Procès de matches truqués en Belgique: Paul Put chargé par son ex adjoint

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Après avoir entendu l’avocat du Lierse mardi matin, le tribunal correctionnel de Bruxelles a écouté le récit de Patrick Deman, l’assistant de Paul Put à l’époque des faits. Le ministère public reproche à l’entraîneur et son adjoint ainsi qu’à plusieurs joueurs d’avoir influencé les résultats de leur équipe durant la saison 2004-2005. “Si nous avons perdu des matches, c’est parce que M. Ye nous avait fait comprendre qu’il fallait faire baisser la valeur marchande du club, et donc de l’équipe sur le terrain“, a expliqué Patrick Deman au tribunal.

L'entraîneur des Étalon, Paul Put © Burkina 24
L’entraîneur des Étalon, Paul Put © Burkina 24

Plusieurs anciens joueurs du Lierse ont ensuite témoigné devant le tribunal. Paul Put faisant défaut lors de ce procès, seul M. Deman a pu expliquer quelle était la situation à la tête de l’équipe et comment l’homme d’affaire chinois avait pu influencer le duo d’entraîneurs de la sorte.

“Perdre pour se sauver”

L’ex-T2 est revenu sur le contexte dans lequel les faits se sont déroulés, à l’automne 2004, décrivant une situation financière du club aux abois et des joueurs qui n’étaient plus payés depuis plusieurs semaines.

La faillite du club était alors proche. Paul Put était en contact avec Zheyun Ye et l’a convaincu de venir investir au Lierse, notamment pour acquérir plus de 90% des parts dans la propriété du stade.

Pour que M. Ye accepte d’investir, il fallait faire baisser la valeur marchande du club. “Paul Put était convaincu qu’en perdant deux matches avant la trêve hivernale, cela pouvait sauver le club. On a décidé de parler de tout cela à une délégation de joueurs“, raconte M. Deman.

Paul Put était convaincu qu’en perdant deux matches avant la trêve hivernale, cela pouvait sauver le club. On a décidé de parler de tout cela à une délégation de joueurs

Patrick Deman, ex-adjoint de Paul Put au Lierse

Toutefois, le Lierse remporte la rencontre suivante face au Brussels (5-1). Paul Put insiste ensuite auprès de ses joueurs pour que le club flandrien perde effectivement les deux matches suivants, sans faire état de menaces de la part de M. Ye sur sa personne.

C’est alors qu’apparaissent des enveloppes contenant de l’argent remises aux joueurs avertis de la situation, que le président du tribunal qualifie de “primes de perte”.

Au lendemain de la trêve et du stage hivernaux, l’homme d’affaires chinois se manifeste à nouveau auprès des entraîneurs et, cette fois-ci, directement auprès de certains joueurs, qu’il convoque dans un hôtel pour leur remettre des enveloppes d’argent.

Il souhaite que le Lierse s’incline face au FC Bruges et contre Anderlecht. Patrick Deman, qui a également perçu des sommes d’argent durant cette période, souhaite alors avertir la direction lierroise de la situation.

Mais Paul Put le dissuade en lui disant qu’étant donné que deux rencontres ont déjà été manipulées, le Lierse risquerait d’avoir des problèmes si cela se savait.

Joie hypocrite de Ye

Le club lierrois arrache pourtant le nul (1-1) contre l’équipe bruxelloise. “C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. A la fin de ce match, M. Ye est apparu en compagnie du président lierrois dans le foyer du stade. Il faisait semblant d’être heureux du résultat mais ce n’était clairement pas le cas.

Il a tapé dans le dos du gardien Yves Van Der Straeten pour le féliciter de sa rencontre, mais un autre message se cachait, selon moi, derrière ce geste. Il a également caressé la tête de mon fils, ce que j’ai interprété comme une menace“, a confié Patrick Deman, évoquant une période très difficile de sa vie et expliquant ne pas avoir su que faire pour sortir de cet engrenage.

Au lendemain de ce match contre Anderlecht, une réunion a lieu entre M. Ye et les entraîneurs et joueurs lierrois concernés. A l’issue de celle-ci, il est décidé de remettre à l’homme d’affaires chinois les sommes d’argent perçues et de faire en sorte de perdre une dernière rencontre face à Saint-Trond, après quoi M. Ye disparaîtrait.

Les anciens joueurs Yves Van Der Straeten, Laurent Delorge, Igor-Sasa Nikolovski et Cliff Mardulier, poursuivis pour corruption passive, ont ensuite confirmé ces faits ainsi que leur déroulement devant le tribunal, précisant avoir agi de la sorte à contre-coeur.

Leur coéquipier Marius Mitu a néanmoins précisé avoir envoyé l’argent contenu dans les enveloppes à sa famille en Roumanie et ne pas l’avoir remis à M. Ye.

Tous les joueurs présents ont indiqué ne pas avoir eu l’impression que Paul Put était victime de menaces. Ils ont enfin exprimé leurs regrets d’avoir manipulé plusieurs rencontres du championnat.

Les débats se porteront jeudi matin sur la rencontre Waasland-Geel de mai 2005, également suspectée d’avoir été manipulée. Les prévenus concernés par le club de Geel seront auditionnés.

 Source 7 sur 7

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