Prosper Nignan, photographe à l'université de Ouagadougou(©Burkina24)

Pasteur, le photographe qui a su s’imposer à l’université de Ouagadougou

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Batian Prosper Nignan est photographe depuis près de 5 ans à l’université de Ouagadougou. Sorti peu à peu de l’ombre pour être une référence, son histoire est des plus remarquables. En demandant Prosper ou Nignan le photographe, il serait difficile d’accéder à lui, mais rien qu’à dire «Pasteur», et vous seriez vite conduits à son véhicule ou son lieu de travail.

Venu à la photographie à cause des difficultés sociales, le parcours scolaire de Prosper Nignan a toujours été un pari. En effet, dès la classe de cinquième au lycée, son père se désengage vis-à-vis de sa scolarité. Il comptera pendant quelques années sur la bonté de son frère ainé jusqu’en première où il se verra livré à son propre sort. C’est là qu’il se trouve des talents de mécanicien, puis de boulanger pendant les vacances à Li, près de Léo, dans la Sissili, et avec des innovations à l’appui.

Pasteur en pleine séance de photographie(©Burkina24)
Pasteur en pleine séance de photographie(©Burkina24)

Du pain chaud

«Je pouvais faire plus de pain que les fours ordinaires» explique-t-il ce 24 septembre 2014 lors d’un entretien. Habituellement, on chauffe le four et on vide les braises avant de mettre le pain. Il a construit le sien de sorte qu’il y ait un trou où pousser les braises, si bien que le four continue de se chauffer. Cette prouesse lui a valu le surnom de «du pain chaud» car il ravitaillait instantanément tout le village et même les kiosques à café. On le retrouvait aussi à servir les danseurs aux bals poussière avec son eau chaude, café, lait et pain si bien qu’il dû promettre la construction d’une boulangerie après les études pour que les villageois le laissent partir à la rentrée.

C’est avec un bénéfice de plus de 100 000f qu’il paye sa scolarité, ses fournitures, son premier vélo et décroche son baccalauréat. A la rentrée académique, Pasteur débarque à Ouagadougou avec 250f en poche, sans être préparé à la misère du campus.

«J’avais dit à mes parents qu’il y avait de l’argent et des logements pour les étudiants». Désenchanté, il se confie à un étudiant qui pratiquait la photographie. Celui qu’il désigne comme son « mentor, patron et précurseur » le prend sous son toit. Avec lui, il partage le plat du restaurant universitaire, la couchette d’une place et les tâches de photographie.

«La photo a été l’unique et principale source de revenue pour moi»

Parallèlement, Prosper Nignan poursuit ses études en Droit jusqu’en 4e année, en trouvant dans la photographie, sa principale source de revenue. Son activité prend une telle ampleur qu’il décide de s’y consacrer pleinement. Petit à petit, il en fait une entreprise.

« Je ne me limite plus seulement à la photographie, je fais les vidéos de mariages et autres cérémonies », en plus d’un secrétariat public dans le même local que son studio, il fait également des cartes de visites, invitations, remerciement et badges sa spécialisation. Pendant les  inscriptions et les demandes d’orientation à l’université, ses entrées brutes d’argent varient de 100 000 à 150 000f par jour et il emploie 6 personnes, dont son épouse, sa sœur cadette, et quelques étudiants qui travaillent à temps partiel. Il doit sa notoriété à la rigueur au travail et son respect pour la clientèle. En effet, nombreux sont ceux qui viennent solliciter ses services juste pour l’encourager.

«Je le fais comme si c’était pour moi. Il arrive que je me soucie plus pour la qualité de la photo que pour le crédit. C’est ma réputation qui est en jeu». En plus de livrer la photo en 5 minute moyennant une somme relativement plus basse que ses concurrents, il exploite ses connaissances acquises en Droit commercial et en Droit des affaires à l’université pour attirer et fidéliser la clientèle. Aussi ses vidéos sont-elles traitées sous forme de reportage et d’interviews. Mais l’homme n’exclut pas la grâce divine. C’est ce qui lui vaut d’ailleurs le surnom de pasteur. En effet, nourrissant le vœu d’aller à l’école biblique, il étayait ses arguments par les extraits de la bible. Il a fini par accepter ce surnom dont ses connaissances l’ont baptisé. Et avec le véhicule qu’il s’est offert grâce à la photo, son travail s’est d’avantage simplifié. Devenant un outil incontournable, il en fait son bureau.

Prosper Nignan, installé dans son véhicule (studio mobile)(©Burkina24)
Prosper Nignan, installé dans son véhicule (studio mobile)(©Burkina24)

«La clientèle veut que tu sois très proche d’elle. Ils ne veulent pas te chercher. Ils veulent que tu les cherches».  Avec son véhicule, il se déplace dans les services pour prendre, imprimer et livrer les photos sur place. Et en cas de pluie, il s’enferme avec son matériel dans son véhicule, échappant au risque de les perdre comme ses collègues obligés de les stocker à des endroits peu sécurisés. En guise de satisfaction, certains clients payent plus que le prix demandé. Il a pu s’attirer le respect et la sympathie de son entourage.

«Il n’est pas égoïste, lorsque tu lui demande de t’apprendre le travail, il le fait de bon cœur», «Il peut crier, mais c’est dans le cadre du bon fonctionnement de l’activité», «Des fois, j’aimerais être comme lui», déclarent ses collaborateurs, Yaya Ouattara, Ali Zongo et Sadia Nignan. Ses clients non plus ne tarissent pas d’éloges à son égard car «il est accueillant, souriant, avec un prix abordable». Mais Batian Nignan ne dors pas sur ses lauriers. Ayant suspendu ses études en quatrième année, il espère se perfectionner dans d’autres domaines, dès qu’il estimera son entreprise durable, avec des gens nommés à des postes de responsabilité.

«La meilleure manière de réussir est de travailler pour soi»

Se considérant comme «un fonctionnaire admis à un concours, qui est la photographie», il vise une branche qui lui permettrait d’améliorer son travail actuel, telle que l’école de cinéma ou de communication, pour être autonome et ne rien attendre de l’Etat qui ne peut pas tout prendre en charge.

«La meilleure manière de réussir, est de travailler pour soi» car plus l’on voit le fruit de ses idées se convertir en biens matériels, plus on est encouragé à créer, à oser et à prendre des risques. Pour lui, l’économie burkinabé a besoin de l’entreprenariat vers lequel les jeunes devraient se tourner. Et la meilleure retraite consiste à avoir une entreprise fonctionnelle et diversifier ses investissements pour parer aux éventualités de faillite.

Mouniratou LOUGUE

Burkina24



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Il y a 8 commentaires

  1. QUEL EXEMPLE DE R?USSITE ET DE COURAGE. LES JEUNES DOIVENT SUIVRE SON EXEMPLE ET NE PAS SE PERDRE DANS LE D?FAITISME.

  2. @burkina24: mes f?licitations pour la qualit? de l’article. Malgr? les coquilles qui s’y sont invit?s, votre article est limpide et concis. En plus, il traite d’un cas d’actualit? qui peut servir d’exemple ? d’autres.
    Merci.

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