THOMAS SANKARA 25 ANS – Didier Awadi « Il n’y a pas un autre homme sur terre qui m’inspire autant que Sankara».

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Porte flambeau du rap africain depuis qu’il évolue en solo après le célèbre groupe de rap sénégalais PBS (positive black soul), Didier Awadi fait parti de cette catégorie d’artistes engagés et qui dans leurs textes, ne le cachent pas. Il se réclame ouvertement de l’héritage de Thomas Sankara, allant jusqu’à nommé son studio du nom de ce dernier : « STUDIO SANKARA ». A la veille de la commémoration des 25 ans de l’assassinat de Thomas Sankara, Didier Awadi a bien voulu se livrer à travers cette interview qu’il a accordé à Burkina 24. 

B24 : Quelle est l’actualité de Didier Awadi depuis la sortie de l’Album « présidents d’Afrique » en avril 2010 ?

Depuis la sortie de cet album, ça n’a pas arrêté de tourner partout dans le monde, on a fait presque tous les continents et cela continue car vu le concept qui est développé, il ya une grosse demande sur « Présidents d’Afriques ». J’ai également fait des films, dont mon propre film « le point de vue du lion » qui est allé au festival de cannes et d’autres festivals.

Mais tout cela ne m’a pas empêché d’enregistré un nouvel album qui sortira le 8 novembre prochain et qui s’appellera « ma révolution ». On va retrouver dans cet album des thèmes qui me sont chers comme le panafricanisme, la paix en Casamance, les révolutions africaines, au-delà de ce qui s’est passé avec le printemps arabe, faire parler la génération consciente, etc. C’est un album très différent avec beaucoup de styles différents, une orchestration d’un niveau élevé, avec des gens comme Wyclef Jean des fugees et plein d’autres personnes ; je pense que c’est un album de maturité. Les gens seront surpris par la fraicheur des musiques qui s’y trouvent.

 B24 : Dans cet album « présidents d’Afrique », vous parler beaucoup du président Thomas Sankara. quel lien vous unit-il à lui quand on sait également que votre studio s’appelle « studio Sankara »?

Sankara est mon maitre a penser, il ma prouvé qu’un africain peut réussir en restant intègre, qu’un africain doit croire en ses capacités et oser inventer son avenir et non rester avec des modèles importés, un mode de penser qu’on lui impose. Chaque jour, Sankara me prouve que son discours est d’actualité et dans chaque action que je mène je m’inspire de ces faits et gestes, de son parcours, pour évoluer. Son parcours m’inspire tant sur le plan politique, idéologique, que culturel. Il n’y a pas un autre homme sur terre qui m’inspire autant que Sankara.

Ici au studio Sankara, c’est également comme cela nous travaillons, on essaye de trouver des solutions africaines à des problèmes africains, on essaye de montrer qu’à formation égale, la vérité triomphe ; et les gens sont toujours impressionnés par les idées originales que nous sortons. Nous croyons au savoir faire made in Africa et c’est pourquoi les gens qui travaillent au studio Sankara, viennent de différents pays : c’est le panafricanisme.

B24 : Bientôt on commémorera le 25e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Que vous inspire cette commémoration ?

Pour moi les 25 ans de son assassinat c’est 25 ans de non justice. Et pour moi, tant qu’il n’y aura pas de justice il n’y aura pas de paix « no justice no peace » ;  donc il est tant qu’il y ait la justice pour que la paix revienne dans les cœurs et que la famille Sankara puisse aussi faire son deuil car sans justice, la famille ne peut pas faire son deuil.

Pour être allé  souvent au Burkina, je sais que beaucoup de gens  aiment Sankara et aimeraient vivre son héritage mais ont un peu peur ; il faudrait donc qu’il y ait justice pour que tous ces gens là soient libérés de leur peur. Moi je place les 25 ans de commémoration de son assassinat sous le signe de la justice.

B24 : Cette commémoration arrive a un moment où la plainte contre X pour « séquestration sur la personne de Thomas Sankara » a été déclarée non fondée par la cour de cassation Burkinabè le 28 Juin dernier. Quel commentaire en faite vous ?

Tant qu’on va escamoter la justice il ne faut pas  s’attendre à ce que les gens soient heureux. Je pense que si Sankara a de l’impact partout dans le monde, ce n’est pas au Burkina qu’il n’en a pas ; et ce n’est pas parce que les gens se taisent qu’ils n’en pensent pas moins. Donc, je reste sur ma position : no justice, no peace.

B24 : Au regard de ce dénouement, ne craignez-vous pas que la plainte contre X pour « assassinat et faux en écriture administrative » déposée par ses ayants droits depuis 1997, ne connaisse le même sort ?

Je ne m’attend pas à des miracles de la part du système qui est en place, le même système qui l’a assassiné. Je ne m’attend pas à ce qu’il y ait avec ce système une justice « cleane » parce que s’il s’inscrivait dans la justice, il n’y aurait pas eu d’assassinat, ou il y aurait eu depuis lors pardon, repentance et une vraie justice, une sépulture descente et tous les honneurs dus a Sankara. Je pense qu’on ne s’attend pas du tout à ce que ce soit fait sous ce régime en tout cas ; ça ne nous surprend guère, c’est le contraire qui aurait été surprenant. Ça ne fait que confirmer ce qu’on pense d’eux.

B24 : Que représente le Sankarisme dans un pays comme le Sénégal, quel est son ampleur ?

Il y a beaucoup de sankaristes qui se retrouvent par exemple au forum social sénégalais, la plus part des gens qui animent ce forum sont des sankaristes. Les sankaristes existent au Sénégal comme partout d’ailleurs, ils s’organisent de tant en tant, ils s’activent autour des dates de la naissance et de l’assassinat de Sankara.

Je connais beaucoup de ministres qui sont des sankaristes, qui l’étaient en tout cas. Mais qui aujourd’hui, n’osent pas l’exprimer puisqu’ils sont dans des gouvernements de droite, et qui au fond d’eux restent sankaristes. Beaucoup d’étudiants, de jeunes, se sont appropriés les idées de Sankara. Egalement, beaucoup de nos anciens de la gauche ici sont impressionnés par son travail et s’en inspirent. Mais en même temps, c’est clair que beaucoup de nos intellectuels ont peur d’utiliser le mot « révolution », alors qu’on sait que dans nos pays c’est un changement radical en profondeur qu’il faut si nous voulons évoluer.

B24 : Quels sont selon vous les idéaux Sankaristes qui doivent inspirer la jeunesse Africaine ?

C’est le travail, l’intégrité, la discipline et la dignité. Je pense que si chaque africain s’inspire de la manière dont Sankara a vécu, on pourra faire vivre nos familles, nos économies, notre continent d’une manière différente et d’une manière digne.

B24 : Quel appel lancez-vous à la jeunesse africaine a l’occasion de cette commémoration ?

Pour moi l’appel, c’est celui de raviver la campagne international pour la justice pour Thomas Sankara. Cette campagne a commencé depuis longtemps mais c’est à nous de la raviver campagne parce que tant qu’il n’y aura pas de justice, aucun de nous ne sera bien. Il ne faut pas donner aux gens l’occasion de penser que nous sommes incompétents et que nous ne considérons pas le travail fait par des gens qui sont morts pour nous. On doit tous continuer de nous battre pour le triomphe de la justice, et pour le triomphe des idées de Thomas Sankara.

B24 : En tant que Sankariste, comment comptez-vous marquer cette commémoration ? Irez-vous au Burkina vous recueillir comme au 20e anniversaire ?

Depuis quelques années en effet, je me rend au Burkina pour cette occasion. Cependant cette année j’ai quelques empêchements, mais nous allons commémorer ça à Dakar. Nous organiserons le 15 Octobre au « balajo », une projection de deux films dont le nouveau titré « sur les traces de Thomas Sankara », suivis de débats. On invitera à cette occasion, les sankaristes à réfléchir sur le thème de « la pertinence de l’action de l’action de Thomas Sankara aujourd’hui ».

B24 : Quel est votre dernier mot ?

C’est « no justice, no peace. »

Interview réalisée par Youssouf Bâ



Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

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Il y a 17 commentaires

  1. Merci fr?re toute la jeunesse africain reste convincu que sankara etait le seul qui pouvait emp?cher la domination des occidents sur ntr continent.restons sur ntr devise la patrie ou la mort ns vincrons car ?a va se r?alis

  2. Merci fr?re toute la jeunesse africain reste convincu que sankara etait le seul qui pouvait emp?cher la domination des occidents sur ntr continent.restons sur ntr devise la patrie ou la mort ns vincrons car ?a va se r?alis

  3. salut la generation consciente! Sachez que celui qui a os? tuer SANKARA pour ce que nous voyons aujourd’hui avec toute la confiance qui les liait est capable de liquider toute l’afrique. Mais avec notre devise on ne se d?courage pas. On y reviendra. Du reste il n’y a que 2ans car 2015 sera la renaissance r?volutionnaire.

  4. T?t ou tard la v?rit? et la justice finissent par triompher. Je reste aussi convaincu que tout le mal qu’on commet se paye sur terre. La patrie ou la mort nous vaincrons!

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