Mali : Bal de crises et arlésienne danse du soumou*

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Ph : frendethie

La montagne du mini-sommet de la CEDEAO a accouché d’une flopée de souris… pardon, de recommandations pour sortir le Mali de la crise où il est plongé et où il compte attirer ses pays voisins et frères. Ces derniers ne veulent évidemment pas le rejoindre dans ce cloaque, mais ils dansent toujours dans la restreinte cour des déclarations de bonnes intentions.

On rechigne toujours à appliquer l’argument de la force. Les portes rembourrées qui fermaient le lieu où se tenait le huis clos des chefs d’Etat à ce sommet n’ont certes pas pipé mot de ce qui s’est dit. Mais il est certain que bon nombre de têtes couronnées africaines souhaitent qu’on dise aux groupes armés du nord Mali,  « ne bougez plus la barbe ou on tire ». Cependant, c’est apparemment le médiateur Blaise Compaoré qui semble tirer à fond sur la bride. Pour lui, il ne faut pas intervenir pour intervenir et il faudrait d’abord asseoir un gouvernement au Mali avant d’examiner cette procédure. Autrement dit, pas un godasse armé estampillé CEDEAO au Nord Mali sans l’armée malienne !

Le temps, allié des groupes armés au Nord

C’est bien, cela. Mais pendant ce temps, les groupes armés au nord, plus précisément AQMI, MUJAO, Ansar Dine et compagnie ne resteront pas là  à se stresser la barbe et à boire du thé. Il ne faudrait certainement pas compter sur eux pour se statufier comme glace,  et rentrer la queue entre les pattes, en entendant le mini-sommet de la CEDEAO sonner le clairon du « baissez les armes avant le ramadan » et emboucher la trompette du « CPI, à l’attaque » ! Et ainsi renseignés chaque jour qu’on en veut à leurs boubous  et à leurs turbans, ils ne trouveront pas mieux que de se barricader et s’armer jusqu’aux oreilles. Dans lequel cas, la force en attente risquerait d’avoir à faire à plus fort qu’elle n’attendait.

Et pour ne rien arranger les choses, voilà que des Maliens situés sur le territoire non occupé font entendre des sons discordants de ceux de la CEDEAO. Pro-putchistes, amis du Premier ministre Cheick Modibo Diarra et autres partis politiques font savoir qu’ils ne sont pas contents que Médiateur & Co, pour tenir ce fameux sommet,  n’ait pas mis les pieds dans ce même Mali qui a mis K.O son propre président. Le contre-sommet organisé à  Bamako est ainsi un boycott implicite des conclusions de Ouagadougou. Dans ce cas, le gouvernement d’union nationale pourra se dire chanceux s’il voit son acte de naissance avant début août, comme l’a souhaité le groupe de contact.

Intervention d’accord, mais union au sud du Mali d’abord !

Les Maliens devront sans doute s'unir pour reconquérir la nouvelle indépendance du Mali (Ph : Maliactu)

Pourtant, s’il n’y a pas de gouvernement de transition ou s’il ne se forme pas tôt, Dioucounda Traoré aura beau jeu de rester emmitouflé dans son lit d’hôpital français et la force en attente risque de se muer en salle d’attente. L’union au sud du Mali est donc la clé qui pourrait dégoupiller la situation du Mali, ou du moins, la faire évoluer  vers une autre étape. Le médiateur et ses collègues l’ont répété à satiété : dépasser les convictions ou intérêts partisans et unir les forces pour résoudre la crise. A l’issue de ce sommet, ils semblent leur avoir dit que le sort du Mali leur appartient et est dans leurs mains.

Les Maliens ont donc intérêt à s’entendre sur l’essentiel. Sinon, la crise fera naître d’autres crises qui danseront un sombre bal. Le soleil du  jour où le peuple mandingue dansera le  grand soumou de la fin de ce cauchemar et de la réunification de leur pays, ne fera alors que retarder son réveil.   Au grand dam de l’Afrique de l’Ouest.

* Le SOUMOU (danse sarakolée) est une danse de joie exécutée pour fêter la fin de la récolte ; les mouvements sont exécutés avec délicatesse et souplesse en direction du ciel et en utilisant l’espace. A cette occasion, les femmes se parent de motifs au henné sur les mains et les pieds et jettent un mouchoir à leur mari qui sort du cercle pour faire une démonstration. (Source : http://ka.danse.free.fr

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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