Trafic de faux billets : Une mini-BCEAO dans les filets de la police

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A gauche, les billets prêts à être écoulés et à droite, ceux en instance de perfectionnement (Ph: B24)

Les trafiquants de faux billets ont la peau dure. Mais c’est sans compter la dure lame de la police qui compte bien la leur tanner. Ce mercredi 20 juin 2012, le Service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Ouagadougou  et la Brigade anti-criminalité (BAC) ont présenté à la presse une bande de quatre personnes qui ont décidé de créer une mini-Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à fabriquer des billets de banque. Sans l’onction légale, cependant.

Zampaligré Alidou, Dabré Zakaria, Bila Issa et Michel Ouédraogo sont présumés se livrer, selon les affirmations du commissaire Gérard Tarbangdo (chef du SRPJ de Ouagadougou)  et le commissaire Patrice Yéyé (commandant de la BAC), à la contrefaçon et au trafic de faux billets de banque. Ils ont été interpellés le 29 mai et le 10 juin 2012 à l’issue d’une enquête menée conjointement par le SRPJ et la BAC, suite à une information anonyme au mois de mai.

La méthode du scanner, du mercure et du gris-gris

Les présumés trafiquants résidaient au quartier de Pissy, notamment aux secteurs 16 et 17, et se livraient à la fabrique de faux billets de banque. Comment s’y prennent-ils ? De  leur aveu partiel, les policiers ont indiqué qu’ils utilisaient deux méthodes. Celle du scanner, qui consiste à découper du papier de format A4 ou d’autres supports en coupures de 10 000 francs ou 5 000, sur lesquelles ils impriment les images et caractéristiques d’un vrai billet de banque.

Les présumés contrefacteurs et leur butin (Ph : B24)

La seconde méthode, celle du mercure, consiste à passer de la cire sur les papiers découpés qu’ils laveront ensuite au mercure avant de les repasser au fer pour les rendre droits, plats et craquants. Ces deux techniques associées à l’inséparable gris-gris, difficile de ne pas s’y laisser prendre si l’on n’est pas très averti.

La BCEAO complice involontaire ?

Comment ont-ils pu se rendre maîtres de ces techniques et d’où viennent leurs matériaux ? Les présumés bandits affirment qu’ils ont pillé la BCEAO à l’occasion d’une crise dans « un pays voisin ». Même si les policiers n’ont pas voulu dévoiler le nom de ce voisin, il est fort probable que ce soit la Côte d’Ivoire. Dans tous les cas, l’expertise de la BCEAO affirme que les supports utilisés par les trafiquants ne sont pas ceux de la banque centrale.

La police a pu saisir 8 millions de F CFA et deux billets de 2 000 F CFA déjà prêts à être écoulés et 236 millions de F CFA en instance de « lavage ». Le commissaire Tarbangdo a invité les populations à se montrer vigilants avec les faux billets.

Quand l’incivisme des Ouagalais force la police à des « enlèvements »

Jamais sans mon gris-gris ! (Ph : B24)

Le commissaire Tarbangdo a néanmoins expliqué que la police est toujours sous l’emprise de la hantise de la réaction des populations. Craignant que les Ouagalais fassent fuir les forces de sécurité devant les forces de l’insécurité, le SRPJ s’est adjoint les services de la BAC. Malgré cela, les policiers ont dû intervenir en civil pour « enlever » les présumés malfrats  à l’insu de leurs concitoyens. La preuve qu’il y a des choses à revoir afin que nos policiers ne soient plus obligés d’agir comme ceux qu’ils traquent.

Deux moyens « urgents » pour détecter un faux billet

– Froisser le billet. S’il reste froissé et ne se déplie pas automatiquement, danger !

– Laisser tomber une petite goutte d’eau sur la surface du billet. S’il déteint, danger !

Mais en cas de découverte de faux billets, les policiers recommandent d’agir avec tact, de ne pas  brutaliser ou invectiver les auteurs et d’avertir immédiatement la police.

 

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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