Équipements biomédicaux au Burkina : L’analyse d’un expert (2/2)

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Dans l’article qui suit, un expert biomédical partage sa réflexion sur des voies possibles de résolution des problèmes liés aux équipements médicaux-techniques au Burkina Faso. La première partie de l’article a été publiée sur Burkina 24 ce mardi et se trouve dans la rubrique “Santé”.

Photo d'illustration: Un scanner médical
Photo d’illustration: Un scanner médical

 Le mode d’équipement des formations sanitaires

Le mode d’équipement des hôpitaux pourrait être mieux systématisé. Toute décision de faire une dotation (y compris les dons par certains partenaires) aux hôpitaux devrait tenir compte de leur plan d’équipement élaboré à partir d’une évaluation aussi complète que possible.

Comme le définit l’Organisation mondiale de la santé (OMS)5 cette « évaluation des besoins est un processus complexe, qui inclut plusieurs variables, mais qui apporte aux décideurs les informations nécessaires pour classer par ordre d’importance et choisir les dispositifs médicaux appropriés au niveau national, régional ou local ».

Ce processus permet de partir des informations de base sur les services de santé (besoins en service par rapport aux services disponibles), des informations sur les dispositifs médicaux (DM) (leur disponibilité et état, besoins en infrastructures et accessoires) et d’informations sur les ressources humaines (nombre et qualification, aptitude à utiliser tel ou tel DM) pour en faire une analyse approfondie et aboutir à une hiérarchisation des priorités. Comme on le voit, ce processus complexe est bien loin de la compilation des expressions des besoins des formations sanitaires et avec une telle démarche, le besoin n’est pas seulement exprimé mais généré par l’analyse des besoins et leur priorisation.

C’est déjà une ébauche d’un plan pluriannuel d’équipement, toute chose qui favorise l’équité dans la dotation de l’ensemble des formations sanitaires.

Sur un autre plan, il faut reconnaitre et apprécier l’effort du Gouvernement pour les investissements importants réalisés chaque année afin de relever le plateau technique des hôpitaux et pour la construction d’hôpitaux modernes au profit des populations.

C’est l’exemple de l’hôpital national Blaise Compaoré réalisé dans le cadre de la coopération avec la Chine/Taïwan ; c’est également l’exemple des centres Hospitaliers régionaux (CHR) de Ouahigouya et de Tenkodogo réalisés par le projet d’appui au développement sanitaire des régions du centre est et du nord (PADS-CEN) sur financement de la Banque Africaine de Développement. Cependant, que deviendront ces plateaux techniques assez modernes dans dix ans quand la majeure partie des équipements seront complètement amortis ?

Sans un mécanisme durable d’équipements des hôpitaux et des formations sanitaires (qui définit les objectifs, les moyens et les conditions dans lesquels le renouvellement de ces équipements pourra se faire) ces établissements publics de santé seront probablement à l’image de l’hôpital pédiatrique CHUP-CDG. En effet cet hôpital inauguré en 2001 avec des installations modernes et tout ce qu’il fallait d’un hôpital répondant aux normes internationales a fêté ses dix ans avec les mêmes difficultés sinon pire que l’hôpital Yalgado (CHU-YO) et l’hôpital Sanou Souro de Bobo (CHU-SS). Les équipements de buanderie, de chirurgie, de stérilisation… d’incinération arrivent en même temps en fin de vie alors que les ressources disponibles ne suffisent pas à les renouveler tous ensemble.

L’organisation de la maintenance

La stratégie de maintenance biomédicale de 1998 qui visait à « améliorer la maintenance dans les différentes formations sanitaires du Burkina Faso par l’organisation et la mise en place d’un système national efficace de maintenance biomédicale des équipements, matériels et installations sanitaires» a atteint ses limites et devenue obsolète sans avoir été évaluée et mise à jour. L’organisation opérationnelle des ateliers de maintenance biomédicale et hospitalière6 est à revoir pour les rendre plus fonctionnels et efficaces. Quant à la politique d’équipements, elle a toujours été souhaitée sans jamais voir le jour.

Dans la perspective d’une nouvelle « politique d’équipements et de maintenance biomédicale » justement prévue comme la première action prioritaire de l’axe Renforcement des équipements et de la maintenance du PNDS, l’expérience pilote de maintenance au niveau district qui a été menée avec l’appui de la coopération allemande (GTZ/Maintenance) devrait être revisitée.

Cette expérience conduite dans les districts sanitaires des régions du Sud Ouest et de la Boucle du Mouhoun a permis de recruter et former des techniciens polyvalents au niveau local pour la maintenance de base dans le CMA et les CSPS du district. A ce jour, ces techniciens sont opérationnels dans les districts et malgré les moyens limités font quelque fois des prouesses qui méritent d’être encouragées.

En tout état de cause et pour plus d’efficacité, on ne pourra pas faire l’économie d’une maintenance de proximité qui répondra à environ 80% aux besoins des formations sanitaires et, sur un autre plan, constitue une opportunité d’emploi pour quelques jeunes issus de la formation professionnelle.

En ce qui concerne la maintenance dans les CHU et les CHR ainsi que les autres EPS, l’essentiel est à repenser pour donner aux services techniques des hôpitaux les moyens d’aller au-delà de la réparation tant bien que mal des appareils qui tombent en panne pour couvrir tous les aspects d’une gestion globale des technologies de santé.

D’une façon générale une réglementation globale pour une gestion durable des dispositifs médicaux et des installations techniques de santé est nécessaire et souhaitable. Elle devra prendre en compte et traiter certains sujets comme les autorisations de mise sur le marché (à l’instar des produits pharmaceutiques), l’évaluation et les audits cliniques des dispositifs médicaux, l’évaluation des besoins et leur priorisation, la programmation des DM (équipements lourds en particulier) en relation avec la carte sanitaire, la maintenance, le contrôle de qualité, la gestion des risques liés à leur utilisation.

 Marcel KONKOBO

Expert biomédical,

[email protected]

www.faso-imb.com

5 Série technique de l’OMS sur les dispositifs médicaux, OMS, 2012

6 Arrêté N°220/MS/SG/DEM , MS, 13 Août 1998

N.B : Le titre et le chapeau introductif sont de B24.

 



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