Budget du chef de file de l’opposition politique : Un Budget sur mesure ?

925 0
Rencontre de partis membres de l'opposition politique le jeudi 24 février 2011 au siège du CFOP.

Le jeudi dernier, le chef de file de l’opposition politique (CFOP) a présenté devant les médias le rapport 2011 de l’institution. Une année marquée par des acquis et des insuffisances mais aussi une année qui a démontré les limites financières du CFOP. Placé sur la même ligne budgétaire que le parlement des enfants, le CFOP bénéficie d’une enveloppe de 75 millions de nos francs. Un montant insignifiant, vue l’ampleur de l’institution et des tâches qui lui incombent.

Le CFOP est le porte-parole attitré de l’opposition politique. Il est le premier responsable du parti de l’opposition ayant le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. De facto, il est le représentant des partis déclarés de l’opposition devant les autres institutions de l’Etat ; il défend les intérêts de l’opposition qu’elle soit parlementaire ou extraparlementaire. Une somme de travail non négligeable qui nécessite pour le moins des moyens conséquents. Tel n’est pas le cas actuellement parce que décision a été prise par le parlement d’aligner le CFOP sur la même ligne budgétaire du parlement des enfants, et on ne sait sur quelle base.

Après les législatives de 2002, l’ADF/RDA, présidé par Hermann Yaméogo, écopait de 17 sièges à l’Assemblée nationale. Ce qui faisait de lui le Chef de file de l’opposition selon les recommandations du Conseil des Sages et les termes de loi n° 007-2000/AN du 25 avril 2000 portant statut de l’opposition. Et, selon plus d’un observateur, Maitre Hermann Yaméogo aurait élaboré un budget prévisionnel annuel  avec le quitus des autorités. Un budget qui s’évalue à plusieurs centaines de millions et qui entendait l’embauche d’un personnel important pour la nouvelle institution qu’il devait diriger. Bref, une institution forte qui s’imposerait par sa taille  et ses ambitions.

Après le débarquage de Hermann Yaméogo et  ses compagnons du parti en avril 2003, Me Gilbert Noël Ouédraogo qui a pris les rênes de l’ADF/RDA a été un des  premiers soutiens de Blaise Compaoré pour la présidentielle de 2005. Il sera reconnu par le président de l’Assemblée nationale comme leader de l’opposition. Cette reconnaissance n’a pas connu une application concrète. Le CFOP est resté une coquille vide jusqu’à la décision du parti de l’éléphant de renoncer à ce statut. Mais une chose est certaine, Me Gilbert Ouédraogo et ses amis ne se seraient pas contentés de quelques dizaines de millions s’ils devaient occuper le perchoir de l’opposition. D’ailleurs, leur position dominante (avec plus de 10 députés à l’assemblée) faisait d’eux une force contestatrice que le pouvoir ne voulait pas forcement voir en face.

Vint ensuite les élections de 2007 où le parti de l’œuf (l’UNIR/ MS) obtint 04 sièges au parlement et, considéré comme ‘’le parti de l’opposition ayant le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale’’, son président Me Bénéwendé Sankara fut promu Chef de file de l’opposition politique en 2009.

Selon le rapport 2011, le CFOP s’est investi dans quelques projets démocratiques et a notamment organisé un panel sur ‘’les enjeux du dialogue politique et la crédibilité des acteurs comme réponse à la citoyenneté au Burkina Faso’’. Mais les 75 millions qui lui ont été alloués étaient insuffisants pour mener à bien ces missions. Le solde du compte de l’institution est au lendemain du 31 decembre 2011 au rouge, avec un débit de plus de 900.000 CFA.

Un budget pour limiter maitre Sankara ?

Lors de la conférence de Presse du jeudi dernier, le cabinet du chef de file de l’opposition n’a pas voulu faire une déclaration particulière sur son  Budget. Il a juste mentionné son incompréhension sur le fait que le CFOP soit sur la même ligne budgétaire que le parlement des enfants.

L’ Article 19 de la loi portant statut du chef de file de l’opposition stipule que « Les avantages et les privilèges du chef de file de l’opposition sont fixés par résolution du bureau de l’Assemblée nationale ». Ce qui voudrait dire qu’il n’y a aucune obligation  pour le bureau de l’Assemblée de placé le CFOP sur la même ligne budgétaire que le parlement des enfants.

Alors pourquoi l’ont-ils fait ?

Interpellé plus tard par Burkina 24,  Me Bénéwendé Sankara assure ne pas savoir sur quelle base le bureau de l’Assemblée nationale a pris  la décision d’inscrire le CFOP sur cette ligne budgétaire. Il n’est pas loin de penser que c’est de manière arbitraire  que le budget du CFOP a été choisi, d’autant plus que lors du premier exercice (2010), le budget du CFOP était de 50 millions de CFA. Un budget qui avait été jugé largement insuffisant.

100 millions pour l’année prochaine ?

A  la question de savoir s’il pense que le budget 2013 augmentera pour atteindre 100 millions CFA, le chef de file de l’opposition rétorquera ironiquement : « cela dépendra de qui sera le chef de file de l’opposition. Si la personne a une ‘’barbichette’’ (NDLR : parlant de lui-même), je pense que le Budget restera en l’état ».

‘’Le système” a-t-il eu crainte que vous agissiez contre ses intérêts en vous donnant plus d’argent ?’’ Telle a été notre dernière question au premier de l’opposition formelle burkinabé. Sa réponse est sans équivoque : ‘’je ne sais pas si c’est le cas, mais s’il m’en donnait plus je l’aurais fait !’’.



Article similaire

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *