Afrique : Ebola pire que le SIDA ?

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Comparaison n’est pas raison. Mais les « effets secondaires » de la maladie à virus Ebola, en plus des effets immédiats (plus de 1000 Africains et un Européen en sont décédés), sont désolants. En plus de tuer l’homme, elle étouffe son « humanité ».

Aux premières heures du Syndrome de l’immunodéficience acquise (SIDA) et plusieurs années après, ceux qui en portaient le virus étaient devenus de véritables parias, rejetés par tous, y compris leurs proches, et agonisant dans la solitude.

C’est ce désolant spectacle que fait vivre actuellement Ebola aux populations africaines. Sauf que cette fois-ci, cette terrible et énigmatique maladie ne passe pas seulement par les rapports sexuels pour contaminer. Le seul contact chaleureux et séculaire qu’est un salut à travers une franche poignée de mains peut être fatal.

Une semaine avec le cadavre  de sa mère …

Et l’effet qu’elle fait est simplement cruel. Exemple, ce reportage à donner la chair de poule fait par Le Point au Libéria (voir Ebola : au Liberia, des malades emmurés vivants). Une famille a été décimée par la maladie : un père, une mère et une fille (12 ans). C’est le père qui a été le premier à développer les signes. Les villageois, au courant, isolent la famille.

Ils appellent les agents de santé qui tardent à venir. Le père décède. Les infirmiers arrivent cinq jours après. Les trois membres (dont un adolescent de 15 ans)  restants sont testés. La fille et la mère ont  contracté le virus. Le fils, miraculeusement, est négatif. Il est extirpé de la maison familiale, qui est ensuite barricadée. Les malades sont, pour ainsi dire, « emmurées ».

La mère et la fille appelleront en vain ceux avec qui, il y a moins d’une semaine, ils discutaient et échangeaient amicalement. Ils ne leur apporteront pas de l’eau ni à manger. Parce qu’il ne fallait pas s’approcher d’elles et parce que les agents de santé le leur avaient interdit. La mère décède le 3 août. La fille restera avec le cadavre de sa mère pendant une semaine pour, à son tour, décéder dans la nuit du 11 au 12 août.

→ Lire aussi : Comment éviter Ebola ? 

Le garçon, lui, a regardé de loin (on lui a interdit l’accès à ses parents) cette horrible agonie, rejeté par sa communauté, qui a elle-même fui le village pour s’installer dans la forêt. L’adolescent a élu domicile dans une maison où il vit seul et de légumes ramassés en brousse.

Les effets du SIDA n’étaient pas différents sur l’humanité.  Mais Ebola risque de le battre sur ce terrain car la meilleure manière de s’en protéger est de fuir son prochain.   Elle vient montrer  à l’Homme combien ses querelles quotidiennes sont vaines et quel doit être son véritable combat de tous les jours : permettre à son prochain  de rester en vie pour l’être soi-même.

 Enfin, elle vient montrer à l’Afrique combien ses rebellions, ses violences postélectorales et ses bisbilles autour de succession présidentielle sont secondaires et quelles sont ses vraies priorités. Saurons-nous apprendre cette énième leçon ?

Abdou ZOURE
Burkina 24

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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