Vincent Guiébré: « Trois idées du monde pour le Burkina que j’aime »

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Pour fêter ses trois ans, Burkina 24 donne la parole aux lecteurs pour proposer sous forme de concours, trois idées qui pourraient inspirer le Burkina Faso. Burkina 24 vous propose d’apprécier et de voter pour les meilleures idées. Ci-dessous, la proposition de Vincent Guiébré.

Ces dernières années, le système éducatif de notre pays s’est invité directement ou indirectement dans le débat national. Ce système traine depuis des décennies un certain nombre d’insuffisances dont l’élimination s’avère primordiale. L’éducation est un canal de transmission par lequel une nation inculque à ses citoyens ses valeurs, ses principes et ses intérêts. C’est le lieu où une société structure son projet civilisationnel et le fait évoluer en fonction de la marche de l’Histoire. Notre système éducatif n’a pas compris cette réalité. Il est en crise et est miné par certains maux. Ces derniers se résument en la vacuité de son contenu, l’absence de modèle sociale qui sous-tend sa structuration, la vétusté des infrastructures et un sous-financement permanent. Tout ceci est couronné par l’inexistence d’un dispositif d’insertion lisible, efficace pour les diplômés. C’est un système sans objectif si on tient compte du fait qu’il ne se fait aucune préoccupation du devenir des diplômés qu’il éjecte dans la société. La résultante de cela c’est l’émergence d’une jeunesse diplômée pataugeant dans la précarité, largement sous-estimée et honteusement sous-employée. Cette situation est appelée à perdurer tant que les formations dans nos écoles ne seront pas indexées sur les besoins de notre économie et de notre projet de société. Il apparait urgent de procéder à la construction d’un nouveau système car ce sera faire preuve d’acharnement thérapeutique que de vouloir reformer le système existant. Le nouvel système devra tenir compte de certains paramètres. Dans le présent article, j’évoque trois aspects observés en Amérique du nord qui pourraient s’avérer utile dans la construction d’un nouvel système.

1) refonder le contenu de la formation

Le système éducatif de notre pays n’a pas fondamentalement changé depuis la création de notre État en 1960. Depuis cette date, il a toujours conservé sa nature coloniale malgré un certain volontarisme de la période révolutionnaire. Ainsi, dans notre système, beaucoup de cours doivent être revus dans leur contenu et leur objectif. Dans certains cours, on célèbre la répétition, la mémorisation et on y condamne l’audace, l’initiative. Prenons par exemple, le cours de géographie, quel intérêt a-ton à mémoriser la longueur des fleuves, à enseigner la géographie de l’Europe ou des USA ? Quel intérêt de mémoriser la description des monts alpins d’Europe, des canyons américains ou la longueur du Mississipi ? Pourquoi mémoriser toutes ces futilités en géographie durant des années afin de passer le cap des examens, sans être capables de lire la carte de la ville de Ouagadougou ? On rencontre ces mêmes inepties en histoires, où on enseigne l’histoire de la France et de ses rois. Ainsi les élèves mémorisent le règne de Louis XV et Louis XVI tout en étant ignorant sur la révolte Bwa de 1916. L’enseignement de l’Histoire de notre pays se limite à la récitation d’une série de date chronologique de 1896(royaume mossi devient un protectorat français) au 15 octobre 1987. Avec un tel enseignement de l’histoire, on ne transmet pas le sentiment d’appartenance à une nation. Dans un pays comme les USA, l’histoire aux secondaires porte majoritairement sur l’indépendance, les pères fondateurs, la guerre de sécession, l’esclavage et son abolition.etc. Il s’agit d’inculquer aux jeunes américains d’où ils viennent et de faire naitre en eux la fierté de leurs pères fondateurs et le sens du sacrifice pour les générations futures. Au Québec, c’est le même mode en enseignement de l’histoire afin donner aux jeunes les clés de l’identité québécoise.

Notre système éducatif doit être revu dans bon nombre de ses enseignements pour se focaliser sur ce qui est essentiel pour notre projet de société. Quant à l’enseignement de l’Histoire, il faut revisiter celui de notre pays et de notre continent pour le débarrasser de ses incongruités coloniales et y introduire les valeurs fondatrices, l’interprétation des symboles et le grand récit des origines.

2) une formation verticale orientée métiers

Dans le système éducatif nord américain, les formations sont axées sur la pratique et sur le savoir essentiel du domaine métiers. Chaque cours est formulé avec un objectif pratique précis. Les étudiants sont évalués en fonction de cet objectif. Après une formation, le nouveau diplômé peut exercer efficacement des postes liés à son domaine de formation dans la fonction publique que privé sans passer par une seconde école. Au Burkina Faso, ces formations verticales orientés métiers pourront être efficaces et économiques pour l’État mais aussi très utiles pour les diplômés. Par exemple, j’ai des promotionnaires qui ont obtenu une maitrise en économies et qui ont été recrutement à des postes de ressources humaines(RH) dans la fonction publique après des années de formation à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM). En termes clairs, l’État a utilisé l’argent du contribuable pour former pendant 4 à 5 ans ces diplômés universitaires. Dans une seconde étape, il lance des concours directs à la fonction publique pour les recrutées pour des postes de RH après une formation à l’ENAM. Dans cet exemple précis, il suffisait de créer une filière verticale et contingentée en RH dans les universités publiques avec les curricula de formation de l’ENAM. Ainsi l’état ira recrutés directement ses agents RH dans ce bassin de diplômés dans cette filière. Beaucoup de postes de la fonction publiques (archivistes, affaires sociales, tourisme, eaux et forêts, ingénierie .etc) dont les conditions d’admission exigent un diplôme universitaire peuvent être transformées en des filières de métiers dès l’université. Ainsi, les gains économiques et d’efficacité aussi bien pour l’État que les diplômés sont énormes. Mais comment mettre ces formations avec des budgets minables de nos universités ?

3) les chèques-éducation ou la budgétisation par tête d’étudiant

Il n’y aura pas de formation de qualité ou de campus viable sans un financement adéquat de notre système éducatif. En 2004, j’ai entamé mes études supérieures à l’université de Bobo-Dioulasso qui avait trois facultés (instituts). En 2005, elle est passée à 6 facultés sans que le budget ne subisse aucune augmentation. Au Québec(Canada), le financement des universités publiques par l’état se fait sur deux axes : une part fixe et une part variable. La part variable du budget est accordée en fonction du nombre d’étudiant. Ce système de financement variable a deux avantages majeurs. Le premier, c’est que l’université conserve sa capacité à assurer la même qualité de formation même en cas d’augmentation du nombre d’étudiant. Le second point positif, c’est que les responsables des universités sont obligés de faire la concurrence pour attirer les futurs étudiants vu que leur budget est indexé sur le nombre d’inscription. Ainsi, pour ces responsables d’universités, l’étudiant est comme un client à qui il faut assurer un service clientèle constitué par la qualité de la formation, des bibliothèques à jour et un environnement propice aux études. Ce système de financement à la tête de l’étudiant est encore appelés les chèques-éducation. Si au Québec, ces chèques sont versés directement aux universités, dans les pays comme l’Inde ou la suède, les cheque-éducations sont attribués directement aux étudiants. Ces chèques ne sont pas de l’argent comptant que l’étudiant peut encaisser mais un document certifié (voucher en anglais) qu’il donne lors de son inscription à son université. Cette dernière encaisse la valeur numéraire au trésor public.

Je pense que ce mode de financement à la tête de l’étudiant peut être implémenté dans notre pays exclusivement dans les universités publiques. Ainsi, l’État pourra évaluer le cout moyen unitaire de formation d’un étudiant par an, les étudiants qui répondent aux conditions d’inscription seront attributaires de chèque-éducation. Les universités après avoir diversifiées leur offre de formation pourront se concurrencer pour avoir les étudiants car la part variable de leur budget va dépendre du nombre d’étudiants inscrits.

En définitive, nous avons besoin de construire un nouveau système éducatif qui permet d’affronter avec les bonnes armes les enjeux de développement de notre pays. Comme décrite ci-dessus, ce nouveau système doit prendre en compte le mode de financement par l’état et la nécessité de créer des curricula de formation verticale orienté métier. L’État doit aussi se pencher sur le contenu de certains enseignements afin de former une jeunesse fière de son Histoire mais entreprenante et inventive face aux défis qui se présenteront à notre pays. Mais pour cela, il ya un préalable, l’existence de dirigeant ayant une vision politique de notre pays et qui est convaincu que l’émergence de ce dernier dans le concert des nations passe par un système éducatif performant qui tient compte des besoins de notre économie, donne la primauté aux filières métiers d’avenir et investit dans la R&D (recherche et développement).

 
A propos de l’auteur
 Takoun Vincent Guiébré est Ingénieur de formation et passionné d’économie et de sociologie politiques. Il est par ailleurs un ancien militant de base et leader des associations scolaire et estudiantine dans la ville de Bobo-Dioulasso.


Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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There are 29 comments

  1. Vraiment fr?re tout ? ?t? d?taill? c’est exactement ce que notre pays a besoin dans son syst?me ?ducative. Le pays a bejoin des gens comme vous.

  2. RAMDE Issiaka |

    Bonjour Vincent !
    Belle analyse fr?re !

    “C?est un syst?me sans objectif si on tient compte du fait qu?il ne se fait aucune pr?occupation du devenir des dipl?m?s qu?il ?jecte dans la soci?t?. La r?sultante de cela c?est l??mergence d?une jeunesse dipl?m?e pataugeant dans la pr?carit?, largement sous-estim?e et honteusement sous-employ?e.”

  3. M. Gui?br? vous feriez un excellent conseiller du MESRS. A croire que nos dirigeants qui n'arrivent pas a concevoir notre d?veloppement ne cherchent pas ou ne savent simplement pas copier de fa?on intelligente les bonnes id?es d?j? mises en pratique et qui ont fait leur preuve. Merci pour ces id?es tr?s int?ressantes.

  4. M. Gui?br? vous feriez un excellent conseiller du MESRS. A croire que nos dirigeants qui n'arrivent pas a concevoir notre d?veloppement ne cherchent pas ou ne savent simplement pas copier de fa?on intelligente les bonnes id?es d?j? mises en pratique et qui ont fait leur preuve. Merci pour ces id?es tr?s int?ressantes.

  5. Bien dit!dans l??cole technique c’est plus grave!Les il ya des techniciens en Electricit? qui sont obliger de changer et de devenir infirmiers! Les gens ne travail plus selon leur formation mais acceptent apr?s de longue recherche d’exercer n’importe quel travail!

  6. IRA Blamami |

    Je disais en son temps qu’on avait pas besoin de gaspiller des millions pour organiser des ?tats g?n?raux sur l’enseignement sup?rieur alors que les raisons de cet ?tat de fait sont connus de tous. Vincent Guiegr? vient de nous d?montrer que notre syst?me d?ductif ne souffre pas du manque de substance grise pour son orientation mais de politique et de volont? ad?quate pour son accompagnement. Bravo mon cher je valide!

  7. Belle vision et beau projet de soci?t?. L’?ducation est primordiale. Il est donc essentiel qu’un programme ?ducatif soit ?labor? et mis en pratique afin d’?tre un v?ritable moteur d’?mancipation et de progression pour le mieux-?tre ?conomique, social et psychologique du peuple d?sservi dans toute son int?grit?. Cependant, il et important de bien faire la part des choses quant au mod?le Nord-Am?ricain. Le mod?le Nord-Am?ricain a des forces dont on peut s’inspirer certes, mais il a ?galement des faiblesses dont il ne faut pas tomber dans le pi?ge d’ignorer. Une ?tude compl?te qui donnera des r?sultats positifs et efficaces r?ellement durables, doit ?viter l’id?alisation et bien analyser les pours et les contres afin de faire des choix ?clair?s qui englobent l’enti?re r?alit

  8. Mon type c’est propre. Moi president je te nommerai ministre de l’education nationale.
    Moi j’ai boss? les histoires de mississipi-alpes-piren?s au lyc?e et ?a me fait mal. Il faut que ?a change

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