« Le christianisme en Haute Volta », une arrivée qui bouscule les habitudes

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C’est dans une salle de conférence des Archives Nationales bondée de monde que le conférencier du jour, Magloire SOME, enseignant d’Histoire à l’université de Ouagadougou a exposé sur l’entrée et la présence du christianisme en Haute Volta. Processus marqué par des étapes importantes.

Selon le conférencier, l’entrée du christianisme en Haute Volta s’est faite à partir de 1900, à Koupéla. Ce sont les Missionnaires catholiques qui seront les premiers à fouler la terre de nos Ancêtres. Au fil du temps, d’autres missions catholiques se mettront en place à Bondoukoui (en 1912), à Toma (en 1913), et serviront de relais à la Mission catholique de Ségou. L’acteur principal de cette œuvre serait Monseigneur Lemaître.

En 1915, la Révolte des Marka et des Bwaba mettra à mal l’avancée du christianisme dans la région de la Boucle du Mouhoun. Plus tard, avec la Convention de Saint-Germain-en-Laye, les Missionnaires protestants, venus des Etats-Unis, rentrerons dans la danse.

En 1930, ils mettront en place une Alliance Chrétienne à Fada N’Gourma. En 1939, naîtra la First Baptist Church, à Ouagadougou, dans le quartier Saint-Léon, par la communauté Yorouba qui s’y était installée.

Face à la propension des protestants, l’Administration coloniale qui, dans les normes, n’était pas alliée à l’Eglise Catholique, à cause de la séparation instituée par les autorités françaises, trouvent, ensemble, un point d’encrage pour combattre les Missionnaires américains considérés comme des espions à la solde des Etats-Unis d’Amérique. Cette Administration coloniale pratique dès lors, les « Politiques Religieuses Positives. »

Dans ses stratégies, l’Eglise catholique était favorable à l’évolution des coutumes africaines mais pas à leur usage. Elle s’appliquait juste à “civiliser les peuples”. Elle utilisait l’Ecole pour atteindre plus adeptes et combattait la polygamie et le syncrétisme.  Cette attitude l’opposera à l’Administration coloniale qui ne voulait aucunement que l’on touche aux coutumes des autochtones. Pour elle, cette attitude peut révolter les populations locales.

De leur côté, les protestants ne s’affichaient pas une mission civilisatrice. Ils comptaient plus régénérer et annoncer « La Bonne Nouvelle de Dieu exprimée en Jésus Christ ». Ils voulaient évangéliser et conduire les populations vers leur salut. Leur aptitude à accepter la polygamie ont amené les catholiques à les accuser de Mormons (protestants américains qui pratiquaient la polygamie).

En définitive, les Missions chrétiennes qui se sont établis en Haute Volta sont d’origines diverses. Arrivées tardivement, à l’aube du XXe siècle (pourtant déjà présentes dès le milieu du XIXe siècle dans les pays côtiers), les missions chrétiennes, grâce aux œuvres sociales, ont réussi à créer de l’engouement au sein de la population. Ils sont devenus des partenaires privilégiés de l’Etat.

Lors des questions et échanges, le public présent a émis des doutes sur l’importance de la présence de l’Eglise en ex-Haute Volta. Si elles ont des côtés positifs, les religions importées ont amené les populations à reléguer leurs pratiques ancestrales au second plan. Ce facteur instaure donc un déracinement que la majeure partie du public a dénoncé.

                                                                                                                              Rialé

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Rialé est artiste-comédien et résidant a Ouagadougou.

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Il y a 3 commentaires

  1. Oui Les Réligions C’est Biens Mais Il Faut Les Ecarter De L’ Etat.Le Burkina Doit Être D’une Laïcitée Absolue.Au Sénégal Par Exemple L’ex-président Abdoulaye Wade Avait Dit:<> Ces Propos Sont Irresponsabes D’un Elu Ou D’un Chef D’ Etat.Il Faut Mettre La Réligion Dans La Vie Privée Des Hommes.

  2. Je viens de lire le récit d’un missionnaire catholique arrivé en 1950 en Haute Volta à l’âge de 30 ans et reparti pour raisons de santé en 1968. On ressent comment cet homme a aimé passionnément ce pays, il raconte sa découverte du pays: les personnes, le climat, la faune, la flore, les routes… J’ai trouvé ce récit qui prend les deux tiers du livre environ, très intéressant.
    Il s’intitule:Une Foi, un homme, une histoire.
    Je l’ai acheté sur le site chapitre.com(en tapant simplement le titre sur google)et je l’ai vu également sur le site:laprocure.com

  3. Le cas des religions traditionnelles mérite d’être débattu. On les dit animistes, alors que l’animisme correspond à la croyance en plusieurs dieux ou à un dieu local ou régional, CE QUI N’EST PAS LE CAS de nos coutumes (excusez mais les mots employés pour définir nos traditions sont la plupart erronés et péjoratifs à dessein : animisme, coutumes, païens, féticheurs, etc.). NOS RELIGIONS DITES TRADITIONNELLES définissent clairement un DIEU UNIQUE et UNIVERSEL (naaba Wendé n’a jamais été un bien privé pour une localité ou une religion et il n’y en pas 2), IL EST AU-DESSUS DE TOUT. Les chrétiens et les musulmans ont manqué d’honnêteté jusqu’à nos jours. J’invite mes frères qui ont embrassé ces religions, même s’ils n’abandonneront pas leur foi, à redonner la valeur à la foi de leurs ancêtres (LA CONNAISSANCE d’abord et la RECHERCHE avec). Cheick Anta Diop a largement expliqué que le TOUT PUISSANT des 3 religions dites révélées vient d’AFRIQUE AU NORD du sahara, a traversé l’actuel Egypte avant de rejoindre la terre de Moise et d’Abraham pour ensuite se retrouver entre les mains des Romains et des Arabes.

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