CHRONIQUE DU WEEKEND – Les rastas de Bobo, entre amour des blanches et mépris des filles indigènes

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Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina, est aussi un centre touristique.  Les rastas, philosophes des ghettos,  y font de bonnes affaires avec les touristes européens et vont plus loin en conquérant le cœur des blanches, même si leur mode de vie leur vaut du mépris.

 Un rasta dans une rue de Bobo
Un rasta dans une rue de Bobo

Dans des quartiers touristiques comme Bolomakoté et Koko, il est rare de faire une virée sans apercevoir un groupe d’hommes en dreadlocks. Autour d’instruments de musique tels le djembé et le balafon, ou encore savourant du café dans un kiosque aux couleurs et sons reggae, ces hommes d’un style de vie atypique sont aussi guides des touristes occidentaux qui viennent découvrir les richesses culturelles de Bobo. Mais au-delà de leurs missions de guides, les rastas parviennent à séduire les blanches, et même à les épouser.

Un amour arithmétique ?
Derrière les rapports  intimes  qu’entretiennent les rastas avec les blanches, se trouve des intérêts. Ainsi, un rasta du secteur 5 de la ville nous a confié que l’intérêt se trouve d’abord du côté des blanches. Selon lui, les femmes occidentales trouvent que les rastas sont assez simples à « gérer », qu’ils connaissent bien la ville, les langues locales, et plus largement les codes. En plus, indique notre homme, les rastas peuvent facilement approvisionner les étrangers en drogue, et « assurer des nuits inoubliables ». 
Mais l’intérêt n’est pas d’une seule partie : A Bolomakoté, nous avons rencontré une vielle femme surnommée « Mama  Africa », très connue et respectée dans le milieu des rastas. Mama Africa nous a fait savoir que la pauvreté et le goût de l’aventure expliquent  le choix des rastas. « Nos enfants souffrent. Et si une blanche peut aider un rasta à émigrer vers l’Europe et à pouvoir aider un jour sa famille, moi je n’y trouve pas d’inconvénient». Toutefois, la vielle dame dit être contre ce qu’elle appelle « la prostitution masculine ». « Il faut que le rasta éprouve réellement des sentiments pour sa compagne blanche, et qu’il lui soit fidèle », prescrit-elle. Ce n’est donc pas pour rien que dans le quartier Belle Ville, un rasta qui vit en union libre avec une européenne appelle cette dernière « Mon Avenir ». «  Seuls nous comprenons le sens profond de ce surnom », nous a confié un copain du rasta.
Il faut ajouter que le désir d’impressionner motive les rastas dans leur option. D’ailleurs, ils ne se gênent pas de vivre leur amour à l’occidentale, attirant sur eux le dédain des indigènes.
Le regard des autres
Les hommes ne trouvent rien à reprocher  aux rastas pour leurs choix sentimentaux. Beaucoup estiment que cela va de soi, vu que les non-rastas ne peuvent pas répondre aux besoins des touristes. Jacques, un français arrivé à Bobo il ya trois mois dit n’avoir pas eu recours aux services d’un rasta. Néanmoins, il dit encourager la mixité, source d’intégration.
La plupart des filles autochtones sont très hospitalières avec les touristes. Cependant, leurs opinions à l’endroit des rastas ne sont pas des meilleures. Les bobolaises que nous avons interrogées en micro-trottoir reprochent aux rastas leur « Je-m’en-foutisme ». Selon elles, les rastas ne soignent pas leur apparence et ne mènent pas une vie luxueuse.  « Les rastas ne nous font pas rêver, ce qu’ils ont à nous offrir nous est familier. Ils mènent une vie de combattant dans des quartiers populaires. Mes parents ne supporteraient pas de me voir sortir avec un rasta, parce que les rastas sont vus comme des drogués, des fainéants », nous a déclaré une étudiante de l’Université de Bobo.
Les rastas, par-dessus leur philosophie particulière, sont avant tout des citadins qui participent au développement de la ville de Sya. Ils exercent généralement les métiers d’artistes et contribuent énormément à la promotion de notre culture.  Leurs rapports avec les blanches, s’ils sont sincères, sont un  signe concret de la sociabilité légendaire  reconnue aux burkinabè.
Michel KONKOBO pour Burkina 24
Légende photo: Un rasta dans une rue de Bobo

Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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