Burkina, médiations, otages : Et les oignons du Faso ?

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En plus d’être le seul pays au monde qualifié de terre « des Hommes intègres », le Burkina Faso est en passe (s’il ne l’est déjà) de devenir la référence en matière de médiation et de libération d’otages. Après la crise ivoirienne, on avait cru que le président du Faso allait prendre un repos. C’était sans compter sur les Touaregs maliens, AQMI et consorts qui rôdent dans les sahéliennes dunes brûlantes à la recherche de téméraires et imprudents occidentaux à enlever. La volonté humanitaire est louable. Mais les Burkinabè commencent à penser que leur chef de famille s’occupe trop des oignons des autres à leur détriment.

Les médiations et les libérations d’otages préoccupent-elles vraiment les Burkinabè ? C’est une question qui pourrait paraître scandaleuse lorsqu’elle est formulée dans certains milieux ou qualifiée de couveuse d’œufs perfides de la jalousie. Mais toute œuvre humaine mérite question, ne serait-ce que pour la comprendre.

Cela intéresse-t-il en effet le Burkinabè que son président règle un problème au Mali ou aide à libérer un otage occidental ?  Certes, au premier abord, ce serait vraiment inconcevable que le Burkinabè dise qu’il se moque que la crise au Mali soit réglée ou pas ou qu’un pauvre otage soit rendu aux siens. En tant qu’humain, il ne peut décemment dire qu’il n’a que faire de la souffrance de son prochain.

Eau sale laver sale pantalon ?

Cependant, c’est connu et reconnu que la charité bien ordonnée commence par soi-même. Il faut aider le voisin à éteindre le feu de sa case, mais à condition que sa propre case ne brûle pas en même temps. Certes, le Burkina n’est pas visiblement autant en crise comme le Mali. Mais cela veut-il dire qu’il n’y a pas de problème ?

A titre d’exemples. La chefferie coutumière et ses successions sanglantes méritent de l’attention. Pas de cette attention qui ressemble plus à l’intervention du médecin après la mort, mais plutôt d’une attention préventive. Tous les citoyens de droit burkinabè sont d’abord des sujets de droit coutumier. Un incendie mal circoncis dans le champ coutumier serait catastrophique.

 L’Université de Ouagadougou, qu’elle soit de I ou de II, est à la croisée des chemins et les étudiants sont égarés.  A la place du Premier ministre, ne faut-il pas plutôt que ce soit le président du Faso lui-même qui aille rassurer ces jeunes ? Rappelons-nous que ce sont eux qui ont fichu la frousse au Faso il n’y a pas longtemps. Ce sont eux, la vraie poudrière. Ajoutés à toute cette jeunesse qui erre sans emploi, ils remplissent les conditions de l’objet d’une vraie mission de médiation et sans délai.

Qui s’entendent se ressemblent ?

Pour ce qui concerne les libérations d’otages, certaines voix, parmi lesquelles des confrères, se demandent s’il n’y a pas d’otages burkinabè aussi qui mériteraient l’attention du président du Faso. L’histoire du Burkina, tant passée qu’actuelle, regorge de cas de Burkinabè qui vivent le calvaire à l’extérieur des frontières du pays. Les échos sont nombreux de droits de Burkinabè violés ou bafoués. Ne méritent-ils pas autant d’attention que les otages occidentaux pris dans les filets d’AQMI ?

A propos d’AQMI, Ansardine et consorts, on s’interroge sur la (quasi) facilité avec laquelle les Burkinabè arrivent à … s’entendre avec eux pour la libération des otages. Certains ont même vite fait de penser qu’il existe des relations troubles entre les libérateurs et les « priveurs » de liberté. Quelle géniale technique a donc le Burkina pour réussir là  où des puissances comme la France ont échoué ?

Ou alors, des puissances comme la  France  se servent-elles finalement du Burkina pour faire ce qu’elles ne veulent pas faire ? On connaît l’officielle position de « nos ancêtres les Gaulois » qui est de ne prendre bec ni de négocier avec quelque terroriste que ce soit. Le Burkina serait-il devenu l’éboueur du riche propriétaire ? Le gant qui permet à la main de plonger dans la fange récupérer le trésor ? Ce sont des questions qui n’ont peut-être pas de sens. Mais qui sait…

Enfin, qu’est-ce que le Burkina retire-t-il de tout cela ? Certes, on sait qu’il y a des retombées pour … le Faso. La preuve : après la libération de l’otage italienne, la terre qui abrite le Vatican a vite fait de renouer ses relations avec le Burkina. Mais est-ce tout ? « Le Pays des hommes intègres » en tire-t-il vraiment quelque remède pour soigner sa vie chère ou devient-il cet insecte de la fable de ce livre d’école primaire qui s’est retrouvé la taille amincie pour avoir voulu séparer deux bagarreurs ? Questions pour 16 millions de  Burkinabè.



Abdou ZOURE

Abdou Zouré, journaliste à Burkina24 de 2011 à 2021. Rédacteur en chef de Burkina24 de 2014 à 2021.

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