SÉNÉGAL: la question des audits de la gestion d’Abdoulaye Wade.

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Les jours s’annoncent sombres pour les dignitaires de l’ancien régime. En effet, depuis la sortie médiatique de l’ex chef de l’Etat Me Abdoulaye Wade, ce qui n’étaient que rumeurs et accusations sont en train de prendre d’autres directions à savoir celles des informations judiciaires et des enquêtes.

Il est vrai que les audits de la gestion de l’Etat par l’ancien régime avaient été annoncés par le président actuel avant sa prise de fonction mais, il semble que nous sommes entrés dans une phase ou certains faucons du PDS devraient être bientôt inquiétés. C’est ce qui est notamment soutenu par nos confrères de la presse locale depuis la conférence de presse de Me Abdoulaye Wade.

Ils en veulent pour preuve, la conférence de presse de la secrétaire générale de la présidence et mais surtout la sortie très médiatisée du procureur de la république annonçant l’ouverture d’informations judiciaires après le bouclage de certains audits.

Tout d’abord, La secrétaire générale de la présidence de la République, Aminata Tall, lors de sa conférence de presse du mercredi 30 Mai dernier (qui s’analyse plutôt comme une réponse à la sortie de l’ancien président) a fait l’état des lieux du parc automobile du Palais. Après avoir affirmé qu’« Il n’y a ni acharnement, ni règlement de compte, ni conflit, encore moins de haine. Il n’y a que la volonté express du président de la République de mener un mandat vertueux sur des bases claires de bonne gouvernance… », elle a soutenu que 9 véhicules 4X4 Ford achetés entre les deux tours ont été dérobés du parc de l’escorte présidentielle. Elle a annoncé que des enquêtes sont actuellement en cours pour savoir où sont passés ces véhicules immatriculés de DK-3171AN à DK3179AN et qui n’ont pas été trouvés à la présidence après la passation de pouvoir.

Ensuite, ce fut au tour du procureur de la république d’enfoncer le clou ce même jour, en annonçant l’ouverture d’informations judiciaires sur certaines affaires.

Effectivement, c’est suite à la fin d’audits de certaines structures étatiques débutés en août 2011 et arrêtés le 17 janvier 2012 par l’ancien régime que ces informations ont été ouvertes et concernent un certain nombre d’institutions et de sociétés natioanles.

S’agissant des audits et enquêtes annoncées par le régime actuel, l’on apprend par nos confrères du journal « Libération » que suites aux réquisitions faites à tous les notaires du Sénégal, les banques ont été sollicitées pour mettre à disposition des enquêteurs  toutes informations sur d’éventuelles transactions financières des anciens hommes forts du pays.

Pour ce faire, un certain nombre de convocations ont déjà été émises à l’endroit de ces derniers (nous avons pas encore connaissance des noms de ceux qui auraient déjà reçu ces convocations). Toutefois, le bruit court que parmi ces personnes il y aurait les deux enfants de l’ex président : Karim Wade (dont le passeport diplomatique a été retiré) concernant sa gestion de l’ANOCI et Sindiély Wade, délégué général adjoint au Festival mondial des Arts nègres (Fesman). L’ancien ministre de l’intérieur serait également concerné.

Comme pour confirmer ces informations, le lendemain de la conférence de presse du procureur de la république soit le Jeudi 31 Mai, le président du Sénat Pape Diop ainsi que  l’ancien ministre de Wade, Farba Senghor sont allés répondre à la Division des Investigations Criminelles (DIC) et la section Recherche de la Gendarmerie Nationale. Rien n’a pour l’instant filtré de ces explications mais il est clair que maintenant la donne a changé pour beaucoup d’anciens dignitaires et que les jours prochains s’annoncent éprouvant.

Ces derniers rebondissements semblent créer la panique au sein de la famille Libérale et au sein du clan de l’ex chef de l’Etat, car il a été annoncée une conférence de presse que donnera un pool d’avocats Français constitué par l’ex première dame Mme Viviane Wade ce vendredi 1er Juin 2012 alors même qu’on apprend en meme temps que Me Abdoulaye Wade quitte le Sénégal ce même jour pour un séjour d’environ une semaine en France. Même si la raison officielle de ce voyage n’a rien avoir avec les différentes affaires politico-judiciaires éventuelles, l’on pense qu’il mettra ce séjour à profit pour activer ses réseaux aux fins d’obtenir une certaine accalmie. Cette conférence n’a finalement pas eu lieu car ayant été interdite par l’ordre des Avocats Sénégalais.

La société civile accueille avec satisfaction et attentes ces audits tant annoncés et finalement lancés par le nouveau régime; en témoigne la réaction du Cardinal Théodore Adrien Sarr chef de l’église catholique Sénégalaise <<La crise polluante de l’argent est un mal réel au Sénégal. Elle se manifeste de plusieurs façons et cause beaucoup de difficultés aux populations. Il faut qu’on en prenne conscience et soit prêt à le combattre. C’est pour cela que l’Eglise ne peut que se réjouir des audits et prier pour que ceux qui les ont entamés aient le courage de les poursuivre>>.

Ainsi donc, la conférence de presse donnée par Me Abdoulaye Wade, le vendredi 25 mai dernier, loin d’avoir contribué à taire les accusations confinées dans les couloirs de la rumeur a au contraire, ramené la question des audits au devant de la scène.

On constate notamment que depuis cette sortie, la presse locale en a fait son choux gras de sorte à mettre la pression sur le régime actuel qui s’est trouvé dès lors dans l’obligation de montrer pâtte blanche sur son intention de tenir cette promesse de campagne. Il faut effectivement croire que Me Abdoulaye Wade s’est tiré lui même une balle dans le pied . Il a en outre favorisé l’hémorragie au sein de sa propre famille politique; laquelle, se vide peu à peu de ses cadres qui pour des raisons diverses et surtout pour s’attirer les grâces du nouveau pouvoir, retournent leurs vestes au profit de l’APR, le nouveau parti au pouvoir.

Au-delà des conséquences sur son propre camp, cette sortie met également le régime actuel dans une situation délicate car l’on est en droit de se demander si le président Macky Sall mènera de façon éfficiente les audits annoncés puisque étant comptable lui-même d’une partie du bilan de l’ancien régime dont il faut le rappeler il fut l’un des barrons? Est-il blanc comme neige au point d’avoir les coudées franches pour auditer sans état d’âme la gestion de la chose publique pendant les 12 dernières années ? Le lancement tant médiatisé des audits et la convocation devant les enquêteurs de personnages de premier ordre ne sont-ils pas des actes posés uniquement dans la perspective des élections législatives qui auront lieu bientôt?

Telles sont les interrogations qui sont soulevées à l’heure actuelle et, l’observateur de la scène politique sénégalaise n’en a peut être pas encore fini avec les surprises.

Youssouf Bâ

Correspondant de B24 à Dakar

Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

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