Y a-t-il une vie après le palais présidentiel ?

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Blaise Compaoré, au pouvoir depuis maintenant un quart de siècle, briguera-t-il un autre mandat en 2015 ? ou s’en ira-t-il pour permettre une alternance? Il semble encore très tôt pour le savoir. Mais les deux hypothèses restent toutes deux possibles. A propos justement des longs règnes, les auteurs de cette réflexion que nous publions, trouvent que le problème tient en cette question: « y a-t-il une vie après le palais? » Lisez plutôt

L’examen des processus de démocratisation en Afrique depuis près de 50 ans fait ressortir des échecs cuisants.

Plusieurs cas de figures expliqueraient cela : le cas des non transitions ; les transitions sans alternance ; la restauration autoritaire des transitions en phase d’achèvement. Le cas des transitions sans alternance ne laisse personne indifférente.

Pourquoi les chefs d’Etat africains s’accrochent-ils tant au pouvoir comme des chauves-souris ? Craignent t-ils qu’après le palais présidentiel, il n’y ait plus de vie ?

Parler d’une vie après le palais présidentiel suppose qu’il y’a eu une succession au niveau du pouvoir suprême et met donc en exergue toute la problématique liée à l’ « l’alternance ».

Ce petit mot de quatre syllabes peine en effet à se trouver un point de ralliement au sein des acteurs de la vie politique africaine ; et le débat s’annonce palpitant avec les perspectives de la présidentielle de 2015 au Burkina. En attendant cette compétition électorale, quel sens donner à ce mot ?

Selon le dictionnaire Larousse et étymologiquement du latin Alternus, alternatif, l’un après l’autre, successif, lui-même venant de alter, autre : « l’alternance, c’est la succession au pouvoir, dans un cadre démocratique, de deux tendances politiques différentes ».

En de termes politiques, nous pouvons dire que « C’est le cas lorsque la majorité politique est renversée par l’opposition dans le respect des règles constitutionnelles, lors d’une élection législative ou présidentielle par exemple ».

L’alternance a pour effet donc de renforcer la légitimité de la constitution et l’adhésion des citoyens au régime politique. Elle fait partie des conditions nécessaires à la consolidation de la démocratie. C’est à travers cette même alternance que nous pouvons alors évoquer d’une vie après le palais présidentiel.

Une vie, une vie, une vie après le palais présidentiel existe-t-elle ?

Des anciens Présidents comme les Sud africains Nelson Mandela et Frederik De Klerk, le Béninois Mathieu Kerekou, le Nigérian Olesegun Obasanjo, le Ghanéen Jerry Rawlings, le Sénégalais Abdou Diouf ou encore le Malien Alpha Omar Konaré et bien d’autres comme ceux lauréats du prix Mo Ibrahim à savoir, le Mozambicain Joaquim Alberto Chissano, le Botswanais Festus Mogae, le Cap-Verdien Pedro Piresn’en diront pas le contraire. Ces anciens Chefs d’Etat ont passé le flambeau et ‘‘vivent’’ toujours

Malgré ces exemples illustrant des cas d’alternance qu’a connue notre chère Afrique, son tableau est toujours sombre en matière de bonnes pratiques démocratiques en général. Des Chefs d’Etat, pourtant démocratiquement élus, adoptent peu à peu un comportement erratique et sombrent dans la mal gouvernance.

De la Guinée-Bissau, à la Centrafrique, en passant par la Sierra Leone, Madagascar, ettout récemment le Mali, beaucoup n’ont pas encore mis fin au championnat de coup d’Etat. Nous ne pouvons passer également sous silence le marasme économique du continent où un véritable take-off se fait toujours attendre.

La plaie est béante, car de sempiternelles querelles sociopolitiques rythment la vie sur le continent. Beaucoup sont passés maitres dans la gestion expéditive des conflits politiques ; où le droit se présente avant tout comme une ressource encombrante qu’on détourne et comme une procédure fastidieuse qu’on contourne ; et que les acteurs politiques ont toujours du mal à gérer et à enraciner dans leurs pratiques quotidiennes. Des Chefs d’Etat y compris les sérieux d’entre eux en triturent ainsi la constitution pour bénéficier d’un « bail » ad vitae aeternam. Mais comment décourager ceux qui veulent tripatouiller la constitution pour s’éterniser au pouvoir?

Que pouvons-nous faire pour encourager l’élite africaine en place à abandonner démocratiquement leurs fonctions au terme de leur mandat, autrement dit à se rassurer de l’existence d’une vie après le palais présidentiel et de pouvoir la mener en toute quiétude?

Simon Bolivar, le héros de l’indépendance de l’Amérique latine relevait  que« l’autorité continue d’un même individu a fréquemment mis fin aux gouvernements démocratiques…Rien n’est aussi dangereux que de laisser longtemps le pouvoir aux mains d’un même citoyen »

La permanence indéfinie du même homme au pouvoir sous couvert d’exigence populaire soigneusement orchestrée, fini toujours par devenir un facteur d’instabilité et vouloir démontrer le contraire en respectant les normes fondamentales, il n’y aurait jamais d’effets à troubler la vie après le palais présidentiel.

« En Afrique, la démocratie est un leurre, la situation s’est dégradée à tel point que les écrivains ne mettent plus en scène des héros mais des victimes » s’indignait Pabé Mongo.

Mais cela ne doit pas nous entraîner dans un afro-pessimisme. L’effondrement du bloc communiste, les injonctions des bailleurs de fonds, le discours mitterrandien de la Baule, tous ces facteurs internationaux ont certes été déterminants à promouvoir la démocratie en Afrique, mais Il faudra une prévalence de l’alternance qui est une donnée essentielle à l’enracinement de la démocratie si l’on s’en tient aux expériences des pays démocratiques.

En inscrivant dans chaque constitution africaine un statut panafricain des anciens chefs d’Etat, la vie après le palais présidentiel serait renforcée, car ces garanties seront désormais « liées à la fonction et non à l’individu qui en est dépositaire »,argumentait l’ancien diplomate onusien Ahmedou Ould-Abdallah. Un statut qui profiterait de prime à bord, aux anciens Chefs d’Etat, y compris les auteurs de coups d’Etat, ensuite, les futurs postulants devraient obligatoirement souscrire à trois conditions qui sont :

* Arriver au pouvoir par la voie des urnes et non par les armes et l’exercer sans violation grossière des droits de l’homme.

* Respecter les limites constitutionnelles des mandats électifs ou, si une modification du nombre et de la durée de ces mandats apparaît indispensable, faire en sorte d’en décaler l’application afin qu’elle ne profite pas à celui qui l’a fait adopter, mais à ses successeurs.

* S’engager enfin une fois les clés du palais rendues, à ne pas se comporter en opposant ou nouvel arrivant.

L’octroi des gages de quiétude post- palais présidentiel faciliterait également la vie du président après le palais présidentiel. Une telle sérénité pourrait prendre la forme d’une amnistie que voterait le parlement pour mettre à l’abri le président après le palais présidentiel de toutes poursuites judiciaires.

N’oublions pas que la démocratie sud-africaine, ou celle même du Bénin, qui a fait figure de modèle récemment, est passée par là au début des années 1990.

Certaines familles endeuillées voulant la vérité s’opposeraient à ces gages. Mais c’est l’éternelle querelle de la justice et de la paix, et quand la première peut confiner à la vengeance, il faut savoir la sacrifier sur l’autel de la seconde.

Après l’ivresse du palais rien n’est simple, car la vie après le pouvoir suprême est une expérience troublante à de dégrées divers  pour tous ceux qui l’ont connue: le libérien Charles Taylor et le nigérien Mamadou Tandja en savent quelque chose. Valéry Giscard d’Estaing en France n’a jamais réussi à digérer son départ de l’Elysée et n’a eu de cesse de tenter à reconquérir une parcelle même infime de ce pouvoir perdu, tout comme Henri Konan Bédié de la Côte d’Ivoire qui actuellement, essaierait de rebondir.

A ce propos, l’ancien Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies Kofi Annan faisait savoir qu’« il n’existe de sagesse plus vraie » et que « rien n’est plus clairement la marque d’un homme d’Etat que de savoir quand passer le flambeau à une nouvelle génération ». En d’autres termes, la vie après le palais présidentiel constitue une sagesse pour la Nation, les anciens présidents ayant quittés le palais présidentiel par la grande porte et non par la fenêtre sont toujours écoutés et utiles à leur Nation.

Chefs d’Etat, élitepolitique et chers lecteursretenons « qu’il y a une vie avant le palais, une vie dans le palais et certes une vie après le palais présidentiel… ».

Par:

W.Juste Armel Ouédraogo, Economiste, Consultant en Economie politique, BF.

Ibrahim Gansore, Political Sciences and International Studies Student, at Lincoln University, USA.



Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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Il y a 12 commentaires

  1. Voil? une belle analyse de la situation au burkina. Passer le flambeau ou conduire le pays dans le gouffre compl?tement parceque aujourd’hui sur tous les plans le Burkina est mal partit. Comme tu la si bien dit mon fr?re le droit est devenu un instrument aux mains du pouvoir qui l’utilise pour servir ses int?r?ts. Ou tant?t ? ?carter son application. Or on sait tous que dans un ?tat de droit l’Etat lui m?me est soumis au droit. ?conomiquement le pays est mal partit. nous avons un budget constituer ? 70 pourcent d’aide ext?rieur. L’aide est un cercle vicieux. ? quel moment, les burkinab? seront capable de mobiliser des ressources propres pour financer leur propre d?veloppement ? Quelle est le positionnement strat?gique et g?ostrat?gique du Burkina dans le syst?me international, pour pousser plus loin je dirai de l’Afrique dans le syst?me international au regard du jeu des acteurs. Nous donnons l’impression au Burkina de n’avoir pas le choix de notre destin, nous avons encore le choix car chaque g?n?ration ? une mission ? accomplir ou ? trahir. Ainsi plusieurs d?fis s’imposent ? nous dont d’abord celui de l’Etat et de la d?mocratie, c’est quoi l’Etat pour un burkinab?? C’est quoi la d?mocratie burkinab? ? C’est pas anodin de tel questionnement puisque la France ? son mod?le de d?mocratie diff?rent de celui des ?tats unis. Ensuite le d?fis du d?veloppement et encore c’est quoi le d?veloppement ? Je pense pas avoir la r?ponse, mais je crois savoir que tout processus doit imp?rativement ?tre en phase avec les r?alit?s locales sinon trouver leur enracinement dans les r?alit?s sociologiques historiques et culturelles d’un ?tat.

  2. L?alternance au Burkina est pr?te depuis plusieurs ann?es, m?me quelques barons du CDP attendent avec impatience le d?part de leur mentor, le seul probl?me est le silence du pr?sident avec son syst?me de gouvernance a la fa?on militaire, et qui n?est pas d?mocratique pour permettre aux pr?tendants ? sa succession de se pr?parer convenablement, et ?viter une crise comme celle de Cote d?Ivoire qui a dur? plus de 10 ans apr?s Houphou?t.Il y a une vie apr?s le palais pr?sidentiel, surtout pour le pr?sident Blaise Compaor? qui peut s?adonner a son sport favori qui est la m?diation internationale.

  3. Quand on pense qu’il faut avoir une vie apr?s la pr?sidence, on la pr?pare et on pr?pare parall?lement l’alternance. Mais lorsqu’on est convaincu, qu’il n’y a personne pouvant pr?sid? aux destin?s du pays apr?s soi, on tripatouille la constitution pour y rester et les cons?quences des longs r?gnes, on les conna?t. c’est un pouvoir sans l?gitimit?, parce que forc?. Et l’incivisme c’est d?j? ?a. Pauvre Burkina

  4. Un article de profondeur et avec une sagesse africaine : quelques chefs d?Etats de notre continent doivent y jeter un coup d??il sur cet article qui est aussi un message claire aux personnes qui prennent les palais pr?sidentiels pour un caveau familiale, surtout ceux dont leurs entourages les retiennent prisonnier par chantage pour des erreurs du pass?. Pourtant ils doivent se r?f?rer a la sagesse africaine qui dit qu?en opposant la violence ? la violence, la haine ? la haine on applique une vieille philosophie qui ne donne pas de bon r?sultat, le peuple Burkinab? est tr?s tol?rant par continuit? coutumi?re. Hors du palais pr?sidentiel c?est le paradis en famille et des honneurs nous dit l?ancien pr?sident S?n?galais A. Diouf. Alors Il y a une vie apr?s les palais pr?sidentie

  5. Il est difficile de pratiquer l'alternance en Afrique car la plupart des chefs d'Etat africain viennent au pouvoir, non pour servir le peuple, mais pour se faire servir par le peuple. Ils commettent donc beaucoup d'injustice et au terme de leur mandat ils se rendent compte qu'ils se mettent en ins?curit? en quittant le pouvoir. Ils sont combien ceux qui peuvent quitter le pouvoir et vivre librement dans leur pays comme le fait les occidentaux? Vous comprenez qu'ils n'ont donc pas de vie apr?s le palais parce que tout simplement ils ne l'ont pas pr?par

  6. Essayons de faire une constitution africaine qui servira de model pour tous les pays et les chefs d’?tats qui la violeraient seront poursuivis par une cour penale de l’Union Africaine qu’il faudra creer…

  7. y’a t-il une vie avant la palais PRESIDENTIEL?vous me dirai certainement que la question n’a pas de sens et bien si car la reponse ? cette question s’applique ? l’interrogation pos?e. il se trouve qu’il ya des poliques monarchistes qui se croit etre n? dans le naam.il faut quit? du stade de personnification du pouvoir vers une institutionnalisation de celui ci.

  8. tr?s belle analyse!!!tout y est.J'approuve cet appel aux chefs d'Etat de ne pas vouloir s'?terniser au pouvoir et aux pr?sidents entrant de ne point pratiquer une quelque "vengeance" ?, ceux sortants.De fois ,c'est cette peur qui explique tout ce qu'on le voit et malheureusement,le gros perdant c'est nous(le bas peuple)

  9. Lisez la psychologie du pr?sident africain et vous aurez que son pouvoir engage tr?s souvent d'autres personnes qui tiennent ? ce qu'il s'?ternise au pouvoir; ses courtisans et les acteurs ?conomiques qui ne doivent pas leur r?ussite ? leur comp?tence propre, sont les fossoyeurs de la d?mocratie en Afrique. Lisez plut?t http://congo-liberty.com/?p=1282

  10. Tr?s bel article. Merci pour la profondeur et la pertinence de votre analyse.Vous avez une approche diff?rente mais tr?s exacte de la situation de nos chefs d??tat en Afrique.Tr?s souvent,et dans la quasi totalit? des cas d?ailleurs, le refus d?alternance dans nos ?tats est d? ? cette ?pineuse question que nos chefs d??tats se posent:y a-t-il une vie apr?s la pr?sidence?J?esp?re que le Pr?sident du Faso va s?inspirer ce cette analyse et accepter de partir en 2015?sinon le peuple devenu conscient du Faso va le contraindre ? partir.

  11. L’alternance est fait par le peuple.Les hommes d??tat doivent cesser de croire que la chaise pr?sidentielle leur appartient. Promouvoir une vie apr?s la pr?sidence peut bien se concevoir. ?tre pr?sident c’est te dire c?der la place pour qu’un autre puisse continuer le travail et apporter de nouveaux id?es susceptibles de mener le pays en avant.

  12. Tr?s bel article. Merci pour la profondeur et la pertinence de votre analyse.Vous avez une approche diff?rente mais tr?s exacte de la situation de nos chefs d??tat en Afrique.Tr?s souvent,et dans la quasi totalit? des cas d’ailleurs, le refus d’alternance dans nos ?tats est d? ? cette ?pineuse question que nos chefs d??tats se posent:y a-t-il une vie apr?s la pr?sidence?J’esp?re que le Pr?sident du Faso va s’inspirer ce cette analyse et accepter de partir en 2015?sinon le peuple devenu conscient du Faso va le contraindre ? partir.

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