Michel Kafando à la tête de la transition : Les questions de Sidpawalemda

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Sidpawalemda H. Ouédraogo se pose des questions, dans cet article d’opinion, sur le président de la transition, Michel Kafando. Il se demande s’il saura se montrer indépendant pour mener à bien la barque burkinabè aux élections et donner libre cours à la justice et à la vérité. 

Avec l’adoption consensuelle de la Charte de la transition et la signature de cette dernière ce dimanche à la Maison du Peuple, le Burkina a entamé le processus de mise en place effective de la transition civile. Une étape cruciale vient donc d’être franchie avec la désignation du Président de transition en la personne de Michel Kafando.

Dans la forme, le Burkina Faso vient d’administrer au monde une leçon de maturité politique. Après avoir pris en main son destin les 30 et 31 octobre pour s’extirper des mains du régime de Blaise Compaoré, il vient de montrer sa capacité à s’assumer en engageant un processus de transition très singulier pour être remarqué et qui sans doute servira d’exemple dans bien d’autres États.

« Je formulais le vœu que Mme Joséphine Ouédraogo fût l’élue »

Mais dans le fond, de nombreuses questions subsistent et la désignation de Michel Kafando comme Président du Faso de Transition (PFT) ne fait que renforcer le scepticisme et le doute légitime.

Comme nous le faisions observer dans un précédent article faisant le portrait-robot du potentiel Président de transition : « …il faut s’en convaincre, la transition demande un travail diplomatique intense pour préserver notre place dans le concert des nations et défendre l’image de cette révolution, etc.

 A défaut d’être un diplomate chevronné, le Président de la transition gagnerait donc à avoir une expérience de l’international. » Là-dessus, il est difficile de dire que le choix de M. Kafando ne respecte pas cette prévision.

Son CV parle pour lui et il a certainement les compétences de l’emploi. Après avoir présidé le Conseil de sécurité des Nations unies au moment où le Burkina en était devenu membre non permanent, il paraissait avoir une longueur d’avance sur les autres.

A l’annonce des 3 présélectionnés, malgré la sympathie et le respect que j’éprouve pour Chériff Sy, je formulais le vœu que Mme Joséphine Ouédraogo fût l’élue.

 Dans mes premières prévisions, elle avait échappé à mes radars. Compétente et posée, elle a aussi un profil international qui mérite respect. Par ailleurs pour une révolution portée par les héritiers de Sankara, son expérience ministérielle sous la révolution et sa fidélité au Président Sankara, sans être pour autant militante avérée d’un parti sankariste, paraissait comme une valeur ajoutée non négligeable d’acceptation du choix par ce peuple qui a aussi soif de vérité sur le drame du 15 octobre 1987.

Elle me donnait l’assurance qu’un vrai travail de justice et de réhabilitation pouvait être envisagé conformément à la volonté populaire, notamment celle de ces jeunes qui n’avaient dans la bouche que le nom de Sankara, des pancartes d’hommage à son effigie, professant ou claironnant des éléments de son discours, en particulier la nécessité pour l’esclave d’assumer sa révolte.

La révolte du peuple burkinabè s’étant soldée par la chute de celui qui l’asservissait, il était juste de considérer que la révolution d’août 1983 venaitde connaître sa réhabilitation effective par celle d’octobre 2014.

 Mais le choix de Michel Kafando vient tempérer nos espérances d’autant plus qu’on l’accuse d’avoir trempé dans l’arrestation du Capitaine et Premier Ministre Thomas Sankara en 1983. C’est ce qui aurait valu sa mise à l’écart sous le CNR avant que la rectification et le régime de la 4ème République ne le remette en orbite.

L’homme a-t-il changé depuis ? Mystère… ! Il a été en poste à l’ONU à partir de 1998, donc au moment où la crise et l’affaire Norbert Zongo éclatait et que le régime croulait sous le poids des critiques.

Pour qui connait la tâche du diplomate on peut dire que Michel Kafando a été l’artisan parfait pour défendre l’image du régime qui était en proie à cette crise, sans oublier qu’il fallait travailler à effacer les traces d’accusation de trafic d’armes et d’immixtion dans de nombreux conflits africains.

« Michel Kafando, visiblement proposé et soutenu par l’armée, pourra-t-il librement travailler à la vérité et à la justice sur le drame d’octobre 1987 ou est-il en place pour couvrir les arrières du régime déchu ? »

Il est difficile de travailler à polir l’image d’un régime, tel un cireur de chaussures, quand on n’est pas véritablement du sérail. Ensuite, c’est sous lui que le régime Compaoré a dû se défendre en 2006 devant le comité des droits de lhomme de l’ONU dans l’Affaire Sankara.

Si Michel Kafando était plutôt en poste à New York et l’affaire traitée à Genève, il faut croire que le représentant de Blaise auprès de l’ONU qui présida le Conseil de sécurité ne ménagea aucun effort pour venir au secours du régime Compaoré. La suite on la connait.

Alors des questions légitimes se posent sur l’homme et le processus qui a conduit à son choix quand on sait que L’Observateur Paalga a vu sortir la fumée blanche avant tout le monde. Qui peut apporter la preuve que Michel Kafando était opposé au projet de modification de l’article 37 ?

On peut aussi se demander si le collège de désignation était au parfum des échanges de civilités à travers la presse entre Michel Kafando et son successeur Der Kogda au sujet de la vente de la résidence du Burkina à New York, affaire qui devra du reste être élucidée au même titre que les affaires de corruption et de crimes économiques.

Michel Kafando, visiblement proposé et soutenu par l’armée, pourra-t-il librement travailler à la vérité et à la justice sur le drame d’octobre 1987 ou est-il en place pour couvrir les arrières du régime déchu ? Les enfants des révolutions d’août et d’octobre seront-ils entendus dans leur volonté de réhabilitation de Thomas Sankara, le père des Révolutions ?

La justice pourra-t-elle enfin se faire sur la liquidation des militaires de Koudougou au lendemain de la rectification compaoriste, les affaires Henri Zongo, Boukari Lengani, Norbert Zongo etc. quand on sait que le RSP et bien des officiers pourraient avoir à en répondre de beaucoup. Le PFT Kafando pourrait-il s’affranchir des griffes de la grande muette à qui il a manifesté séance tenante son devoir de reconnaissance ?

« Nous ne saurions demander au Président du Faso de Transition (PFT) d’assouvir pleinement un quelconque sentiment de revanche ou de vengeance des uns et des autres, mais le minimum que nous puissions demander, pour rester cohérents avec nous-mêmes, c’est qu’il ne soit pas un obstacle à la vérité et à la justice »

Le premier signe viendra assurément de la nomination du Premier ministre de transition. Il donnera un gage d’indépendance en nommant Mme Joséphine Ouédraogo ou d’autres personnalités plus avenantes pour donner des gages au peuple.

Sont de ces probables candidats sérieux, diplomates chevronnés ou technocrates reconnus que la Charte a aidé à disqualifier et qui auraient pu être de vrais challengeurs pour Kafando. Mais si c’est un militaire en fonction jusqu’à la chute de Compaoré qui est nommé à ce poste, comme le susurrent certains, on pourrait s’en convaincre que cette révolution aura été confisquée.

 Ce sera la meilleure preuve que non seulement l’armée mais Blaise et son système, sont en fait partis pour mieux rester et tenir les rênes du pays à distance. Nous aurons vécu une révolution en trompe l’œil. Il y a donc un devoir de vigilance que le respect à nos martyrs nous impose.

 Et le nouveau Président de transition doit savoir que tous ses faits et gestes seront scrutés, jaugés, évalués à l’aune de son indépendance vis-à-vis du système Compaoré mais aussi du pouvoir militaire qui visiblement l’a fait roi.

Nous ne saurions demander au Président du Faso de Transition (PFT) d’assouvir pleinement un quelconque sentiment de revanche ou de vengeance des uns et des autres, mais le minimum que nous puissions demander, pour rester cohérents avec nous-même, c’est qu’il ne soit pas un obstacle à la vérité et à la justice. Nous le devons aux suppliciés du régime Compaoré qui ne sauraient attendre le verdict des urnes en 2015 pour que justice leur soit rendue.

Sidpawalemda H. Ouédraogo

[email protected]

Twitter: @sidpawalemda

Blog : www.monfaso.wordpress.com

B24 Opinion

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Il y a 23 commentaires

  1. Ceci n'est pas son r?le en 12 mois de transition!!!!!!!

    Michel Kafando, visiblement propos? et soutenu par l?arm?e, pourra-t-il librement travailler ? la v?rit? et ? la justice sur le drame d?octobre 1987 ou est-il en place pour couvrir les arri?res du r?gime d?chu ? Les enfants des r?volutions d?ao?t et d?octobre seront-ils entendus dans leur volont? de r?habilitation de Thomas Sankara, le p?re des R?volutions ?

    Ce sera un des objectifs du pr?sident qui sera ?lu apr?s la transition!!!!

    Proc?dons par ordre!!!!

  2. Qu'il soit nomm? par Pierre ou Paul c'est la volont? du peuple Burkinab? qui doit passer en premier. C'est ce que Blaise n'a pas compris, mais diplomate qu'il soit, il saura lire entre les lignes. Il a commis une premi?re erreur sous la r?volution d'Aout 83, en finan?ant le renversement de SANKARA(Lire dans processus de la r?volution de Babou Paulin BAMOUNI). il faut qu'il mesure la port?e de la pr?sente r?volution(R?volution d'Octobre 2014) car ce sont les enfants de SANKARA qui ont chass? Blaise COMPAORE du pouvoir. Donc, il faut qu'il prenne en compte les aspirations l?gitimes de la jeunesse Burkinab?. Sinon, il ne pourra pas remplir sa mission. Dieu b?nisse le Burkina Faso.

  3. President de la transition a ton dit.laicon tout les problems d’abors et gerons le cotidiens des burkinabes et transiton dan les elections.”qand on part pour etr nounou on s’ empresse pas de demander le nom de l’enfant”vous savez pourqoi?….

  4. Implaccablement vrai Aicha Nad?ge. En plus demander ? une transition dun an d’?lucider des dossier aussi touffus que complexes rel?verait d’une m?connaissance r?elle des proc?dures judiciaires. Trop de choses ?taient au point mort depuis 27 ans. Aidons nos actuels dirrigeants ? relever certaines pentes avant de remettre le flambeau aux suivants. Bonne Chance Pr?si Kafando

  5. Ce n’est pas au pr?sident de transition de faire la lumi?re sur les crimes. C’est une affaire de justice, c’est ? elle de faire la lumi?re. En plus il doit savoir que c’est une transition .

  6. le drame d?octobre 1987 n’est pas le probl?me prioritaire maintenant, chaque chose en son temps; c’est la situation actuelle qui risque d’etre un drame si les gens ne calment pas leurs ardeurs et cherchent toujours ? discrediter tous ceux qu’on choisi; acceptez que personne n’est parfait et que vous ne ferez pas mieux ? leur place. Il y’a eu d’autre drames apr?s celui de 1987 l’heure n’est pas aux r?glements de compte mais ? la bonne marche du pays d’abord

  7. Ce que vous lui demandez mr ouedraogo ne fait pas en 12mois, parce la justice se base sur les preuves. Un jugement ne se fait un jour, ni un mois, ca peut prendre beaucoup de temps. Son role actuellement est de gerer le pays et organiser les elections dans le 12mois a venir et passe la main au president democratiquement elu. Lui pourra commencer a faire eclairer les differents crimes.

  8. est ce le role du president de transition d’etablir la verite?
    Je pense qu’il sera bien occuper avec la revision probable de la constitution et l organisation d election
    LHeure n est pas non plus a qui etait pour ou contre Sankara
    Je pense que ceux qui etaient dans la rue voulaient defendre la democratie et rappeler aux politiques que le pouvoir appartient au peuple. Il faut eviter les amalgames. Une annee de transition par homme avec un beau CV (je ne le connais pas ni de loin ni de pres) ne devrait pas nous faire rougir apr?s 27 ans d’insolence du regime dechu.
    Nous devrions tous lui souhaiter Bon success pour le bien de notre chere patrie tout en restant tres vigilants mais pas de suspicion sans fondement

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