Michel Zongo, la promesse d’une relève pour le cinéma burkinabé

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Michel Zongo avec Gaston JM Kaboré “Locarno 2012”.

Au Burkina Faso, on a souvent tendance à dire que les beaux jours du septième art sont derrière nous, avec ses grands noms qui prennent de l’âge et dont on continue d’avoir en mémoire les œuvres. Ce n’est pourtant qu’une fausse image du cinéma burkinabé. Le festival Ciné Droit Libre cette année a levé un pan du voile sur une nouvelle génération de réalisateurs qui revendiquent à juste titre leur place. Incarnation parfaite de  cette génération, le jeune réalisateur Michel Zongo ne manque pas d’attirer l’attention. Du cameraman au réalisateur, celui dont le dernier film voyage sans cesse à travers les continents présente un parcours à la fois normal, étonnant par sa simplicité et hautement prometteur. Portrait d’une figure de l’espoir du cinéma burkinabé.

Plus connu ailleurs que dans son pays?

Michel Zongo. Ce nom est presqu’inconnu des cinéphiles burkinabé. Pourtant ce jeune réalisateur de 38 ans, né dans la ville de Koudougou, a toujours traité de thématiques assez familières au Burkina. Ti-tiimou, son premier film qui traite de l’utilisation des pesticides, est aussi évocateur des réalités des burkinabé que son dernier film Espoir voyage.

Avec ce long métrage, la voie est tracée; une voie qui le mène bien loin de son Burkina natal. Hors des frontières burkinabè, en Europe et dans les Amériques, c’est souvent tout un continent que ses films représentent, comme à Berlin, l’un des plus grands festival au monde où Espoir Voyage était le seul film africain en section documentaire, à Toronto ou encore au festival international de film documentaire, “Cinéma du réel” en France. Et Michel n’a pas encore fini de voyager avec Espoir Voyage, sélectionné au festival cinéma migrant des droits humains en Argentine. “Un film qui voyage comme son titre l’évoque”, résume Michel dans une satisfaction légitime.

Cette visibilité internationale contraste fort avec l’ombre qui semble envelopper les efforts de ce jeune cinéaste. L’explication d’un tel contraste pourrait se trouver dans le choix du réalisateur de faire du documentaire. Michel ne nie pas la réalité: le documentaire est un genre plus prisé ailleurs qu’au Burkina. “Il y a un public du documentaire en Europe qui dépasse le public de la fiction” constate le réalisateur. Qu’à cela ne tienne, pour lui, qui pendant une dizaine d’années a concentré ses efforts sur la réalisation de films documentaires, c’est une conviction, une manière de faire, un style.

“La force des choses” qui hâte le parcours normal d’un réalisateur

Parmi les brèves apparitions au pays de Michel Zongo, le Fespaco 2011 où “Sibi, l’âme du violon” son deuxième film obtient la mention spéciale du jury en compétition documentaire. Mais à la 8è édition du festival ciné droit libre, le réalisateur était pleinement présent aux côtés d’autres jeunes réalisateurs, et surtout révélé au public ses oeuvres.

Vendredi 6 juillet. De nombreux cinéphiles burkinabé découvrent, à l’Institut français, Espoir Voyage. Une histoire personnelle, portée à l’écran et qui a replongé une bonne part de ces cinéphiles dans une habitude commune de migration, avec ce qu’elle entraine comme séparation, souvent dramatique comme c’est le cas dans ce film. Pour Michel, grand étonnement de la réaction du public qui s’est reconnu dans ce voyage sur les traces d’un frère parti en aventure en République de Côte d’Ivoire et qui n’est jamais retourné au pays. La preuve pour lui qu’Espoir Voyage n’est pas une histoire singulière. Pari affiché pour ses organisateurs, le festival a réussi son coup de projecteur sur ces jeunes burkinabé qui se positionnent en relève des Gaston Kaboré, Saint Pierre Yameogo et autres grands noms du cinéma burkinabé.

Après le cameraman qui a fait son apprentissage au Centre National de la Cinématographie du Burkina Faso (CNC), à la Télévision Nationale du Burkina Faso (TNB), le public burkinabé découvre un réalisateur plein de talent. Mais quoi que ce parcours ait tout de l’ordinaire, il y a quelque chose qui ressemble fort à un passage en force.

Michel Zongo à Burkin24.

Les choses sont venues par “la force des choses”, les contraintes linguistiques, avec au fond cette conviction que “faire du cinéma c’est raconter des histoires”, d’avoir une idée. Le cadreur qui accompagnait des réalisateurs étrangers à l’intérieur du pays pour faire des films, se retrouvait à jouer souvent le rôle de traducteur, et a vite doublé cette casquette de cadreur avec celle d’assistant-réalisateur. ” C’est moi qui pouvais décider à un moment donné de couper la camera ou de l’allumer en fonction de ce qui se dit, parce que le réalisateur canadien ou français ne comprend rien en dioula ou en mooré.” De la est partie une confiance que le talent et le travail n’ont pas trahi et qui nourrit actuellement les projets de Michel Zongo.

Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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