Débat national sur la laïcité : Le Burkina en a-t-il vraiment besoin ?

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En septembre prochain aura lieu un débat national sur la laïcité au Burkina. Selon le ministre chargé des Réformes politiques, Arsène Bongnessan Yé, ces palabres ont pour but de mettre tous les Burkinabè sur la même longueur d’ondes, histoire qu’on ne vienne pas à confondre imam et maire ou à prendre un pasteur pour un député ou qu’un chef coutumier ne croit pas qu’un juge de tribunal doit rendre la même décision que lui.

L’objectif est bien noble. Mais, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur son opportunité. Certes, comme l’a si bien dit le ministre Yé, il vaut mieux prévenir que guérir. On gagnerait effectivement à clarifier certaines familiarités, certaines relations qui peuvent contribuer à semer le trouble et la confusion dans les esprits. Le fait par exemple que certaines personnalités publiques, représentants de l’Etat laïc, s’affichent ou ont des paroles ou des comportements vis-à-vis de monarques ou de leaders religieux au point qu’on a du mal à dissocier le civil du religieux, gagnerait effectivement à trouver un filtre.

Et si le germe de l’ante-laïc venait d’ailleurs ?

Pareil  pour ces chefs religieux et ces chefs coutumiers qui se permettent de faire la loi à la barbe de la loi. En plus, avec à nos portes Ansar Dine qui joue à mettre l’Etat républicain malien au placard, ce n’est pas très prétentieux ni maladroit de chercher à se mouiller la barbe !

Justement, et si la bombe qui pourrait faire exploser la neutralité  et l’impartialité de l’Etat burkinabè vis-à-vis de toute religion et griller le fait que les institutions de cet « Etat ne sont soumises à aucune contrainte ni même ne relèvent d’aucune justification de nature religieuse, spirituelle ou théologique (1) » (ainsi pourrait-on définir la laïcité), était à chercher à l’extérieur plutôt qu’à  l’intérieur du Faso ?

A moins que la mémoire, si humaine, ne flanche, et toute réserve faite de ce que le ministre Yé a qualifié « d’indices sérieux » lors des échanges du CCRP, le Burkina n’a jusqu’à présent pas connu de situation qui puisse remettre en cause ce principe de laïcité. Les autorités religieuses et coutumières du Faso ont toujours fait preuve d’une bonne intelligence de vie, non seulement entre elles, mais aussi avec les institutions républicaines. Les premières n’ont pas très visiblement tenté de s’immiscer dans la gestion du pouvoir public (mises à part quelques saillies ici et là) et les deux unissent parfois leurs forces pour sortir le Burkina d’une impasse. Le mot « Djihad » n’a jamais été prononcé au Faso.

Laïcité et Incivisme : qui doit primer ?

Avec un tel paysage, c’est certainement une main étrangère du genre Ansar Dine qui pourrait semer les ronces et  les épineux de la remise en cause de la laïcité au Burkina.

Est-on sûr, dans ce cas, qu’en dérangeant la mare burkinabè si calme, on ne ressusciterait pas quelques démons qui étaient partis pour rester dans un sommeil éternel ?  Ce débat, mal encadré ou mal négocié, pourrait devenir un volcan d’où surgiraient des problèmes jusque-là inconnus au Burkina.

L’urgence n’est-elle pas plutôt à trouver une réponse à  la crise alimentaire qui est, elle, réelle et dont on se demande si la fin sera pour bientôt avec cette saison des pluies plus que balbutiante ? Débat national pour débat national, pourquoi ne pas en organier un sur l’incivisme ambiant qui prend des proportions inquiétantes et qui menace à court terme l’équilibre du Faso ?

C’est cet incivisme qui pousse un imam à injurier un magistrat plus qu’une question de violation de laïcité. C’est cet incivisme qui risque de ne pas faire accepter les conclusions qui pourraient découler de ce débat, parce que justement, c’est cet incivisme qui croira que les participants au débat ne sont pas représentatifs du peuple burkinabè dans son entièreté. C’est la mentalité actuelle qui fera croire aux gens que ce débat n’est qu’un rendez-vous de plus pour des amis de se retrouver ensemble pour partager des perdiems au lieu de discuter de choses utiles.

Mais bref, à faire contre mauvaise fortune, bon cœur, il ne reste plus qu’à espérer que ce débat soit utile et qu’il serve à  contribuer à remettre debout ce cher Burkina qui, de jour en jour, ne sait plus se fier à quel  saint … laïc !

 

 

 

 

 

 

 



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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