CHRONIQUE DU WEEKEND – Les magasins de sexe de Kombougou, un cimetière des mœurs

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Des chambres de passe de Kombougou. Ph.B24
Des chambres de passe de Kombougou. Ph.B24

Dans un quartier de Bobo-Dioulasso appelé « Kombougou », le plus vieux métier s’exerce dans les plus vielles maisons érigées le plus souvent dans des cours familiales.  Le sexe s’y vend à ciel ouvert, sans souci des règles d’hygiène. Un danger pour l’éducation des enfants qui, depuis le berceau, sont plongés dans ce monde de commerce perver

 Il ya de cela deux semaines, nous nous-nous sommes intéressés à ces chambres de  passe et à leur  fonctionnement. Dès le premier jour où nous les avons visitées à quelques mètres près, nous avons été impressionnés par le nombre important de jeunes filles qui viennent échanger du plaisir sexuel contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Les claquements de chewing-gums étaient tels que nous avons cru entendre de grosses gouttes de pluies tomber. Des  femmes de diverses formes, de teints différents et de tout âge étaient à l’affût de potentiels clients. Mais, chose étrange, le lendemain lorsque nous étions de retour sur les lieux, le peuple de « Djantras» en tenues excentriques avait cédé sa place à des dolotières, des bouchers et des groupes de jeunes préparant du thé. La vie était redevenue  « normale ».
Ce qu’il convient mieux d’appeler « magasins de sexe »
Nos investigations auprès des habitants du quartier nous ont permis de comprendre certaines choses : Deux « six mètres »regroupant environ soixante chambres sont affectés à la prostitution. La plupart des  filles de joie ne logent pas dans ces maisons. Elles viennent seulement à partir de 20h, et louent chacune une chambre à 500 francs CFA la nuit. Ces chambres qui datent de la pré-indépendance  donnent l’aspect de magasins.  Des matelas chiffonnés recouverts de draps dont la crasse a fait disparaître les couleurs initiales, meublent ces maisons qui s’apparentent plutôt à des cellules de prisons africaines. « Je suis obligé de boire de la liqueur ou bien de fumer avant d’entrer », nous a soufflé un client habituel de ces maisons de tolérance.
Les premières images qui vous viennent en tête à la vue de ces chambres, ce sont celles de la pauvreté : La pauvreté des propriétaires de ces maisons qui vivent en partie de la mise en location, la pauvreté des locataires qui se prostituent le plus souvent à cause de leurs conditions de vie, et enfin, la pauvreté de la plupart de ceux qui fréquentent ces maisons.
Un QG hors-la-loi
Le service d’hygiène de la ville nous a expliqué qu’il ne contrôlait pas les chambres de passe de Kombougou, en raison justement de leur caractère complexe. Toutefois, des habitants du quartier ont déclaré à Burkina 24 que les  forces de l’ordre viennent arrêter des prostituées, mais que celles-ci étaient relâchées après le paiement d’une amende. De sources concordantes, le fait que ces chambres revêtent le caractère de « Business familial » transmis de génération en génération n’est pas favorable à une autorité qui voudrait ordonner la fermeture de l’établissement.
Par ailleurs, un samedi, vers minuit, il nous a été possible de constater que des voitures grosses cylindrées viennent remorquer des filles de joie pour les emmener vers le centre ville. Mais la plupart des clients viennent avec des engins à deux roues. Les services se payent sur place à 1000 francs CFA, selon plusieurs prostituées que nous avons feint de courtiser. Ces vendeuses de charme ont ajouté que le prix était de 500 francs CFA jusqu’en fin 2012, mais qu’il  a été revu à la hausse pour tenir compte de la vie chère. Notre visite sur les lieux nous a en outre permis de répertorier des prostituées de diverses nationalités, notamment ghanéenne,  nigériane et togolaise. Des locuteurs de Dioula et de Mooré nous ont  laissés penser que des maliennes et des burkinabè figurent parmi les prostituées.
L’enfance dans ces conditions
 « Durant mon adolescence, j’ai posé mon premier acte sexuel avec une prostituée », nous a expliqué un natif du quartier. Cet homme nous a confortés dans notre opinion : Ce milieu est nocif pour les enfants qui y vivent.  En effet, quelle bonne éducation un enfant (de l’un ou de l’autre des sexes) peut-il recevoir au milieu des orgies ? N’ya t-il pas de risque que des jeunes filles connaissent précocement des dérives sexuelles avec tout ce qui s’ensuit? En toute hypothèse, nous avons été émus de voir des enfants innocents  jouer dans une cour familiale où se dressent des chambres closes. Notre émotion venait du fait que ces enfants, qui devraient suivre un cursus scolaire normal, qui devraient bénéficier d’une saine éducation, risquent de tomber dans les pièges de leur environnement et de leur quotidien.  Selon un adage burkinabè, « Nul bruit ne réussit à dissuader un oisillon qui a vu le jour au cœur du marché ».
Pour l’essentiel, préserver l’avenir de ces enfants relève avant tout  de la responsabilité de leurs parents. Encore faut-il rappeler que les autorités publiques ont aussi leur rôle à jouer, et doivent trouver un moyen d’arrêter cette pratique qui s’écarte des bonnes manières au pays des hommes intègres.
Michel KONKOBO
Pour Burkina24.com


Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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Il y a 2 commentaires

  1. Tr?s bon article. Cet ?crit interpelle toutes les autorit?s de la ville de Sya. Les enfants de Kombougou m?ritent eux aussi de grandir dans un environnement sain qui puisse leur garantir un avenir radieux. Nous sommes n?s trouver ce quartier avec ces vilaines pratiques mais apr?s avoir quitter la ville depuis plus de 10 ans, je me disait que le centre ville de Bobo-dsso avait ?volu? positivement.

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