand taux de scolarisation.

La situation n’est donc pas reluisante. Mais faut-il demander aux frères maliens d’aller trouver hospitalité ailleurs ? Impensable et ce serait définitivement jeter aux orties la légendaire hospitalité burkinabè. Mais s’il y a un problème, il faut le poser et envisager au plus tôt des solutions pour ne pas se faire surprendre.

Pour ce cas-ci, pourquoi ne pas faire appel plus vigoureusement  à la communauté internationale ? Les autres pays africains doivent venir en aide au Burkina et à tous les pays où se trouvent des réfugiés. C’est une question africaine et on doit de se serrer les coudes. Les pays européens doivent aussi mettre la main à la  pâte car c’est à leurs ressortissants qu’en veulent les terroristes qui se baladent actuellement dans le territoire Azawad. Enfin, le CHR serait bienvenu de canaliser toutes ces aides et  s’intéresser au cas des réfugiés maliens.

Il faut être hospitalier en sachant rester hospitalier avec ses capacités.  



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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