Les histoires insolites de Tanga : Il fuit la pluie et entre en enfer

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Ouaga après la pluie (Ph. caritasafrica.wordpress.com)

La précipitation et la vitesse ne sont, non seulement pas à confondre, mais surtout pas à assembler. Dans le cas contraire, on enterre les vivants. Sékou l’a appris à ses dépens.

Sékou, comme la plupart des Ouagalais, a peur de la pluie comme un bouc. Il déteste voir un amoncellement de nuages annonciateur d’averse et ne pas voir à côté la porte de sa maison. Lorsqu’il se trouvait dans une situation pareille, il sprintait et fonçait tête baissée, quelle que soit la route sur laquelle il se trouve.

Généralement, quand vous sciez la branche sur laquelle vous êtes juché et que des âmes charitables vous disent de ne pas continuer, vous avez une chance de ne pas vous rompre le cou. Mais quand tout le monde autour de vous est un ensemble de bûcherons suicidaires et inconscients, il vous est alors difficile de vous sauver la peau. C’était malheureusement le cas de Sékou.

Quand il voyait des nuages noircir le derrière du ciel et qu’il se mettait à emplir les poumons de sa moto de gaz accélérateurs, il se trouvait qu’autour de lui, d’autres ombrophobes faisaient de même, ou le dépassaient en trombe, le traitant de tous les noms d’oiseaux parce qu’il leur bouchait le passage. Difficile dans ces conditions de ne pas « gazer » afin d’éviter les gouttes de pluie qui pourraient le mouiller.

Mais avant de continuer, voyons pourquoi Sékou fuyait tant les larmes du ciel. Ce n’était pas un vendeur de sel. Il n’était pas Ironman (l’homme de fer) et n’avait donc pas peur de la rouille. Sékou lui-même s’est posé la question mais il n’a trouvé pour seule réponse valable : « Je veux être chez moi quand il pleut ! »

C’est donc la raison pour laquelle Sékou faisait œuvre de bravoure en faisant la vitesse afin de se précipiter chez lui quand la pluie faisait entendre un grondement.

C’est qu’ainsi qu’un vendredi matin, sanglé dans son boubou bien blanc et babouches immaculées, Sékou grimpa sur sa belle moto et roula nuque en l’air sur l’avenue Charles de Gaulle. Arrivé à un feu tricolore, il tourna la tête et se rendit compte qu’un gros nuage noircissait à l’horizon. Séance tenante, Sékou brûla sèchement l’œil rouge du panneau lumineux pour amorcer un demi-tour magistral, sous les quolibets des autres usagers et les grognements des klaxons.

Il se retrouva sur l’autre versant de la voie et lança son engin comme un missile. Une course s’engagea. Entre un homme et un élément de la nature. Le nuage enflait, avançait. Le boubou de Sékou se gonflait, son propriétaire volait. A côté de lui, d’autres coureurs faisaient de même.

Sékou calcula sa vitesse par rapport à celle de la pluie qui se formait et tira le résultat qu’il arrivera chez lui et enlèvera son boubou avant que le premier vent ne se lève. Il sourit donc et actionna le gaz. Seulement, il ne prit pas en compte dans ses calculs, un petit caillou. Un vulgaire petit caillou de rien de tout qui changea la trajectoire de la roue avant quand elle buta dessus. La roue avant amena le reste de la moto, ce qui est dessus et ceux  qui venaient à  sa droite par-dessus la voie.

La vitesse et la force cinétique permirent à Sékou et à sa moto de s’envoler. Le reste des autres coureurs bascula dans le caniveau. Sékou, son boubou et son engin atterrirent dans la poêle remplie d’huile chaude qu’une vendeuse de galette n’avait pas encore eu le temps de démonter.

La pluie battit ce jour-là Sékou. Cette pluie lui permit cependant de survivre.

Votre serviteur Tanga ([email protected])



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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Il y a 2 commentaires

  1. F?licitation mon cher journaliste. en m?me temps tu nous conseilles. Toutefois,nous n’aimons pas lire, tu le sais. Aussi voudrais-je que tes histoires droles ne deviennent droles car lassantes. Le juriste est phraseur certes mais nous aimons des histoires courtes avec beaucoup de suspens.

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