2 000 expulsés ivoiriens d’Israël : test de bonne foi pour le régime Ouattara

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Quel sort réservera le régime d'Alassane Ouattara à ces réfugiés ivoiriens ? (Ph : amer.be)

Israël a donné jusqu’à ce lundi soir à près de 2000 réfugiés ivoiriens pour qu’ils plient bagage et rentrent chez eux. Un « chez eux » qu’ils avaient fui à cause de la voltige des balles et du staccato des armes.  Maintenant que les canons ont mis fin à leur tonnerre, il n’est pas pour autant certain que ces Ivoiriens seront les bienvenus aux bords de la lagune Ebrié.

L’expérience récente donnée en Eburnie a de quoi décourager tout  Ivoirien en exil, désireux de rentrer au bercail.  La réconciliation tant chantée et la fin de la guerre annoncée prend des allures de règlements de compte et de vengeance des vainqueurs sur les vaincus. Ce  qui apparait de jour en jour comme le talon d’Achille du régime Ouattara.

Justice sélective

Les actuels vainqueurs pourront sans doute objecter qu’il ne s’agit que de rendre justice, il est cependant curieux que ce ne soit majoritairement que les partisans de l’ex-président ivoirien qui goûtent aux lanières de cette Justice. A-t-on seulement jusqu’à présent entendu qu’un proche ou un partisan d’Alassane Ouattara, excepté son ministre des Affaires étrangères (plus démis d’un statut que jugé), a été mis en cause par la justice ivoirienne ? Pourtant, des ex-ministres, des anciens généraux, des partisans pro-Gbagbo squattent des prisons.

Quand bien même continuerait-on à nier cette justice sélective, les réticences mêlées d’hésitations des Ivoiriens réfugiés en Israël de rallier la mère patrie sont des signes qui montrent que les bras ouverts d’Alassane Ouattara, appelant ses frères et sœurs à s’y jeter, apparaissent plus  comme les ailes déployées d’un aigle qui guette sa proie qu’à un sincère appel fraternel. Normal que le retour au pays natal n’enchante pas beaucoup.

Mais ont-ils seulement le choix, ces 2000 expatriés ? Rester en Israël reviendrait, selon Igal Shtayim, fondateur de l’association d’aide aux migrants Marak Liwinsky à Tel Aviv, à aller dans un camp qui ressemble plus à une prison qu’à autre chose. On pourrait par ailleurs s’interroger sur cette hâte d’Israël à « chasser » les Ivoiriens de son territoire, sachant que ces derniers émettent de sérieuses inquiétudes. N’est-ce pas violer quelque principe du droit international en expulsant des réfugiés quand on sait que le foyer qui  les a obligés à prendre ce statut n’est pas complètement éteint ?

Donner un autre gage de bonne foi

Car revenir sur la terre d’Eburnie apparait, jusqu’à preuve du contraire, comme se donner en gibier à une chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom. Au demeurant, si tant est vrai que les inquiétudes de ces réfugiés ne sont pas fondées, que le régime d’Alassane Ouattara donne un autre gage de bonne foi en organisant une campagne d’accueil de ces fils et filles de la Côte d’Ivoire.  Laisser ces 2000 personnes être pratiquement chassées du territoire israëlien, sans aller à leurs devants et sans rien faire pour les aider ou les encourager à fouler de nouveau le sol natal, serait comme donner du crédit à leurs inquiétudes.

Dans tous les cas, ces 2000 réfugiés sont un test. Le sort que leur réservera le régime d’Alassane Ouattara définira définitivement sa nature vengeresse ou réconciliatrice.

 

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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