Agriculture africaine : Les droits fonciers menacés par les grands partenariats public-privé

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Les politiques gouvernementales et l’aide internationale de près de 6 milliards de dollars aux grands partenariats public-privé (PPP) risquent de fragiliser les droits fonciers des Africains, d’aggraver les inégalités et de nuire à l’environnement. C’est l’ inquiétude que soulève le dernier rapport d’Oxfam, sorti le 1er septembre dernier.

Selon le nouveau rapport de l’ONG Oxfam, intitulé « Un aléa moral ? Les mégas partenariats public-privé dans l’agriculture africaine », les partenariats dits méga PPP présentent de nombreux risques et constituent une utilisation douteuse des fonds publics pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

A partir d’une analyse approfondie et trois études de cas au Burkina Faso, au Malawi et en Tanzanie, les auteurs du rapport affirment qu’à un moment où la pression sur les ressources naturelles ne fait qu’augmenter, les pays donateurs et les gouvernements africains cherchent à tirer profit de l’intérêt croissant du secteur privé pour les terres africaines.

Ainsi, selon le rapport, les mégas PPP, appelés « corridors de croissance » en Tanzanie, au Burkina Faso, au Malawi, au Ghana et au Mozambique, illustrent cette tendance.

De même constate le rapport, la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, soutenue par les économies riches et industrialisées du G8, et GROW Africa, une initiative PPP de grande ampleur soutenue par le Forum économique mondial, sont deux exemples d’initiatives mondiales promues par des donateurs pour soutenir les Méga PPP.

Plus de 1,25 million d’hectares transférés aux grandes entreprises agricoles

A propos de ces partenariats auxquels recourent les gouvernements africains pour développer le secteur de l’agriculture, Robin Willoughby, en charge des questions d’agriculture et de sécurité alimentaire pour Oxfam, souligne que « les risques sont énormes, en particulier pour les droits fonciers des communautés locales dans les régions recevant ces investissements ».

Pour preuve, la superficie totale des terres ouvertes aux investissements dans seulement cinq pays accueillant des méga PPP dépasse la taille de la France ou de l’Ukraine, selon l’ONG qui estime à 1,25 million d’hectares, la superficie de terres transférée aux investisseurs et grandes entreprises agricoles par les gouvernements africains.

Oxfam pointe également du doigt le risque que ces méga partenariats aggravent les inégalités dans les pays africains, des inégalités déjà très importantes à travers le continent, et de nuire à l’environnement.

Déjà sur le front pour plus d’investissement dans l’agriculture familiale, Oxfam appelle les gouvernements et bailleurs de fonds à renforcer les investissements du secteur public en faveur l’agriculture familiale, des marchés locaux et régionaux et à mettre en place une réglementation stricte pour s’assurer que les investissements du secteur privé profitent aux millions de petits producteurs vivant dans les zones rurales.

Justin Yarga

Journaliste web qui teste des outils de Webjournalisme et datajournalisme, Media strategy consultant.

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