Ebola : L’UPC interpelle le gouvernement burkinabè

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Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : «  la santé est un état complet de bien être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ». Si on se réfère à cette définition de l’OMS, on peut dire qu’au Burkina Faso même si aucun cas de maladie à virus Ebola n’a été déclaré jusque là, il n’en demeure pas moins qu’elle suscite beaucoup de peurs au sein des populations. Face à la réponse approximative proposée par notre gouvernement, le Bureau politique de l’UPC se devait de faire cette déclaration pour l’interpeller et l’inciter au passage à l’échelle des interventions.

La maladie à virus Ebola du nom de cette rivière du nord du Zaïre (actuel République Démocratique du Congo), où on l’a découvert la première fois en 1976 connait une progression fulgurante en Afrique de l’Ouest. Elle a atteint le cap de 7 492 cas et 3439 décès  selon l’OMS à la date du 1er Octobre 2014. Les trois pays les plus touchés sont la Guinée, la Sierra Léone et le Libéria.

Si l’on jette un regard critique sur cette épidémie on se rend compte que sa rapidité de propagation est effrayante et ses conséquences sociales, culturelles et économiques sont immenses. En effet, les dernières prévisions de l’OMS sur cette épidémie sont alarmistes. Elle a annoncé le 14 Octobre 2014 que la progression de l’épidémie sera encore plus fulgurante dans les mois à venir. Elle prévoit entre 5000 et 10 000 nouveaux cas  de Maladie à virus Ebola par semaine en Afrique de l’Ouest d’ici décembre 2014. Comment donc ne pas s’en inquiéter ?

Notre pays à l’instar des autres de la sous région est confronté à la difficile question, mais primordiale de la prévention de cette fièvre virale hémorragique.

Fort de ce constat, l’UPC en sa qualité de parti politique responsable et soucieux de la santé de la population burkinabè, gage de tout développement ; ne pouvait rester insensible à cette nouvelle menace. Dès le début de l’épidémie le Président de l’UPC en sa qualité de chef de fil de l’opposition politique avait déjà rendu une visite au Ministre de la santé pour évoquer la question et s’enquérir de la réponse proposée par notre pays.

S’il faut saluer l’initiative prise par le ministère de la santé pour proposer un plan de riposte à cette maladie, l’euphorie retombe très vite du fait de la faible portée des actions entreprises même au niveau des formations sanitaires.

Certes, quelques ateliers d’informations et de formation ont été réalisées ça et là par le Ministère de la Santé au profit des agents de santé ; un plan national de riposte élaboré , mais ces actions restent parcellaires et sans suite sur le terrain. Jusque là aucune simulation n’a été réalisée sur le terrain par les agents de santé. Le budget alloué par le Ministère de la santé pour répliquer en cascade les formations ne permet pas de couvrir l’ensemble du personnel dans les formations sanitaires. Ces dernières sont jusqu’à présent peu équipées pour faire face à une éventuelle épidémie, et le personnel mal préparé.

Il est en effet des évènements comme celui là qui viennent comme pour nous réveiller de notre somnolence, notre hibernation. Ils viennent, tel un miroir qui nous renvoie le reflet de notre gouvernance lugubre et de nos politiques inefficaces et incapables d’assouvir les besoins les plus élémentaires de nos populations. En effet, l’UPC constate avec l’apparition de la Maladie à virus Ebola, toutes les insuffisances du système sanitaire burkinabè ébranlé chaque fois que survient une épidémie. De par le passé, nous avons constaté les insuffisances de ce système avec les épidémies de choléra, de rougeole et de méningite qui ont frappé notre pays.

Les formations sanitaires au Burkina Faso sont dans un dénuement total et abandonnées entre les mains des seuls Directeurs d’hôpitaux qui ne savent plus où donner de la tête. Le manque de moyens rend difficile toute organisation conséquente du fonctionnement de ces structures qui ne peuvent jouer leur rôle premier  à savoir : assurer à la population des soins de qualité. La prévention des infections aux dires des usagers et des agents de santé est quasi inexistante. Dans ce contexte on conviendrait  avec Ivan ILLICH dans sa théorie de la contre productivité des progrès des sciences et techniques que : «  l’hôpital au lieu de soigner rend plutôt malade ».

La surveillance épidémiologique en particulier dans les postes frontaliers souffre de l’insuffisance du personnel affecté à cette tâche, du peu d’équipements alloués et du manque de motivation des agents de santé.

L’UPC constate par ailleurs qu’aucune structure de santé  au Burkina Faso n’est suffisamment équipée pour poser le diagnostic biologique de la Maladie à virus Ebola. Le Centre Muraz de Bobo Dioulasso pôle d’excellence pourtant, ne se limite qu’à assurer les prélèvements et leur acheminement vers un laboratoire situé dans l’hexagone plus particulièrement à Lyon.

Les ressources humaines en santé au Burkina Faso sont largement en deçà des normes préconisées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : 1 médecin/21 320 habitants en 2012 (annuaire Ministère de la santé, 2012) contre 1 médecin/10 000 habitants  préconisé par l’OMS.

Ce n’est pas le fait d’un hasard que cette épidémie sévit dans les pays pauvres du monde. Les budgets consacrés à la santé et à la recherche au Burkina Faso sont largement insuffisants pour faire face à des crises aigues comme celle-ci (38 Dollars US/habitant en 2012), mais aussi pour les prévenir. Comme le dit un adage : « gouverner c’est prévoir », il faut savoir anticiper, prévenir, être pro actif ce qui est un péché originel dans un pays comme le nôtre. A l’UPC nous sommes convaincus que  la prévention devrait être le principal mot d’ordre, basée sur une éducation pour la santé de nos populations.

Dans notre pays, l’assainissement est à un stade embryonnaire, la promiscuité dans les quartiers périphériques urbains et en milieu rural, le faible taux de latrinisation consacrant la défécation à l’air libre comme principal mode d’aisance  sont autant de tares structurelles qui ne peuvent que faciliter une éventuelle propagation de l’épidémie à virus Ebola.

L’UPC devant ces constats :

– Interpelle le gouvernement sur l’impérieuse nécessité de consacrer un budget plus conséquent à la santé en général et à la lutte contre la maladie à virus Ebola en particulier. A ce jour nous ne savons pas exactement quels financements ont été alloués par l’Etat dans ce sens et quelle est la part contributive des partenaires techniques et financiers, des particuliers et de l’Organisation Mondiale de la Santé.

 – Recommande un investissement plus grand dans les ressources humaines de la santé ;

– Interpelle le gouvernement sur la nécessité dun financement conséquent de la recherche dans le domaine de la santé, et à mutualiser les efforts dans ce sens à travers des cadres sous régionaux (UEMOA) ou régionaux (Union Africaine).  

-Invite prestement le gouvernement à tenir compte des peurs des populations de cette maladie et instaurer un dialogue constructif avec elles à travers une bonne stratégie de communication. En effet, le choix des sites de mise en quarantaine d’éventuels malades du virus Ebola suscite colères et indignations des populations comme c’est le cas à Bobo Dioulasso et à Ouagadougou sur le site de Yagma pour ne citer que ceux-ci.

L’UPC exhorte le Ministère de la Santé à privilégier l’approche participative en associant les populations dans la concertation visant à choisir des sites consensuels de mise en quarantaine dans chaque localité. Cela va aussi procéder de l’éducation des populations et de leur adhésion aux stratégies mises en place.

Le manque de concertation a crée des situations malheureuses dans certains pays touchés allant jusqu’à l’assassinat de volontaires engagés dans la sensibilisation : cas du village de Womé en Guinée forestière.

– Invite prestement le gouvernement à mettre à contribution le mode communautaire comme il en a été pour la lutte contre le Sida, afin d’assurer la sensibilisation des populations. « Il s’agit d’une épidémie comparable au Sida » dixit les experts au cours d’une conférence sur Ebola aux Etats Unis le 09 Octobre 2014. Ces ONGs et associations sont mieux outillées et ont plus d’expérience que les services de santé publiques en matière de sensibilisation. Elles maitrisent les techniques d’animation pouvant même aller jusqu’au porte à porte afin d’informer les populations et atténuer leurs peurs de cette maladie. Une part importante du budget alloué à la lutte contre cette épidémie devrait revenir au monde communautaire.

La paupérisation croissante de nos populations, les tensions socio-politiques  et les peurs que suscitent déjà ces situations ne peuvent  plus s’accommoder d’une autre situation périlleuse comme la maladie à virus Ebola. Cette dernière viendrait mettre à rude épreuve les formes de solidarités existantes chez nous, en créant de la discrimination, de la stigmatisation et un isolement social d’éventuels malades.

En tout état de cause, l’épidémie de la fièvre à virus Ebola qui sévit actuellement sur le continent doit  permettre à l’Etat du Burkina Faso s’il tient compte de notre contribution de remettre en cause aussi bien ses  approches dans le domaine sanitaire que dans les initiatives développées dans le cadre des  organisations d’intégration.

Ouagadougou le 13 Octobre 2014

Pour le Bureau Politique National de l’UPC,

Dr Steve Léonce ZOUNGRANA (MD, MPH)

 Secrétaire National à la Santé et à la population

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Il y a 6 commentaires

  1. vous ?tes les seuls(que je sache) ? dire que la maladie est un mal-?tre, en fait, qu’il faut voir la chose dans son ensemble, qu’un ?tre humain n’est pas une chose ? laquelle on remet des boulons

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