Conseil national de la Transition : Un caucus a été oublié, selon Idrissa Diarra

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Dans la désignation des membres du Conseil national de la transition, neuf caucus ont été formés. Mais Idrissa Diarra estime qu’un dixième a été oublié : les médias en ligne.

Apparemment, surtout avec la « Révolution Internet », l’un des grands oubliés dans la détermination des caucus pour la constitution des membres du CNT (Conseil national de transition) au compte de la société civile, c’est le « caucus animateurs des médias en ligne ». Pour mesurer la contribution de ces acteurs, il faut chercher dans le rôle des médias, et plus particulièrement des médias en ligne.

En effet, « les médias sont à la fois comme un filtre et une vitrine de la société, sélectionnant les évènements politiques qui lui paraissent importants ou mieux, qui intéresseraient la société consommatrice pour les mettre en exergue » (1). A ce titre, ils constituent toute une mémoire de la société civile et politique et reflètent à la fois ce qui les intéresse.

Pour Lenine, « Le journal n’est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif : il est aussi un organisateur collectif […] Ce journal serait comme une partie d’un gigantesque soufflet de forge qui attise chaque étincelle de la lutte de classes et de l’indignation populaire, pour en faire jaillir un immense incendie. Autour de cette œuvre encore très innocente et encore très minime par elle-même […] se recruterait systématiquement et s’instruirait une armée permanente de lutteurs éprouvés » (2).

Sur la base de ces arguments, il devient aisé de mesurer l’ampleur de la contribution des médias dans la « Révolution démocratique et populaire » que notre beau pays vient de connaître. Et avec les médias, tous ces animateurs qui l’ont alimenté. Aux côtés des journalistes professionnels (intellectuels aussi), il est question ici de se pencher sur le cas d’une certaine intelligentsia qui n’a pas voulu se faire compter ces évènements combien historiques en demeurant dans la passivité. Bien au contraire, on peut dire qu’elle a « mouillé le maillot » ! L’arme principale de ces acteurs a été le recours à la « démocratie internet » (démocratie 2.0) via les médias en ligne.

Les débats autour du référendum étaient parasités par des faux-fuyants et des excès arbitraires d’intellectuels combattus sur le net

Quel lecteur fidèle des sites Lefaso.net, Burkina24 et autres, ne se souvient pas d’auteurs Agrégés ou Ph. D. en Philosophie, défenseurs inconditionnels du référendum, de la modification de l’article 37 de la notre Constitution et de la perpétuation de l’ex-Président Blaise Comparoré au pouvoir ?

Les fidèles lecteurs s’intéressant aux pages politiques, devraient tous les connaître, tant ils étaient populaires et faisaient déchaîner des passions. Leurs popularités pouvaient s’analyser de par les participants au forum suscités par leurs articles, participants qui se comptaient par centaine quelques fois ! A ce sujet, il y eut beaucoup de témoignages de nos concitoyens et même d’étrangers panafricanistes qui ont épousé la noble cause du peuple burkinabè. Au titre des sympathies venant de l’extérieur, compte l’importante contribution de Fridolin NKE, – Ph. D.,
Docteur en philosophie et Lettres de l’Université de Liège -, ce camerounais qui a exprimé toute son admiration pour le Président Thomas Sankara et, qui s’est insurgé contre son compatriote en dressant toute une typologie des nègres (ceux des palais, des champs, etc. Lire lien : http://www.lefaso.net/spip.php?article57881 ). Quant à nos compatriotes, via le forum, certains ont exprimé leur exaspération face aux excès et au travestissement de la vérité de certains défenseurs ardents de Blaise COMPAORE. Dans ce sens, ils n’ont pas manqué de souligner qu’ils n’avaient pas l’habitude d’intervenir au forum.

Les excès décriés par ces derniers étaient entre autres, les insultes dirigées contre les personnalités politiques et universitaires de notre pays, des citations hors contextes ou sans référence précises, certaines thématiques « sans intérêt pour l’heure » selon certains, des références de pages inexistantes ou des erreurs graves dans les caractéristiques des œuvres ou noms d’auteurs, des tournures touffues, difficile à cerner même par le lecteur patient, voire par un universitaire animé de bonne foi !

Dans leurs assauts répétés et manœuvres, toutes sortes de subterfuges étaient réunies pour perdre le lecteur de niveau moyen ! On aura vu du tout! Certains lecteurs désemparés ne savaient plus à quel saint se vouer. D’autres en sont venus même à détester cette belle discipline qu’est la Philosophie, tant ils ont été déroutés ! Par contre, certains lecteurs tenaces ont laissé libre cours aussi à leur inventivité : ils ont créé le terme « fou-losophe » dans le vocabulaire « forumiste » pour les identifier. Le journal l’Evènement, dans une de ses parutions, a parlé de trafic d’influence de la part cette catégorie d’intellectuels, prêchant dans le faux, et Debrsèoyir Christophe DABIRE prenant l’opinion publique à témoin, invitait à sortir de l’enfantillage, pour élever le niveau du débat !

Sans cette contre-attaque vigoureuse d’éveil des consciences, le doute et le découragement risquaient de gagner certains citoyens, pourtant, ardents défenseurs de la noble cause (…)

La victoire idéologique sur les pro-référendums et « pro-continuisme » via les médias

« La plus belle femme ne peut donner que ce qu’elle a », dit le dicton populaire. L’intellectuel ne déroge pas à cette règle. La première arme de l’intellectuel, qui fait sa spécificité, c’est le combat théorique et idéologique. Pour ce faire, il ne manque pas de faire recours à de nouveaux concepts, à des démonstrations et au déni des contre-vérités. Ce rôle, on ne peut le nier, a été pleinement assumé sur les médias. Par ce fait, la « division du travail » – prônée par David Ricardo -, trouve son application pratique et politique dans la « Révolution démocratique et populaire » en cours au Burkina Faso.

Cependant, aux yeux d’une certaine opinion, les intellectuels ont été passifs ! Au delà d’un simple constat, de tels propos ressembleraient fort à certains égards, aux accusations quand on sait qu’un adage populaire affirme que « qui ne dit rien, consent ». Un leader de la société civile qui se reconnaîtra certainement, a poussé loin son argumentaire jusqu’à affirmer sur la radio Oméga FM, que les intellectuels n’ont pas été présents et actifs dans la lutte et qu’il ne fallait pas, juste pour les contenter, leur accorder trois postes prétendus réservés à leur intention au CNT. De tels propos, s’ils ne traduisent pas une réelle méconnaissance de l’intellectuel ou de son rôle, ressembleraient à une négligence à son égard ou tout simplement, à de la gourmandise pour les postes à occuper au CNT (…) Sans être « excellent moré-phone», un terme consacré en langue mooré exprime bien cette volonté de « tout prendre », dans lequel le CDP s’est souvent bien illustré aux consultations électorales passées : le «tuk-guli ». Les échauffourées nées entres les OSC au titre du CNT ces dernières semaines, ne semblent pas démentir cette observation.

Sans être animé d’une mauvaise intention par ailleurs, il est possible que ledit leader d’OSC ne reconnaisse l’intellectuel que dans certaines personnes, catégories et profils spécifiques ! Il voudrait certainement voir des universitaires, des professeurs titulaires, des agrégés bien connus, drapés de leurs titres académiques, faisant des déclarations fortes ! Selon une telle opinion fausse cependant, si ces personnes bien connues n’ont pas agi ouvertement, voire dangereusement pour leurs propres vies, c’est que les intellectuels seraient restés passifs ! Voilà une erreur vraiment monumentale !

Ose-t-on par ailleurs défendre l’idée que les intellectuels n’étaient pas parmi ces innombrables foules drainées dans les différentes villes et campagnes lors des différentes marches anti-référendum (en 2013-2014), avec la conviction du devoir à accomplir en tant que citoyens, particulièrement en rapport avec leurs statuts ? Sans aller loin dans le débat, il est clair que la réponse est non !

Comment ne pas se souvenir du brillant article « sur l’idéologie du complot » du Dr Debrsèoyir Christophe Dabiré, ce philosophe érigé par la force des choses, en « véritable parapluie idéologique» pour les internautes, au sujet de l’article 37  (lire le lien : http://www.lefaso.net/spip.php?article58134 ), en réplique transversale à un autre article qui accusait l’opposition burkinabè de « complot contre le régime COMPAORE » !

Pour partager ici mon sentiment, à la vue ce dernier titre accusateur, j’ai eu des frissons de frayeurs ! Aussi, je me suis dit bien avant lecture : « dans quel pétrin l’opposition est parti se mettre encore ! » Mais après lecture, que ne fut ma déception au constat de la vacuité dudit article ! Après cela, plus aucun autre article de l’auteur en question, de mémoire, n’a été publié sur la situation nationale. Fut-il une autocensure, une fuite ou une censure décidée par les médias en ligne ?

Comment ne pas se rappeler non plus de l’invitation adressée au Dr Assimi Kouada, Secrétaire exécutif du CDP, pour un débat public sur le référendum. Autre personne mieux que l’intellectuel, peut-il mener un débat public de ce genre? Quand on sait que dans le milieu intellectuel, de tels débats ne se déclinent pas sans conséquences nuisibles, le silence observé par ce dernier vis-à-vis de l’invitation en question, correspondait assurément à une énorme défaite idéologique ! Et moralement, c’était très bon à prendre comme « points » sur le plan idéologique ! Ce succès permettait « gommer » certains outrages faits à des personnalités connues, non des moindres, de la sphère politique, voire de la sphère académique et philosophique précisément !

Cet exemple n’est qu’un minuscule arbre, qui ne saurait cacher l’immense forêt sempervirente d’actions musclées contre le référendum, à travers nombre d’articles sur la toile, portant sur la citoyenneté, taillés sur mesure et sur l’actualité, proactifs, contrairement aux cours classiques ou traditionnels reçus dans les amphithéâtres !

Ils sont modestes leurs auteurs, et ne voudraient certainement pas être mis sous le feu des projecteurs. Mais la visée de cette tribune ici, va dans le sens de l’écriture de l’histoire. Pour cette raison, il est difficile de s’empêcher de citer « l’infatigable » Pr Touorizou Hervé SOME, que l’on pourrait qualifier de véritable « Général civil » de mobilisation des troupes de citoyens-internautes (ou d’internautes citoyens) de par ses articles qui furent à vrai dire, des conférences en ligne !

Beaucoup d’autres auteurs ou d’interviewés anti-référendum agissant à titre de spécialistes ou d’intellectuels, se reconnaitront en eux tout comme eux-mêmes se reconnaitront modestement en d’autres auteurs sur le net, non-cités ici. Il s’agit entre autres du Pr Séni Mahamadou OUEDRAOGO, de l’intraitable Cynthia Benao, -cette dernière -, qui a su honorer les femmes, etc. Grâce à ces multiples contributions, il est aisé aujourd’hui, de citer les nationaux comme références de par une citation dans les productions scientifiques. L’illustration la plus éloquente de cette excellente qualité intellectuelle, est la charte de transition, rédigée sans le concours de l’expertise extérieure.

Avec toutes ces contributions d’intellectuels agissant à titre individuel ou en groupe, la victoire idéologique était consommée (virtuellement sur le net) avant même les hostilités finales sur le théâtre des combats physiques : « la fameuse solution finale » des Allemands !  A ce niveau déjà, le réalisme et une certaine sagesse aurait suffit pour ne pas « tirer le bouchon trop loin ». Mais qui êtes-vous, vous intellectuels, avec vos savoirs et théories, que l’on juge à tort, d’être plutôt dignes de l’occidental !

Avec ces quelques exemples qui ne sont qu’une poignée et un type d’initiatives parmi tant d’autres, peut-on vraiment dire que les intellectuels n’ont « pas mouillé le maillot ? » Absolument non !

Et pour pousser l’interpellation plus loin, il importe de retenir que dans notre monde devenu très compétitif, dépendant des technologies de pointes, entre autres les TIC, aucune nation ne peut plus prétendre se développer en négligeant ou méconnaissant l’apport à faire par la gent intellectuelle et par des formations scolaires, universitaires et culturelles adaptées.

A ce titre, le caucus prétendu réservé aux intellectuels était bien nécessaire ! Aussi, avec la démocratie 2.0 (internet) devenue incontournable, accorder des postes au CNT aux théoriciens, idéologues ou autres leaders d’opinion sur internet serait tout simplement bien justifié !

Ces acteurs, pour faire comme les militaires en termes de commandement, peuvent être placés à juste raison dans les grades de « Maréchal civil », « Général civil », « Lieutenant-colonel civil », « colonel civil » et « Capitaine civil » (…)

Ouagadougou, le 27 novembre 2014.

Idrissa DIARRA

Géographe politologue
Membre-fondateur du Mouvement de la

Génération Consciente du Faso (MGC/F).

Cel : (+226) 66 95 04 90

Courriel : [email protected]


  • Lenine V., 1972 (1ère éd., 1902), Que faire ?, Edition de Moscou, Cité par Neveu Erik (2002), in Sociologie des mouvements sociaux, 3ème édition, Collection Repères, La Découverte, p. 92).
  • (I. DIARRA, La participation politique au Burkina Faso depuis l’avènement de la 4ème République, Mémoire de DEA de Science politique, UFR/SJP, Promotion 2007-08, p. 135.)



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Il y a 8 commentaires

  1. ya ya boin.c? vrai q ils font du boulo mai ils se sont oubli?s eux meme.qui va les appeler?si pour ecrir l’histoire du pays des gens sont cloitr?s chez eux attendant un appel,qu’il y demeurent. NZ disait?on ne donne pas la parolle, on l’arrache?

  2. Bonjour et f?licitations pour le travail effectu?.
    Permettez-moi un commentaire ? la lecture de ce tr?s complet et brillant article de M Idrissa DIARRA.
    Je regarde les ?v?nements au Burkina Faso par le biais justement des informations que les professionnels de la presse en ligne nous offrent chaque jour.
    Que ce soit par la presse ?crite ou par les r?seaux sociaux, nul doute que les consignes et les informations ont permis -et continuent de permettre- les ajustements n?cessaires au mouvement populaire. J’adh?re – de ma modeste place d’observateur non-Burkinab? – ? toute l’analyse de M I Diarra.
    La question qui me trotte dans la t?te est celle de savoir si on peut ?tre ? la fois juge et partie. Pour le dire plus simplement, il me semble que la redoutable efficacit? de votre m?tier vient pr?cis?ment de la possibilit? de critiquer les d?bats publics et les positionnements des uns et des autres. Que se passerait-il si ces m?mes professionnels se retrouvaient au sein du groupe qu’ils sont cens?s “commenter”?
    Il me semble – et, je le r?p?te, de mani?re admirative – que les id?es apport?es ? la fois par la contradiction et par la projection intellectuelle de nombre de journalistes 2.0, ont largement contribu? ? faire de votre r?volution un mod?le pour d’autres pays (et pas uniquement africains…). Mais je suis de ceux qui pensent que le d?bat l?gislatif devrait se faire dans l’enceinte “l?gale”, et que ce d?bat doit ?tre temp?r? par la voix du peuple (que vous relayez) ET AUSSI par la voix des citoyens ?clair?s et critiques sans entrer dans le pi?ge fatidique du d?bat parlementaire.
    En r?alit?, il me semble que l’engagement personnel et id?ologique d’un journaliste 2.0 qui signe ses articles participent autant (sinon davantage) au d?bat parlementaire, que le parlementaire qui l?ve sa main ou non lors du vote d’une loi !
    La question que vous posez est magnifique et ?norme, et interroge le fondement m?me de ce que devrait ?tre un fonctionnement d?mocratique au XXIe si?cle. Mais je vois mal les Etats se passer de la symbolique des Assembl?es Nationales, Chambres des Lords ou autres Knesset !
    Ce n’est qu’un opinion, et je suis conscient de la distance qui nous s?pare sur le globe. Mais apr?s tout, nous partageons ce globe. Et je partage votre combat.

    Avec respect et admiration

    Fausto Olivares
    (homme de th??tre, en France actuellement)

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