Le Nigéria et Boko Haram : laxisme ou incompétence ?

694 3

goodluck_1636002c276 filles enlevées et dont 223 restent introuvables après que 53 d’entre elles aient réussit à s’échapper. Tel est le dernier « fait de terreur » de la secte Boko Haram qui sévit et sème désolation dans la première économie du continent.

Genèse d’une gangrène !

Cela fait 12 ans que la secte a été fondée avec pour but affiché de créer un Etat islamique dans le nord du Nigéria à majorité Musulmane. Fonctionnant sous un modèle taliban, ce groupe d’insurgés déclare que l’école occidentale est interdite en Islam et par conséquent elle la combat.

Il s’agissait initialement d’un groupe de jeunes radicaux établis dans une mosquée de Maiduguri. On n’entendra parler d’eux qu’en 2003, où ils eurent leur premier accrochage avec la police, au cours duquel ils saisirent les armes de la police. Après cela l’armée a pris les choses en main tuant une grande partie de ses membres et son chef de l’époque Muhamed Ali.

Reconstitué autour de Muhamed Yusuf leur nouveau leader, le groupe va reprendre le poil de la bête en se trouvant des financements occultes qu’il utilisera pour œuvrer  dans le domaine social, offrant gîte et couvert aux plus démunis. Ainsi il se gagna une certaine sympathie au sein de la jeunesse, ce qui aurait conduit à son soutient par certaines autorités de l’Etat pour des fins politiques.

Abu Qaqa. Porte-parole de Boko Haram
Abu Qaqa. Porte-parole de Boko Haram

En 2009, tout se gâte et a lieu un affrontement avec le police qui s’est solde par un millier de mort et la capture de Muhamed Yusuf, le leader du mouvement qui sera exécuté sans toute autre forme de procès. Environ 200 femmes et enfants, retenus captifs vont être libérés à l’issue de ce bain de sang et depuis la radicalisation du mouvement s’en est allée croissante.

Les cibles de la secte qui étaient la police, les bâtiments publics, et les écoles vont être diversifiées et désormais, la communauté chrétienne est visée. Les attentats se multiplient, le monde entend de plus en plus parler de la secte, et les autorités perdent de plus en plus le contrôle.

Laxisme ou Incompétence ?

A cet stade, la question est celle de savoir comment on peut en arriver à un tel niveau d’insécurité, à un tel niveau de manque de contrôle par l’Etat fédéral ? Toute conclusion serait présomptueuse mais certains éléments de réflexions sont à prendre en compte dans une telle analyse.

D’abord il y a le fait que l’Etat Nigérian, au début du mouvement a sans doute pris une mauvaise option en réprimant systématiquement ce qui pouvait ou devait même être considéré comme la conséquence d’un mal être social à résoudre à la racine, au-delà même du phénomène de mode de l’après attentat du 11 septembre. Ce mal être social a conduit le mouvement a trouver des sympathisants simplement en œuvrant dans le social, où l’Etat a failli. L’on peut soutenir que peu importe ses motivations réelles, le mouvement a surfé sur la mauvaise répartition des richesses pour tisser sa toile. Au lieu donc de solutionner le problème à sa racine, l’Etat à des les débuts privilégié l’option forte en voulant « amputer le problème ».

Ensuite, il faut dire que l’Etat, dans l’option qu’il a choisi, n’a pas bien analysé la nature de la menace, se laissant distancer par l’expansion du mouvement, la diversification de ses modes opératoires, de ses cibles et sa mobilité.

Face à ces changements, l’armée comme la police est restée la même dans sa manière d’aborder la question, dans ses moyens d’action. La dégradation croissante de la situation révèle que le renseignement militaire nigérian est plus que défaillant ; il est inconcevable qu’une bande armée aussi organisée puisse pendant 12 ans se mouvoir quasi-librement, se développer et montrer de l’audace à chaque action sans qu’un renseignement militaire digne de ce nom ne soit apte à détenir les bonnes informations, au bon moment, pour agir de façon conséquence.

Cela nous emmène à l’un des problèmes les plus importants du Nigéria dans tous ses segments sociaux : la corruption.

Les actions spectaculaires, et le mode opératoire de la secte s’imagine mal être possible sans complicités au sein des autorités civiles et sécuritaires. L’incompétence supposée plus haut ne peut à elle seule expliquer la situation dans un Pays où l’Etat semble encore debout quoique fragilisé chaque jour un peu plus.

Enfin, l’on peut pointer du doigt les hautes autorités qui dans un tel dossier font preuve ou de laxisme ou d’incompétence. En effet, un gouvernement responsable se doit dans toute situation de prendre des mesures au regard des réalités du terrain.

Dans le cas du Nigéria il se doit de tenir compte de la corruption ambiante qui y sévit ce qui vraisemblablement n’est pas le cas car sinon comment expliquer que des gens puissent se faire passer pour des militaires, se mouvoir avec des bus contenant les 200 adolescentes et n’éveiller aucun soupçon d’aucune force de l’ordre ?

En plus où en est-t-on avec la coopération avec les Etats voisins comme le Cameroun ? Comment peut-on pour un gouvernement responsable attendre un tel pourrissement pour demander leur aide ?

Et enfin, où sont passés tous les moyens technologiques Nigérians ? Car, rappelons le Nigéria possède trois satellites (dont l’un a été entièrement fabriqué par des ingénieurs nigérians) ; il possède le premier drone militaire d’observation Africain qui a lui aussi été fabriqué par les ingénieurs de l’armée de l’air Nigériane.

Ne pas pouvoir anticiper, ne pas pouvoir profiter de tous ces moyens dont dispose le pays, apparait moins comme du laxisme et plus comme de l’incompétence. A chacun d’en juger.

Youssouf Bâ

Pour Burkina 24



Youssouf Bâ

Juriste, Spécialisé en Droit de l'Intégration. Journaliste, Poète.

Article similaire

Musique : Jah Lee revient

Posté par - 24 décembre 2016 0
Artiste musicien burkinabè, Jah Lee, à l’état civil Sidibè Mosikè présente sa deuxième œuvre discographique, un maxi de 4 titres…

Il y a 3 commentaires

  1. bne observation…ces prce k se nai pa sur leur propr famiye k la secte comet les exactions sinon il nora pa pu pdr tel ampleur. mai ces coe on l di l renar pass pass e sacun a

    son tour

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *