Fat Lion, musicien : « C’est déplorable qu’un artiste frappe à la porte de quelqu’un pour une ordonnance de 2000 francs »

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Il est de coutume de voir au Burkina des artistes qui ont eu du succès auprès de la population et fait la fierté du pays, se retrouver dans une situation de précarité, avec, entre autres, un état de santé qui laisse à désirer. Pour aider à remédier à cette situation, les organisations professionnelles de la culture ont jugé nécessaire de créer une mutuelle de santé des artistes du Burkina (MS’ART) pour faciliter l’accès de ses membres aux soins de qualité. Pour en savoir plus sur cette mutuelle, nous avons rencontré le président du Conseil d’administration de la mutuelle, Inoussa Samandoulgou alias Fat Lion, ce 12 août 2014.

Burkina 24 (B24)  :Comment est née l’idée de créer une mutuelle de santé pour les artistes?

Inoussa Samandoulgou (S.I) : Il faut dire que c’est un projet qui a démarré depuis 2005 dans sa phase avant- projet avec le projet PSIC (Programme de soutien aux initiatives culturelles, NDLR). En son temps,  une étude qui balisait le terrain était réalisée à l’issue de laquelle on avait confié le projet aux organisations professionnelles de la culture.

Un comité de suivi avait été mis en place à cet effet. Mais depuis 2005 à 2012, personne ne pouvait dire ce qui s’est passé, c’était un silence radio. Mais c’est  Par le biais de la création du Syndicat  des Musiciens et assimilés du Burkina Faso (SYMAB) que nous avons pris à bras le corps la professionnalisation du secteur et posé  nos activités prioritaires dont la création de la mutuelle qui était un projet en léthargie.

Nous avons invité les organisations professionnelles de la culture en assemblée générale à des rencontres pour voir dans quelles mesures nous pouvons  mettre en place un autre comité de suivi sous la tutelle technique du Réseau d’appui aux mutuelles de santé au Burkina Faso (RAMS).

Cela a abouti à la réactualisation d’une étude de faisabilité qui nous a aidés à mettre les balises autour de la réglementation  de la mutuelle de santé que nous avons pu créer en mai 2012 juridiquement.

B24: A quelle phase en êtes-vous actuellement?

S. I :Nous sommes sur la phase opérationnelle qui consiste à mettre en place des membres adhérents en assemblée générale de la mutuelle. Les souscriptions ont commencé il y a trois mois. Nous sommes aussi à la phase de ciblage des districts sanitaires. D’ici  la mi-septembre, nous commencerons à discuter du conventionnement des districts sanitaires avec la liste que nous aurons. Les autres viendront après et nous actualiserons la liste pour que le processus soit continu.

Quant aux souscriptions, nous sommes à une cinquantaine d’adhérents. D’ici le mois de septembre,  nous espérons avoir le maximum d’artistes qui souscrivent.

B24 : Quelle est votre stratégie de communication pour avoir plus d’adhésions ?

S.I : Nous avons déjà commencé avec la stratégie du corps à corps. A partir du mois de septembre, nous comptons démarrer des rencontres dans toutes les disciplines (musique, danse, littérature, cinéma, arts plastiques). Il y aura des activités dans chaque filière sur l’intérêt de la mutuelle et leur donner  la bonne information.

 Le conseil d’administration est aussi composé des membres de chaque filière et ils constituent en même temps des points d’information pour ces filières. Il y aura aussi la communication média. Un lancement officiel aura lieu à la rentrée culturelle.

B24 :Un artiste ne pourra donc pas choisir un district autre que celui que vous aurez choisi ou une clinique, délibérément ?

S.I : L’orientation actuelle de la mutuelle dit que tout ce qui est dispositif sanitaire public. Nous avons fait une campagne de communication en marge  du paiement des droits de mai au BBDA, Il est ressorti la volonté de certaines couches artistiques de bénéficier des prestations dans les cliniques.

 Ce sont des propositions que nous prenons en compte. Si cela doit se faire nous allons identifier des cliniques à cet effet. Mais c’est à l’assemblée générale de la mutuelle de décider quelle sera la limite des prestations. Mais pour l’instant, notre orientation va beaucoup plus vers les dispositifs sanitaires publics.

B24 : Quelles sont les formes de recouvrement mis en place pour la perception des cotisations ?

S.I :Le premier acte est que la personne vienne souscrire et démontrer le besoin d’appartenir à la mutuelle. C’est une adhésion volontaire, les formes de recouvrement dépendent  de l’artiste lui-même.

 Nous avons la possibilité de proposer la retenue à la source qui peut être au BBDA ou sur son compte ou sur les contrats. Mais c’est à l’adhérent de dire comment il va payer, nous avons intégré toutes les formes de recouvrement.

B24 : Quels sont les moyens de pressions pour qu’un artiste soit à jour de ses cotisations ?

S.I :Connaissant ce secteur, même la retenue à la source n’est pas la potion magique. Nous sommes contraints  de mener une expérience pilote dans le secteur, en attendant de trouver une potion magique à la question.

 Mais la première des choses c’est que la personne adhère volontairement et ait la volonté de payer. Nous étions allés sur une base de 26 000 F CFA par personne par an, mais nous avons trouvé que cela deviendra  cher pour celui qui a une famille de 4 à 6 personnes. Nous avons proposé une grille aujourd’hui qui permet à tout le monde de mettre quelque chose dans l’assiette de la santé.

 Il est vrai que des problèmes peuvent se poser mais nous essayerons de les résoudre au fur et à mesure. Pour la survie de la mutuelle, les gens sont obligés de mettre la main dans la poche en attendant que nous trouvions des solutions qui peuvent être des solutions écoles pour le Burkina Faso et pour d’autres pays de la sous- région.

 Mais pour l’instant, nous optons pour l’adhésion volontaire et la cotisation annuelle. Il faut comprendre qu’une mutuelle de santé est une assurance santé, on les assume, il ne faut pas que les gens pensent que c’est du donné.

Si  tu paies tes cotisations, tu es pris en charge. Si tu ne paies pas, on est obligé de filtrer la liste et c’est en actualisant cette liste que tu as accès à l’hôpital.

B24 : La mutuelle est-elle bien accueillie dans le milieu ?

S.I : Sans langue de bois, je vous assure que la mutuelle est la chose la mieux accueillie dans le secteur de la culture, quand nous sommes allés sur le terrain. Nous avons fait 7 jours au BBDA pour expliquer aux gens l’avènement de la mutuelle de santé et les réactions étaient perceptibles.

 Je vous assure que si la mutuelle n’existait pas, il fallait la créer. Les gens sont très réticents en matière d’argent donc nous savons que nous avons une part d’énergie à déployer pour donner confiance, pour que les gens aient la certitude que leur argent ira là où cela doit aller et que cela apportera un plus à leur dépense de santé. Sinon, la structure en tant que telle est acceptée.

B24 : Connaissant l’intermittence dans le métier d’artiste, quels conseils vous donnerez à un artiste pour éviter d’avoir des arriérés de cotisation ?

S.I :Cela est vrai mais je me dis que même si l’artiste fait deux sans produire, il vit, il mange. Parmi ces charges, il faut que l’artiste intègre sa santé. Voilà pourquoi nous disons que le cachet d’un artiste n’est pas comme un salaire.

Des gens se plaisent à dire qu’un artiste qui joue 30mn et est payé à 250 000 F CFA équivaut à des mois de salaire d’un fonctionnaire. Ce qu’ils oublient, c’est qu’il y a une période de traite, une période de création. Ce qu’il amasse, il doit pouvoir gérer cela entre cette période de création et cette période neutre.

Au sein desquelles charges, la santé. Nous allons réfléchir et faire mûrir cette mutuelle. C’est une expérience. Il fut un moment où les gens étaient septiques. Nous sommes arrivés à la créer. Nous allons travailler de telle sorte qu’à une période nous ayons le modèle parfait.

 A quel moment peut-on prendre l’intermittence en charge ? Est-ce que l’artiste peut cotiser pour 5 ans, pour dix ans ? Ce sont des questions que nous allons mûrir au fur et à mesure. C’est à l’artiste de décider pour le temps qu’il voudrait payer.

Loin de nous de dire que nous avons trouvé l’apanage parfait, mais nous disons que nous allons trouver un début de solution à un problème qui est resté posé pendant longtemps.

C’est aux artistes de se l’approprier et de le perfectionner au fur et à mesure de telle sorte que les générations futures ne se retrouvent pas dans les mêmes désastres que nous connaissons aujourd’hui. Pour une ordonnance de 2000 F CFA, un artiste va frapper à la porte de quelqu’un, c’est déplorable. Pour les besoins primaires, il faut qu’il arrive à les rassurer.

B24 : Avez-vous le soutien d’autres structures ?                             

S.I : Dans l’avant –projet,  nous avons eu le soutien des mécènes et un certain nombre de partenaires qui sont toujours avec nous parmi lesquels le Ministère de la culture, le BBDA.

Nous avons eu un regard particulier de l’Assemblée nationale, le soutien de la Caisse nationale de sécurité sociale, Biz’art production avec Jah Press qui nous a encouragés et soutenus à un certain moment. Même si certains soutiens ne se sont pas trop substantiels au point de faire des miracles, c’est le geste qui a compté.

Propos recueilli par Reveline SOME
Burkina24


Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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Il y a 6 commentaires

  1. merci ? tous pour vos commentaires sur la Mutuelle de sant? des artistes.Aucun commentaire n'est b?te vous ?tes dans le vif du sujet au point de d?monter une fois de plus la d?licatesse du secteur. C'est vrai qu'en tant que humain on ne peut pas dire que l'artistes est diff?rent des autres et se doit de se prendre en charge et de ma?triser l'?conomie familiale ou sociale. Mais aussi je vous invite ? ?tre indurgeant car les cas diff?rent donc les besoins sont en fonction de nos v?cus. Mes sinc?res remerciements ? Burkina24;

  2. merci ? tous pour vos commentaires sur la Mutuelle de sant? des artistes.Aucun commentaire n'est b?te vous ?tes dans le vif du sujet au point de d?monter une fois de plus la d?licatesse du secteur. C'est vrai qu'en tant que humain on ne peut pas dire que l'artistes est diff?rent des autres et se doit de se prendre en charge et de ma?triser l'?conomie familiale ou sociale. Mais aussi je vous invite ? ?tre indurgeant car les cas diff?rent donc les besoins sont en fonction de nos v?cus. Mes sinc?res remerciements ? Burkina24;

  3. Les artistes n’ont qu’? s’en prendre ? eux m?me. La pauvret? de nos artistes provient de leur pauvret? culturelle et id?ologique. Tout le monde veut jouer a la star avec des musiques creuses mal pr?par?e. L??tat n’a pas pas fait assez pour les arts et la culture ? part la p?riode r?volutionnaire ou le r?volutionnaire culturel Thomas Sankara s’est battu pour donner une base culturelle au pays.Nombreux artistes sans vocation, ni talent viennent ? la musique ou aux arts par d?faut. La patience , le travail acharn? la recherche et la cr?ativit? ne sont pas l’apanage de beaucoup de nos artistes. Le public veut du bon et de la qualit? . Que nos artistes se mettent au travail comme si l’Etat n’existe pas pour sortir du bon au lieu de revendiquer des gros sous pour amener le public ? assister ? la pagaille.Travaillez et prenez de la peine disait La Fontaine.

  4. DMZ Zmd tu es trop bete.on cherche a ouvrir une porte meilleur pour les artistes qui jouent un role important dans notre soci?t? et ces des betises toi tu trouves a dire.n’oublie pas que chaque fonction a sa mutuelle.donc laisse les artistes se mutialiser.on connait leur milieu c est pas facile.donc si ya une solution pour les aider il faut l encourager au lieu de raconter des idiociers.courage a vous les artistes.ceux qui ne veulent pas avancer n on qu’a continuer a dormir.

  5. Parce qu'un artiste ne doit pas tirer le diable par la Queue ? Quand il se l?ve le matin il a les m?mes probl?me que tout le monde(Enseignant-Infirmier-m?canicien-Chauffeur-Boutiquier-Brouter-Coiffeur-menuisier) Chaque Personne est un artiste dans sa fonction.

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