Nord Mali : Négocier, même la charia ?

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(Ph : 20minutes.fr)

Heureuses, pourrait-on dire, les nouvelles rapportées par Djibril Bassolé de Kidal et de Gao. Etonnantes, devrait-on penser, quand les premiers responsables des communautés assurent que les habitants boivent amoureusement le thé de l’entente avec les groupes islamistes qui occupent le  Nord Mali. Qui plus est,  ils assurent que ces derniers mouillent  turban, chéchia et boubou pour aider à améliorer les conditions de vie des populations.

Nord Mali à  deux vitesses ?

A entendre cela, les points d’interrogations ne peuvent que jaillir pour se demander si ce n’était pas dans le même Gao que le 5 août dernier, les populations ont manifesté pour empêcher qu’un voleur ait le statut de manchot. Peut-être est-ce ailleurs que les jeunes ont rageusement appelé à se rebeller contre des personnes qui veulent appliquer une loi qu’elles jugent meilleure à toutes les règles sociales du monde. Forte est la tentation de croire que le couple lapidé à mort parce que sacrilège aux yeux de la loi islamique, n’a été qu’un film de science fiction des plus banals.

Pourtant, à entendre Djibril Bassolé, la société civile et les communautés sont en phase avec le MUJAO et Ansar Dine et c’est à la limite si les premiers n’avaient pas adressé une carte d’invitation de séjour illimité aux seconds. Est-ce le MUJAO et Ansar Dine qui se jouent de la médiation ? Ou est-ce une stratégie de la médiation afin de conduire à bon port le navire de la négociation qu’elle a décidé d’emprunter ?

Possible. Mais les contours de cette négociation baignent pour l’instant, et pour le moins, dans un brouillard  que seul sans doute le phare du médiateur peut démêler. « Le chemin du dialogue est balisé », certes, mais où va-t-il conduire ? Quelle garantie que le troc entre la charia et la loi constitutionnelle républicaine sera possible ? Quelle garantie que MUJAO, Ansar Dine et AQMI ne sont pas blanc boubou et boubou blanc ?

Les effets désirables et indésirables de l’actuelle tactique CEDEAO

Quelle assurance que les groupes islamistes ne cherchent pas à gagner du temps pour mieux s’asseoir et asseoir leur emprise et que la tactique de la médiation n’est pas une aubaine pour leur tactique à eux ? Et quelles chances que ces négociations aboutissent si les groupes armés voient au-dessus de leur tête les cliquetis de préparatifs de la force armée de la CEDEAO ?

En effet, pendant que le médiateur avance la carotte de la négociation, les états-majors de la CEDEAO se sanglent et caressent le bâton de la « négociation » manu militari. A noter que cette conduite des choses en dents de fourche peut avoir un effet désirable ou indésirable. L’effet indésirable est que voyant que la CEDEAO est décidée à  utiliser la force s’ils n’entendaient pas raison, les islamistes pourraient se cabrer et se recroqueviller dans leur coquille.

L’effet désirable est que l’arsenal des Africains les fasse réfléchir, préférant trouver une issue paisible à une confrontation qui pourrait ne pas être à leur avantage. Mais face à des partisans du djihad, c’est-à-dire prêts à donner leur vie pour asseoir leur cause, faut-il parier là-dessus ?

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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