Gnama Paco Drabo, maître de cérémonie : « Il faut codifier le métier »

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Rares sont les grandes cérémonies où il n’officie pas. Et d’aucuns s’accordent à lui reconnaître du talent et du charisme. La maîtrise de cérémonie, c’est son affaire. Normal. Cela fait trente ans qu’il dirige des cérémonies avec comme baguette, le micro. Journaliste de formation, Gnama Paco Drabo est entré dans le monde professionnel depuis 1983. Aujourd’hui, en plus d’être maître de cérémonie, il enseigne  à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISTIC)  et est chargé de communication au Programme spécial de création d’emplois (PSCE). Dans l’interview qui suit, il donne un véritable cours sur la maîtrise de cérémonie avant de terminer en effleurant le débat sur la modification de l’article 37 de la Constitution burkinabè.

B24 : On vous connait en tant que maitre de cérémonie.  Avez-vous des diplômes en la matière ?

Gnama Paco Drabo (G.P.D) : Des diplômes en la matière, cela n’existe pas. Au départ, j’étais animateur radio comme beaucoup de maitres de cérémonie aujourd’hui qui sont des animateurs radio. En son temps, il n’y avait pas de formation en tant que telle.

On utilisait surtout les aptitudes qu’on avait sur le plan de la radio en animation. Mais on a eu des devanciers, des gens qui nous ont initiés au métier. Il s’agit pour moi de Souleymane Compaoré qui était à l’époque à la télévision du Burkina et qui faisait la maitrise de cérémonie lors du FESPACO et à un certain nombre de grands évènements.

 C’est quelqu’un qui a vu en moi quelqu’un qui a les aptitudes pour faire ce métier. Il m’a demandé si je suis intéressé de présenter une cérémonie à l’UNICEF. J’ai accepté de travailler ce jour-là avec lui et il m’a montré comment il faut préparer la maitrise de cérémonie.

 Je l’ai préparée comme il l’a souhaité; c’est-à-dire que j’écrivais tout ce que je devrais dire. Il n’y a pas d’improvisation malheureuse. J’écrivais tout.

C’est ainsi j’ai appris. (…) En réalité, j’ai fait des stages de perfectionnement à RFI, en Egypte. Mais cela n’avait rien à voir avec la maitrise de cérémonie. Nous l’avons appris sur le tas et on s’est perfectionné.

(…) Pour tout vous dire, j’ai un  niveau 1  et 2 en formation en protocole de relations publiques. Cela m’a aidé à parfaire la maitrise de cérémonie. (…) En résumé,  il n’y a pas de formation type ou de diplôme types. Mais il n’y a que des dispositions et des aptitudes.

(…) Ma chance c’est que j’ai fait la télé, la radio,  la presse écrite, le cinéma,  présentateur de sports.  J’ai fait Galaxy à l’époque.  J’ai présenté des meetings politiques donc cela m’avantage beaucoup parce que j’ai fréquenté beaucoup de milieu.

B24 : On vous voit pratiquement officier à tous les grands évènements, notamment ceux auxquels assiste le Chef de l’Etat. Est-ce parce qu’il n’y a pas de relève ou êtes-vous le seul indiqué  à le faire ?

GPD : Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas la relève. Il y a un certain nombre de domaines dans la maitrise de cérémonie pour lesquels j’avais un atout.  C’est une question de confiance, d’expérience parce qu’aujourd’hui, animer une cérémonie où il y a le président du Faso demande de l’expérience.

Si vous n’êtes pas préparé, vous pourriez dire des choses qui mettent mal à l’aise. Animer à la présidence, je vous assure que ce n’est pas aisé. Depuis 1998, je lis les discours du président. Je ne vois donc pas  sur quel aspect je ne pourrai pas intervenir.

(…) Je vais codifier la préparation de la maitrise de cérémonie. Il faut le codifier. D’abord,  la première des choses, il faut savoir de quoi il s’agit. Le maître de cérémonie doit avoir une connaissance précise dans le domaine d’intervention, du sujet pour ne pas venir débiter des idioties pour mettre les gens mal à l’aise.

“Les maîtres de cérémonie sont la vitrine culturelle d’un pays”

Il faut que vous ayez un scénario. Il ne faut pas qu’un ambassadeur vienne parler avant un ministre. Il faut connaitre le lieu où on officie.

Cela est très important. Il faut savoir si ce sera à l’air libre ou dans une salle. Si c’est à l’air libre, les conditions de modulation de la voix changent. Il faut savoir connaitre le profil des personnes qui viennent à la cérémonie.

 L’aspect vestimentaire est aussi très important. Les maîtres de cérémonie sont la vitrine culturelle d’un pays. Si vous présentez une cérémonie où le président invite les présidents d’autres pays, la tenue conventionnelle est le costume mais vous pouvez porter un Faso danfani très présentable. Moi j’ai fait cela plusieurs fois.

Des gens essaient. J’ai moi même trouvé des femmes qui voulaient le faire. Mais c’est un métier qui a des exigences. Je ne peux pas travailler avec quelqu’un qui ne maitrise pas la langue, c’est très important.

(..) Un exemple. Vous présentez un artiste qui boite et vous dites,  c’est un chanteur qui est bien mais il boite. Cela va gêner un peu sa présence sur scène. C’est vrai qu’il boite mais en ce moment précis vous ne devez pas dire cela parce que non seulement l’artiste sera gêné, ceux qui le regardent aussi seront gênés. On ne plaisante pas avec les infirmités,  la taille, le poids.

 

"Je suis dans le métier il y a trente ans" ( © Burkina 24)
“Je suis dans le métier il y a trente ans” ( © Burkina 24)

 

 

(…)  C’est un métier qu’il faut aimer. Les gens pensent que quand on est maitre de cérémonie, c’est parce qu’on n’a pas été loin à l’école. Les gens vous traitent comme un pantin.  Mais il faut vous faire respecter dans votre métier.

(…) Aujourd’hui à Ouaga, il y a plein de cérémonies où je n’officie plus. Même si on m’invite, il y a des personnes qui peuvent faire ou je leur recommande des gens.

On  me voit plus parce que je suis dans le métier il y a trente ans, c’est dire que même dans ce métier, il y a des choses qu’on ne peut plus faire. Avant,  je tenais deux heures sans problème. Maintenant, au bout d’une heure trente,  je sens la fatigue.

 Il y a des moments où les gens disent si ce n’est pas toi on préfère aller voir ailleurs. . Cela ne dépend pas de moi. Cela  veut dire qu’ils ont vu mon travail et sont convaincu que ce sera bien fait avec moi. Ce n’est pas ici une question de relève.

Il y a aussi des cérémonies franchement que je ne fais plus. Je les renvoie généralement aux plus jeunes comme Alpha,  Big Ben, Mascotte. Les animations de mariages,  je ne les fais plus. C’est vrai que chacun à sa personnalité quand il présente une cérémonie mais je crois que il y a des choses qu’il faut laisser aux plus jeunes.

J’encourage surtout les femmes à le faire parce qu’elles ont une sensibilité qui fait qu’elles peuvent s’adresser aux gens avec un langage particulier, une certaine douceur ou tendresse s’empare du public ce qui fait que tout ce qu’elle dit les gens écoute.

B24 : Avez-vous déjà officié hors du Burkina ?

GPD : J’ai officié en dehors du Burkina mais pas officiellement. C’était le Ministère qui avait organisé des tournées en Côte d’Ivoire, au Mali. C’était dans le cadre purement culturel avec la caravane du Sahel.

J’ai eu des propositions au Mali mais je ne suis pas allé, parce qu’il faut reconnaître que dans la maîtrise de cérémonie, c’est difficile qu’un Guinéen prenne un Burkinabè pour officier une cérémonie des chefs d’Etats qui se passe en Guinée.

(…) Il y a beaucoup de gens qui sont venus au Burkina et qui sont repartis avec quelque chose parce que ce ne sont pas les mêmes façons de faire. Les Burkinabè sont beaucoup plus proches du sujet. On ne fait trop « l’attalakou » des gens. Ce qui étonne les gens des pays anglophones qui nous demandent quand nous faisons nos préséances,  pourquoi autant de personnalités concises. On leur dit chez nous c’est comme cela. C’est par ordre d’importance, c’est une considération pour les personnes présentes.

B24 : Au bout de trente ans d’exercice, est-ce que ce métier nourrit son homme?

GPD : Oui, il nourrit son homme. Aujourd’hui,  beaucoup de jeunes viennent me voir pour des informations. (…) Je leur dis que  ce n’est pas un métier où vous apprenez dans un livre. Cela se passe sur le terrain. Je prends un exemple.

Lors d’une cérémonie organisée par le Ministère de Salif Diallo en son temps,  il y a coupure d’électricité en présence du président du Faso. Personne ne pouvait parler et je prends le micro. Je dis,  nous sommes tous ici pour travailler pour  la sécurité alimentaire.

Nous sommes animés par des sentiments positifs et je vous assure que les fils d’électricité qui sont dans la maison n’ont pas pu résister à l’énergie que chacun a dégagée.

Il y a eu un surplus d’énergie voilà pourquoi les fils n’ont pas résisté et les gens ont rigolé tout en sachant que ce n’est pas vrai. Mais c’est la façon de le dire qui  a détendu l’atmosphère parce que tout le monde était crispé. C’est pour dire que ce genre de chose,  c’est l’expérience qui vous donne cela.

B24 : Gnama Paco Drabo fait aussi  de la politique. De maitre de cérémonie à la politique,  comment s’est fait la transition?

GPD : La transition s’est faite de façon douce parce qu’en politique,  il faut savoir convaincre et j’ai eu plus d’avantages par rapport à un certain nombre de personnes. Je parle facilement, je suis à l’aise avec les uns et les autres et comme je dis,  on est dans le monde des relations.

Cela  fait qu’on a suffisamment de tact et  d’imagination pour ne pas choquer les gens et pour les amener doucement à comprendre un certain nombre de principes. Cela a facilité les choses pour moi.

J’ai été suppléent dans ma province aux élections (législatives, NDLR) 2012. Cela m’a permis de parcourir toute la province, de parler aux uns et aux autres d’un village à un autre. Je n’ai pas eu de problème particulier. Depuis que j’étais au lycée,  mais cela s’est formalisé avec la révolution,  on était CDR.

En 1991,  d’Etat d’exception,  on est passé à un Etat de droit. Mon métier faisait que les gens ne me connaissaient pas trop sur ce point. Mais quand,  j’ai la possibilité de faire comprendre certaines notions et de participer au développement de mon pays et participer à l’éducation des mentalités.

B24 : Etant militant CDP,  vous officierez dans une cérémonie qu’organise l’opposition en tant que maître de cérémonie ?

GPD : Non. Mais je dis que si un ministre,  même s’il n’est pas CDP,  organise une cérémonie,  par exemple la journée nationale des paysans,  j’irai. C’est une question de position politique. Je ne peux pas être CDP et aller par exemple à un officiel meeting d’un opposant.

Je fais la différence entre les cérémonies de Ouaga. Quand le CDP organise un meeting et je dois être là-bas,  j’y serai.

« En principe,  on ne peut pas lutter contre le référendum »

Je peux être là-bas en tant que maître de cérémonie ou en tant que militant. Mais si on me dit d’aller animer un meeting de l’opposition à Gaoua, je n’irai pas.

Je suis sûr que les gens de l’opposition ne vont même pas me proposer cela. Mais être maitre de cérémonie à une grande rencontre à Ouaga 2000,  c’est tout autre chose. On ne vous demande pas de venir exprimer vos sentiments de militant CDP ou donner les positions du CDP.

B24 : En tant qu’homme politique, pensez-vous que la modification de l’article 37 apportera la paix au Burkina ?

Quand on a écrit la constitution,  on n’a pas dit que l’article 37 ne peut pas être modifié. Il y a de ces articles qui ne peuvent être modifiés.  C’est écrit noir sur blanc et l’article 37 fait partie des articles modifiables. Quand les gens disent qu’il faut respecter la constitution,  je crois que cela commence par là.

Le président peut faire usage du référendum. Si on veut prendre la jurisprudence pour gérer un Etat, cela aussi a ses avantages comme ses inconvénients.

La force de la classe politique est qu’on a toujours laissé une ouverture pour le dialogue. En principe,  on ne peut pas lutter contre le référendum. Ce qu’on peut faire, c’est de mener une campagne pour dire à ses militants de voter non.

Aujourd’hui, il y a tellement de commentaires autour de ça (…). Ce sont des points d’achoppement. Pour moi,  ce n’est pas la discussion sur l’article 37 qui doit construire le pays. Il y a beaucoup de choses à faire, les forages, l’électricité, auquel on peut apporter sa contribution (…).  Pour ma part,  l’article 37 doit être modifié.

Propos recueillis par Reveline SOME

Burkina 24 

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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Il y a 12 commentaires

  1. Mon fr?re je t’admirais, mais en politique il y a la dimension la l?galit? et de la l?gitimit? de la constitution qui doivent guider le bon sens de tout un chacun dans les prises de position. M?me si l?article 37 est r?visable le bon sens ne le permettre par ces temps. Respectons l

  2. bien dit paco car m?me roch a reconnu a africa 24 que c’est juridiquement faisable mais qu’on doit avoir la parole d’honneur et j’imagine si lui il l?? blaise appe la l le r?f?rendum pour la paix.

  3. moi je n ai rien a dire il est venu pour bouffer et la premiere dame n a pas manquer a le faire alors ou est le probleme;il n est pas un journalisme comme les newton et autres

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