Exécution de Mouamar El-Kadhafi, Une affaire d’Etat ?

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Kadhafi Reçu par Sarkozy à l’Elysée.

Un an après la chute de Mouammar El Kadhafi, la Lybie ne connait toujours pas la stabilité, la sécurité. L’occasion de la commémoration de la mort du Raïs depuis plusieurs jours, donne lieu à une reprise des combats dans la ville libyenne de Bani Walid.

Cet ancien bastion de Kadhafi, est assiégé depuis plusieurs jours par les forces gouvernementales qui demandent la remise de certaines personnes accusées d’avoir enlevé et torturé Omran Shaban, lequel avait participé à la capture de Kadhafi. Les affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés ont déjà fait au moins 26 morts et plus de 2000 blessés dont semblerait-t-il Khamis Kadhafi le fils cadet du Raïs Libyen, dont la mort avait au paravent été annoncée plusieurs puis démentie.

Khamis Kadhafi : fils cadet de Mouamar Kadhafi

Pour l’heure, les autorités affirment que son corps a été transféré à Misrata mais aucune image n’est venue corroborer l’information.

Moussa Ibrahim, ex porte parole de Kadhafi

Parallèlement, les autorités avaient annoncé l’arrestation de Moussa Ibrahim, l’ancien porte parole de Kadhafi avant de rectifier le tir car il semble que lesdites autorités n’ont pas encore mis la main sur ce dernier.

Cela, relance le débat qui alimente les médias ces dernières semaines sur les circonstances de la mort de Kadhafi et de son fils Muatassim le 20 octobre 2011.

On se souvient effectivement que le 20 Octobre 2011, les images de la capture de l’ex dirigeant Libyen inondaient les écrans de télé avant l’annonce quelques heures plus tard de sa mort. La version officielle des autorités libyenne fut que « Kadhafi était mort suite à un échange de tir entre les colonnes rebelles et le convoi qui tentait d’exfiltrer le guide ».

Un an après, les informations qui tombent au compte-goutte ont battu en brèche cette version officielle qui aujourd’hui n’est plus crédible.

En effet, le 17 Octobre dernier, un rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) vient à la suite de plusieurs annonces des médias, démentir cette version. A cet effet, Jean-Marie Fardeau, le président de la section France de l’ONG soutient dans un entretien accordé à TV5 que « Nous avons les preuves, avec certitude, que Kadhafi a bien été capturé vivant par les miliciens de Misrata, et donc qu’eux seuls ont pu l’exécuter par la suite, sachant qu’il était déjà blessé ».

Kadhafi quelques heures après sa capture
Kadhafi quelques heures après sa capture

Il est dès lors clairement établi que Kadhafi n’a pas perdu la vie dans les conditions décrites par les autorités libyennes et c’est pourquoi l’ONG américaine à demandé l’ouverture d’une enquête par ces autorités afin que soient retrouvés et jugés les coupables de son exécution qui est selon eux un crime de guerre (exécution d’un prisonnier de guerre). Cette demande est appuyée par les autorités américaines qui ont pris part à l’opération militaire qui a emporté le régime de Kadhafi.

Outre ces déclarations de HRW, une autre thèse prospère ces dernières semaines : « Kadhafi a été tué par un espion de Sarkozy ».

C’est le Corriere della Sera, l’un des plus respectés médias italiens qui en fait le premier l’annonce le 29 septembre dernier. Il se fonde, sur une déclaration de Mahmoud Jibril, l’ancien Premier ministre du gouvernement de transition et président du Conseil exécutif du Conseil national de transition (CNT) Libyen dans une interview diffusée une semaine plus tôt par la télévision égyptienne Dream TV « Un agent étranger était infiltré avec les brigades révolutionnaires pour tuer le colonel Kadhafi ».

Le lendemain, c’est le très respecté média anglais, le daily telegraph qui reprend la thèse et interroge pour ce faire Rami El-Obeidi, l’ancien responsable des relations avec les agences de renseignement étrangères pour le CNT, qui affirme sans détour que “les services secrets français ont joué un rôle direct dans la mort de Kadhafi”. Quand on demande à HRW si une telle thèse est plausible, la réponse tends à tempérer un peu ; Jean-Marie Fardeau à ce propos affirme « qu’il est certain que le convoi a bien été atteint par des tirs d’avions français. Par la suite, qu’il y ait des hommes du renseignement sur le terrain c’est probable, mais des hommes dont la mission était d’exécuter Kadhafi, absolument rien ne le prouve. ».

Même sans preuve formelles, la thèse soutenue par les médias occidentaux dont le premier à l’évoquer fut le canard enchainé, trouve ses fondements dans les circonstances ayant conduit le convoi de Kadhafi à croiser la route des colonnes rebelles. Selon Rami El-Obeidi la localisation du guide a été possible lorsque celui-ci a « essayé de communiquer, grâce à son téléphone satellite Iridium, avec certains de ses fidèles qui avaient trouvé refuge auprès de Bachar El-Assad, en Syrie. (…) Et c’est justement le chef d’Etat syrien qui a transmis le numéro de téléphone satellitaire de Kadhafi aux services secrets français ».

On a pensé pendant longtemps que l’OTAN avec en tête les français n’ont pas spécialement chercher à capturer Kadhafi, donc n’étaient pas hostiles à l’idée de sa mort comme on a pu le lire dans le canard enchainé du 26 Octobre 2011 où un diplomate français affirmait sous couvert d’anonymat que « La peine de mort n’était pas prévue dans les résolutions de l’ONU qui ont permis à l’OTAN d’intervenir, mais il ne faut pas jouer les hypocrites. A plusieurs reprises, des avions français et britanniques avaient déjà tenté de liquider Kadhafi en bombardant certains de ses repères, à Tripoli ou en détruisant notamment un de ses bureaux ».

Quel intérêt pour la France de Sarkozy de s’assurer de la mort du chef d’Etat libyen ?

Pour tenter de répondre à cette question il faut se souvenir qu’au plus fort de la guerre en Libye, peu de temps après la reconnaissance officielle du CNT par la France, l’agence officielle libyenne Jana, annonce avoir « appris qu’un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale ».

Une semaine plus tard, le 16 mars 2011, Saif al-Islam Kadhafi commence le grand déballage affirmant qu’« Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. C’est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler. La première chose que l’on demande à ce clown, c’est de rendre l’argent au peuple libyen. Nous lui avons accordé une aide afin qu’il œuvre pour le peuple libyen, mais il nous a déçus. Rendez nous notre argent. Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, et les opérations de transfert. Nous révélerons tout prochainement. ».

Cette affaire de financement que l’entourage du président français a voulu minimiser n’en n’est pas moins fondée, à la lecture de plusieurs enquêtes effectuées par des médias français bien avant le début du printemps arabe. Lesquelles enquêtes ont conclu à l’existence d’un lien de financement entre Kadhafi et Sarkozy comme l’enquête publiée par Médiapart intitulée : « Sarkozy-Kadhafi : la preuve du financement », qui informe de la découverte d’une note confirmant l’accord qui aurait été donné par la Libye de soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy pour une valeur équivalente à près de 50 millions d’euros.  Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart qui a mené cette enquête estime que « Déclencher une guerre sur place, c’est le meilleur moyen pour être les premiers à mettre la main sur les archives ».

Baghadi al-Mahmoudi ancien premier ministre de Kadhafi

Au-delà de ces enquêtes, des proches de kadhafi confirment cette information. C’est le cas de  l’ancien Premier ministre de Kadhafi, Baghadi al-Mahmoudi. Qui déclare à Médiapart le 2 mai 2012 : « Je confirme qu’il existe bien un document signé par Moussa Koussa et qu’un financement a bien été reçu par M. Sarkozy ».

S’étant enfuit en Tunisie, il devait y être jugé le 22 Juin 2012 pour entrée illégale sur le territoire, audience au cours de laquelle il devait selon son avocat qui l’annonçait au juge Renaud Van Ruymbeke (magistrat en charge de l’instruction de l’affaire Takieddine), parler des financements des campagnes électorales et des questions d’enrichissement personnel. Deux jours après cette déclaration de son avocat, Baghadi al-Mahmoudi est extradé en Libye dans des conditions obscures, sans l’accord du président tunisien.

Seil El-Islam

Il y retrouve Seif El Islam que la Libye tient on ne sait pour quelle vraie raison, à juger elle-même et non le livrer à la CPI qui en a fait la demande.

Cela conduit légitimement a soupçonner que certains ont intérêt à ce que des personnes comme Baghadi al-Mahmoudi se taisent à l’instar du défunt chef d’Etat Libyen car on le sait bien, la Libye d’aujourd’hui n’est pas dans les dispositions d’offrir un procès équitable aux anciens dignitaires du pays et qui plus est, ils sont soumis à de véritables risques de violations des droits de l’homme comme l’affirmait Amnesty International au lendemain de son extradition « Une décision qui expose l’ancien premier ministre à de réels risques de graves violations des droits de l’homme, notamment la torture, une exécution extrajudiciaire et un procès injuste ».

Toutes ces informations et bien d’autres encore ont déjà eu le mérite de faire la preuve que Kadhafi a bien fait l’objet d’une exécution extra judiciaire. Elles montrent avec déception, que la révolution libyenne qui a chanté l’instauration d’une Libye libre, est en train d’asseoir loneur pouvoir sur des crimes tout aussi détestables que ceux qu’elle a décrié par le passé ; ceci avec outre la complicité des puissances occidentales, leur silence coupable et donc leur approbation tacite.

Qui a exécuté Kadhafi et Muatassim? Un rebelle libyen ou un agent infiltré Français ? La réponse n’est sûrement pas pour demain mais, les éléments d‘information qui continuent de tomber conduisent chaque jour un peu plus vers l’implication directe des services français et du clan Sarkozy.

(sources : TV5, Médiapart)

Youssouf Bâ



Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

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