Mondial 2014 : Un « Mardi noir » pour le Brésil

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Les commentaires vont bon train sur la défaite du Brésil en demi-finale par le score “historique” de 7 buts à 1. Voici celui d’Idrissa Diarra.

C’est une première dans l’histoire du football mondial ! Une première vraiment triste, qui tombe malheureusement sur le Brésil, ce grand pays du football. Et où ? A quel niveau de la compétition ? A domicile et en demi-finale ! Avant le match, une telle prédication, fut-elle faite de la part d’un prophète chevronné, risquait de vouer ce dernier à toutes sortes de gémonies, entre autres, d’être jugé de fou, s’il n’est pas lynché sur la place publique ! Mais comme le dit cet auteur, « tout est possible dans le meilleur de mondes… »

  1. Les superlatifs vont bon train

Humiliation, débâcle, raclée, claque, déculottée, correction, coup de massue, cataclysme, razzias, naufrage, déluge footballistique, voici les mots qui se sont bousculés ce soir du 08 juillet dans la bouche des commentateurs professionnels et amateurs de cette demi-finale du Mondial 2014. En tout cas, tous ces termes étaient les bienvenus pour décrire cette grande surprise de la soirée. Pire, l’expression « défaite cuisante » paraissait sinon insuffisante, sinon, passait pour un euphémisme. Seules les combinaisons de qualificatifs pouvaient mieux décrire le fait.

Cela amène une journaliste de France 24 à parler de « défaite terriblement humiliante » ! Aussi bien par son score « fleuve » que par sa fadeur – absence totale de suspense -, ce match aura probablement été l’un des plus tristement célèbres pendant ce mondial, en nombre de spectateurs et téléspectateurs déserteurs « de gradins », abandonnant ainsi le match au bout des 30 premières minutes !

La peine et l’humiliation est d’autant plus douloureuse que le match a lieu à domicile, que ce Mondiale est réputée être le plus cher de l’Histoire, et l’un des plus terriblement contestés par les mouvements sociaux brésiliens. Il est donc à redouter fort que ces mouvements rejaillissent à nouveau.

Quand on parvient à de tels scores en si peu de temps, rarement les supporters, suffisamment troublés, s’imaginent à la place des joueurs qui, à ce moment, doivent sentir que le ciel s’effondre sur leurs têtes. A ce moment précis, pour les joueurs brésiliens, le match devrait paraître terriblement long et sans doute, ils devraient s’impatienter pour la fin du match, aux fins de s’éclipser, loin des caméras.

C’est à croire que tant que l’on vit, tant que l’on a la grâce de la longévité, on est exposé à voir de toutes les couleurs ! Les bons évènements, comme les mauvais !

Sincèrement, le sympathique Roi Pélé ne méritait pas cela, un tel « Mardi noir » pour le Brésil ! Il va sans doute se demander : quelle génération de footballeurs ! Quel entraineur ! C’est sûr que même les supporteurs les plus zélés de l’Allemagne ne voyaient pas le Brésil aussi bas, aussi couché !

Franchement, c’est douloureux aussi bien pour un tel niveau de la compétition que pour ce stade de la compétition ! Tellement touché, certains commentateurs du match n’en pouvaient plus, il fallait qu’ils se marrent ouvertement, qu’ils comparent la compétition à un petit match de maracana de quartier ! Une façon de se soulager face au dépassement.

Ainsi, le mythe brésilien est tombé ! Mon cher voisin John, pour faire un coucou à notre équipe nationale, m’a dit que les Etalons du Burkina Faso feraient franchement mieux avec Paul Put. Le Brésil dont la réputation du football nous a bercé, accompagné dans notre tendre enfance, jusqu’à hier, malgré ses récentes baisses de performances, est ainsi tombé, mal tombé, très mal tombé !

Sur les plateaux de quelques chaînes de télévisions africaines que j’ai visitées, le goût amer et la tristesse de la défaite se lisaient aisément sur les visages.

Après tout,  le Brésil, c’est le prolongement de l’Afrique. Même quand les équipes africaines rentrent précocement à la maison – souvent sans grande surprise -, le Brésil demeure souvent une autre Afrique. C’est de coutume dans le cœur des Africains. Il faut dire que beaucoup à ce jour, sont décontenancés.

Vu la tournure que prenait le match, subitement, les commentateurs sont devenus des historiens d’un jour. Beaucoup se sont versés à juste raison dans des comparaisons. Plusieurs archives de l’histoire du Mondial ont refait surface.

C’est alors que l’on apprend que le Brésil a fait une défaite lourde de l’ordre 5 à 0 dans les années 70, c’est-à-dire qu’il y a de cela, une quarantaine d’années (information à confirmer). Mais cette comparaison encore précoce va se révéler très vite dépassée après la première mi-temps. Le mercure va continuer à monter, monter jusqu’à 7 buts à 1 en faveur de la terrible Allemagne !

Le plateau d’animation de la chaîne RTS du Sénégal rappelle suite à ses recherches, le score record en 1974, où l’ex Zaïre (RDC actuelle) perd face à la Yougoslavie, 9 buts à 0.

Ce qui n’est pas du tout réconfortant dans ces révélations, c’est que ce record – datant de très longtemps d’ailleurs -, n’a pas eu lieu en demi-finale, sans compter que le Brésil est après tout un grand pays de football par rapport à l’ex-Zaïre. Ne tenant plus, ont dû éteindre leurs postes téléviseurs!

Cette Allemagne qu’il faut désormais respecter sérieusement, n’est en réalité pas à son tout premier forfait. C’est quelque fois le simple refus de reconnaître certaines réalité en face, souvent du fait de l’obnubilation liée au mythe brésilien, aujourd’hui dépassé en réalité ! L’Argentine avait déjà été la victime de l’Allemagne – mais avec un score moins lourd – 4 à 0 -, en huitième de finale du Mondial 2010 ! L’équipe d’argentine avait vue sa défense totalement investie, défaite, telle une proie facile par cette équipe d’Allemagne.

Des consultants de la chaîne ivoirienne RTI 1 dans leurs analyses, soutiennent une défaillance grave dans l’axe central de l’équipe brésilienne, la faiblesse du joueur Danté, l’immobilisme et la passivité du coach, qui est resté d’un point de vue tactique, comme totalement tétanisé, sans imagination aucune, aggravant l’ampleur des évènements.

Cela rappelle une fois de plus, la place centrale qu’occupe un coach pour l’issue d’un match. Un fait révélé avec une pertinence indiscutable lors du quart de finale joué par les Pays-Bas face au Costa Rica: il a fallu au coach, le changement du gardien au terme de la prolongation pour que les Pays-Bas soient qualifiés en demi-finale, grâce à deux tirs au but arrêtés par le nouveau gardien.

L’absence de son attaquant « de pointe » au Brésil, Neymar dont le rôle trop souvent hypertrophié à raison ou à tort, souligne davantage le rôle central du coach, et vient nous rappeler le parallélisme avec cette phrase romantique : « un seul être te manque et tout est dépeuplé ». Ainsi, un seul joueur te manque Brésil, sinon deux, et tout est défait !

  1. Enseignements pour les équipes africaines

Une question peut se poser au sujet des équipes africaines, très souvent décriées pour leurs inexpériences et ce qu’il convient d’appeler « troubles de primes ».

Certaines récentes expériences montrent que désormais, le football ne devrait pas se jouer en fonction du nom du pays, de la réputation de ce dernier mais plutôt, en fonction de la réalité des équipes, joueurs, coachs et arbitres sur le terrain en temps réel. Sans négliger autres faits majeurs, la problématique des coachs mérite sérieusement d’être mise sur la table.

Très souvent, les équipes africaines sont encadrées par des coachs étrangers, souvent exclusivement occidentaux. Est-ce dire qu’il existe des milliers de systèmes dans le football, trop complexes pour la compréhension d’un coach africain ?

Quand bien même profane en football, je reste persuadé que non ! Saboteur Traoré, – mon parent à plaisanterie –  pour certains rôles brillants joués à certains moments auprès des Etalons du Burkina face à la Côte d’Ivoire, tout comme l’équipe actuelle du Ghana encadrée par un national, offrent de belles illustrations. Sous certains angles, le football aussi, qui émeut toute une Nation, mérite à certains égards, d’être appréhendé avec une certaine dose de souveraineté.

Au même titre qu’il n’est pas convenable de nommer un total étranger comme Ministre des affaires étrangères d’un pays, il semble d’un certain point de vue, que le choix d’un coach étranger pour l’équipe nationale, contrairement à ce qui se passe habituellement comme règle d’or dans les pays africains, devrait plutôt relever de l’exception.

Cela procède de la valorisation du capital humain africain et/ou national. Si le recrutement des coachs africains n’est pas possible tout de suite du fait de manque de compétences – entre autres difficultés -, les fédérations africaines devraient – à certains égards-, inscrire ces réformes dans leurs agendas, au besoin, suite à des états généraux sur le football continental, notamment par la formation massive des coachs et arbitres africains de haut niveau.

En revenant au match en question, il est clair qu’un petit recul, autorise de dire que le Brésil éliminé dès le 1er tour de la compétition à l’issue de 3 matchs, 3 défaites raisonnables, donnait une image nettement préférable à cette descente (…)  qu’il convient d’appeler humiliation cinquantenaire.

Idrissa DIARRA

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Posté par - 1 mars 2015 5
L’insurrection burkinabè, est une insurrection particulière, c’est ça qui fait son charme. Blaise Compaoré avait raison, le Burkina n’est pas…

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