Les sermons du vieux Yelmighan : Meurtrière Route nationale Numéro 1

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Accusée levez-vous ! Vous êtes poursuivie pour génocide de voyageurs. Reconnaissez-vous les faits, madame Route Nationale N°1 ? Ça paraît drôle mais on devait l’attraire en justice cette route. Combien de morts a-t-elle causés ces dix dernières années ? Mais est-elle la seule fautive ?

Non ! A qui la faute ? Ben…d’abord aux institutions fortes ! Je voulais dire, aux autorités publiques en charge des transports et de la sécurité intérieure. Voilà ! C’est comme ça qu’on parle français.

A chaque catastrophe routière, le gotha ministériel se transporte sur le lieu (enfin, presque !), les condoléances par ci, la compassion par là. Une fois retourné dans les bureaux douillets de Ouaga, on octroie des agréments de transport de personnes à des vendeurs de ferraille ou de colas.

 Les bénéficiaires ont juste acquis un vieux bus « Côte d’Ivoire au revoir » et hop ! ils embauchent un cousin à qui ils achètent  un beau matin un permis, alors que le mec n’a jamais mis les pieds dans une salle d’auto-école.

L’agrément en main, le grand patron de la nouvelle société fait gribouiller un nom sur son vieux bus. C’est soit ses initiales, soit il embête Dieu en foutant son nom sur son vieux tacot pourri. Exemple : Société de Transport Wend Na Siki Laafi (Que Dieu nous conduise à bon port).

Pardonnez, laissez Dieu tranquille !

Et voilà ! Il  ne reste plus qu’à faire du transport mixte. De toute façon, l’animal appartient au voyageur comme les bagages. Il n’y a pas de raison de transporter les bagages et refuser les animaux. C’est ainsi qu’on voit des animaux domestiques attachés, la tête à l’envers dans les camions transportant des êtres humains. Là,  il y a traitement … inhumain d’animaux domestiques, c’est puni par la loi, ou bien monsieur le procureur ?

On ne s’improvise pas société de transport en commun. Il faut avoir les moyens. Ce ne sont pas les longs chapelets et les images religieuses qui obstruent les pares brises qui vont assurer le bus contre les accidents.

 Hey ! laissez Dieu là où il est ! Il n’est nullement responsable de nos bêtises. Un bus jamais révisé, avec des roues abimées, un contrôle CCVA trafiqué, un système de freinage moyenâgeux, circulant sur une route abimée, tout ça couronné par un chauffeur ignorant, qui n’a appris qu’à accélérer et à doubler sans réfléchir.

Ah oui ! C’est ça qu’on appelle un chauffeur fort, « y a rawa » ! Si tu ne comprends pas mooré, ça veut dire que c’est un « homme fort ». Comme quoi, on n’a pas besoin de bon bus, mais de chauffeur fort.

Oui au référendum sur le code de la route !

Si l’on observe les causes de la plupart des accidents, on peut dire qu’ils pouvaient être évités par le bon sens: le bus transportait des animaux, le chauffeur était en excès de vitesse, il somnolait parce qu’il est le seul chauffeur qui devait faire pour le même salaire Ouaga-Bobo aller-retour, puis re-Ouaga-Bobo aller-retour.

Ou encore le bus était plein à craquer. Ou bien le bus, en voulant éviter une poule, a sauté dans son nid (et Dieu sait que nos routes en sont pleines, ces nids). On va me dire que je parle politique, mais c’est étonnant non, entre nous au pays de l’homme fort, qui veille sur nos fortes institutions, une Nationale n°1 mal faite ? C’est possible ça ? Bon chaque pays ayant son histoire, chaque pays a également ses routes. Qu’on soit d’accord hein, je ne parle pas de politique.

Bon, moi je suis concret. Je propose un référendum pour faire respecter la réglementation en matière de transport des personnes et du code de la route. Si tu es pour que les routes continuent d’être des cimetières, tu votes « Oui ». Si tu veux que ces routes soient des havres de circulation tranquille, tu votes « Non ».

Quand c’est plein, faut pas entrer !

La république … oups ! … les rues publiques ont aussi besoin de leur référendum. Il leur faut leur goudron à vie. Ça au moins,  ça a un intérêt national non discutable.

Bon, on peut également dire que nous méritons ce qui arrive : un voyageur qui arrive. Il n’est pas aveugle. Il voit que le bus est plein, mais il fait des coudes et des mains pour monter. Il voit que le coffre est plein, il crie pour qu’on embarque sa moto ou encore son mouton.

Tout le monde est fautif face à ces homicides involontaires prémédités ou bien monsieur le procureur ? A défaut de nous traduire ces termes en français, on attend que tu nous traduises ces meurtriers en justice. Yelmighan en a marre !

Yelmighan


« Les sermons du vieux  Yelmigan » est une chronique satirique proposée par un « Observateur » avisé de la société burkinabè. Elle traitera deux fois par mois sur Burkina 24 de sujets liés à la vie de la nation burkinabè. Véritable sermonneur, le Vieux Yelmigan ne prendra pas de gant pour parler à ses fils et ses filles de leurs comportements quotidiens dans la société.  Ame détestant les sermons, s’abstenir donc !

Il y a 7 commentaires

  1. Merci Vieux Yelmighan pour tes sermons croustillants. Je les ai tous lus depuis le d?but et j’en raffole! Du courage et que Dieu te garde encore longtemps, que dis-je… tr?s longtemps.

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