SÉNÉGAL : Coup d’envoi de la campagne des législatives.

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Ce samedi 9 Juin 2012 a minuit, le coup d’envoi de la campagne électorale des législatives du 1er Juillet prochain qui doivent se dérouler en terre de la teranga a été officiellement donné.

C’est à l’issue du tirage au sort de l’ordre de passage des différentes listes en compétition dans les médias par le CNRA que la campagne a été déclarée ouverte à partir du samedi 9 Juin à minuit.

Ces échéances électorales doivent consacrer l’élection des 150 députés constituant l’Assemblée Nationale et doivent déboucher sur la première Assemblée véritablement paritaire car toutes les listes en compétition ont été en vertu des nouveaux textes tenues de positionner de façon paritaire les hommes et les femmes. Cela a même consacré pour la première fois une femme tête d’une liste de candidature; il s’agit de Ndella Madior Diouf qui conduit la liste Petaw.

Outre la première femme tête de liste, il faut noter  l’émergence de guides religieux en politique. Bien qu’ayant toujours joué un rôle dans la politique nationale notamment pendant la mandature du président Wade, les chefs religieux très influents au sein de la société sénégalaise ne s’étaient pas par le passé engagés en première ligne dans les batailles électorales. ; cette fois c’est différent car deux listes sont conduites par des chefs religieux.

Il y a d’abord  Cheikh Hamadou Kara Mbacké de la confrérie mouride (l’une des plus puissantes confrérie du pays), qui avait soutenu le président Wade lors des dernières élections présidentielles. Ce dernier est à la tête de la liste du PVD (Parti de la vérité pour la développement).

Ensuite  il y a Serigne Mansour Sy Djamil qui est tête de la liste Bess Du Akk qu’il a lui-même initié. Par cette liste, ce dignitaire de la confrérie Tidiane espère obtenir 25 députés au sein du nouveau parlement.

Mais qu’est ce qui a provoqué ce changement de comportement chez ces guides religieux qui au paravent  se contentaient de jouer de leur influence dans l’ombre des leaders politiques ?

L’on se souvient sans doute de l’une des déclarations de l’actuel président dans l’entre deux tours des élections présidentielles passées. En effet, le président Macky Sall avait déclaré que les chefs religieux n’étaient ni plus ni moins que des citoyens sénégalais comme le citoyen lamda. Cette déclaration avait provoqué un tollé dans l’opinion surtout qu’à l’époque, le président sortant jouait des pieds et des mains pour rallier à sa cause les chefs religieux afin que par le truchement de leurs influences sur la population, il remporte l’élection.

Ainsi donc, il n’est pas déraisonnable de penser que les guides religieux qui vivent de cette influence ne se sentent pas dans les grâces du nouveau locataire du palais présidentiel mais au contraire se sentiraient même menacés. Tout porte alors à croire que les chefs religieux ont décidé de prendre sur eux d’aller au sein des institutions de la république pour défendre bec et ongles leurs parcelles de pouvoirs.

En tout les cas, il s’agit là de grands changements dans la vie politique sénégalaise qu’il s’agisse de l’engagement des chefs religieux dans la bataille électorale, que du positionnement des femmes en vertu de la politique de parité à tout-va, prônée ça et là. L’avenir nous éclairera certainement plus sur leurs conséquences mais aussi sur les motivations profondes qui poussent notamment les guides spirituels à s’engager autant.

S’agissant des concurrents de manière générale, signalons tout d’abord qu’il y a 24 listes en compétition dont les principales sont les listes du PDS (le parti du président déchu), la liste Benno Bokk Yaakar du nom de la coalition qui a porté Macky Sall au pouvoir ; et, la liste de la coalition Bokk Gis-Gis dirigée par Pape Diop actuel président du sénat.

Pour ce qui concerne le PDS, ce parti va aux élections amputé d’une grande partie de ses cadres qui pour des raisons diverses ont fait dissidence. Ainsi donc va-t-il aux élections affaibli mais, demeure malgré tout une force à prendre au sérieux car étant aujourd’hui la formation politique la plus implantée dans le pays. L’objectif du parti de « Gorgui » est d’empêcher au président actuel d’obtenir une majorité parlementaire afin de le contraindre à une sorte de cohabitation où leur voix ne compterait pas pour du beurre.

Du côté de la coalition Benno Bokk Yaakar dirigée par Moustapha Niasse l’objectif affiché est clair. C’est de donner au président Macky Sall une majorité de gouvernement. Cette coalition a faillit pâtir des turbulences qui ont actuellement lieu au sein du parti socialiste où le leader  Ousmane Tanor Dieng fait face à une fronde dirigée par le leader jeune Malick Noel Seck qui lui demande de se retirer de la tête du parti. Toutefois, l’unité de la coalition semble avoir été préservée et c’est dans un tel état d’esprit que la coalition du nouveau chef de l’état va à la conquête de la majorité dont elle a besoin.

Enfin la coalition Bokk Gis-Gis est celle vers qui les regards sont tournés. Cela se justifie par l’origine des membres de cette coalition. Il s’agit pour la quasi-totalité de ses membres, d’anciens cadres de l’ancien régime qui du reste, est dirigée par le l’actuel président du sénat quiest l’un des dissidents de la première heure. Ces anciens ministres, députés et hauts cadres du régime du président Wade ont quitté le navire libéral pour des raisons qui jusque là n’ont pas été clarifiées pour l’opinion.

Bien que la transhumance politique étant un sport prisé par la classe politique sénégalaise il est à se poser la question de savoir si ces retournements de vestes ne sont pas par la nécessité pour eux de s’attirer les grâces du nouveau régime sur la question des audits ? telle est pour l’heure la lecture qui en est faite par bon nombre d’analystes.

Les 20 prochains jours s’annoncent donc effervescents et c’est avec le plus grand intérêt qu’il faut attendre le verdict des urnes car un certain nombre de questions trouveront sans doute des réponses à ce moment. Le président de la république obtiendra-t-il la majorité dont il a besoin ? le PDS (l’ancien parti au pouvoir) pourra-t-il éviter la déconvenue qui lui est prédite ? le pari de la politique paritaire sera-t-il concluant ? quel sera le rôle des guides religieux après ce positionnement risqué pour leur influence ? en cas de victoire de la coalition Benno Bokk Yaakar, qui est-ce qui occupera le perchoir de l’Assemblée Nationale ?

Youssouf Bâ

Correspondant de B24 à Dakar.

Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

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