« Il y a du professionnalisme dans le métier de journaliste au Burkina », Boureima Lankoandé du RIJ

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Boureima Lankoandé est journaliste-reporter. Tout récemment, il a été porté à la tête d’un réseau de journalistes au Burkina Faso pour un mandat d’un an renouvelable. Depuis le samedi 31 janvier 2015, il est en effet le Coordonnateur du Réseau d’initiatives de journalistes (RIJ). Il s’est prêté au micro de Burkina24, ce jeudi 5 février, pour parler entre autres de ses principales missions à la tête de ce réseau et aussi donner sa lecture sur la question du professionnalisme dans le métier de journaliste au Burkina.

Burkina24 (B24) : Bonjour M. Lankoandé. Veillez nous présenter le RIJ.

Boureima Lankoandé (BL) : Bonjour. Le RIJ est une organisation de journalistes, regroupant ainsi un certain nombre de journalistes qu’ils soient des médias publics ou privés, des étudiants en journalisme et communication de l’université de Ouagadougou ou de grandes écoles.

B24 : Quand-est-ce que le RIJ a été créé ?

BL : Le RIJ a 14 ans. Il a été créé en 2001. La principale mission est de former les journalistes et communicateurs non seulement de la ville de Ouagadougou, mais aussi des différentes régions du Burkina.

Vous savez bien que la plupart des journalistes, surtout en régions, ne sont pas passés par des écoles de formation en journalisme ou communication. C’est sur le tas que beaucoup de journalistes ont appris le métier.

Et nous avons jugé qu’il est important de renforcer les capacités de ces derniers afin qu’ils puissent bien s’insérer dans la profession.

B24 : Quelles sont vos principales activités ?

BL : En dehors des formations qui constituent la plus grande partie des objectifs, nous organisons des sorties de productions. Il s’agit pour nous de regrouper des journalistes, les envoyer sur le terrain, en fonction de régions choisies au Burkina, afin qu’ils partent recueillir de la matière informative. En un mot, on organise la mission et les journalistes réalisent des reportages en fonction des sujets intéressants dans la zone.

Il y a également des voyages qu’on organise à l’international. Mais cela demande beaucoup de moyens. Il s’agit ici de regrouper (généralement) une dizaine de journalistes à travers un voyage dans la sous-région. L’objectif est également d’aller récolter des informations dans ces différentes localités et établir des contacts avec les confrères des pays voisins.

B24 : Mais concrètement, qu’est-ce qu’on peut attendre de vous qui êtes le nouveau Coordonnateur du RIJ ?

BL : C’est vrai que je suis nouveau Coordonnateur du RIJ depuis le samedi dernier (NDLR : 31 janvier 2015) lors de l’assemblée générale électorale. Il a beaucoup de défis que j’espère essayer de relever notamment au cours de cette année 2015.

Il y a l’autonomisation du RIJ. Parce que depuis un moment, depuis même sa création, le réseau avait un appui institutionnel d’un partenaire technique et financier qui est parti en fin 2013. Cependant, il y avait un petit appui institutionnel qui a pris fin en février 2014.

Il s’agit donc pour nous de travailler à autonomiser financièrement la structure. C’est ce que nous avions tenté de faire depuis lors, parce que je faisais partie du Comité de pilotage sortant. Nous avons donc essayé de mettre le RIJ sur pied car il était en train de s’incliner.

Mon mandat consistera essentiellement à remettre à niveau le RIJ, veiller à ce que son autonomisation financière soit effective. C’est grâce à cette autonomisation financière que nous allons pouvoir relancer l’ensemble de nos activités qui sont en danger.

En outre, nous allons essayer de renforcer la structure avec d’autres nouvelles activités en innovant et en inventant de nouvelles perspectives. Nous comptons également regrouper et remobiliser les membres qui se sont égarés dans la nature.

Nous pensons, par ailleurs, qu’il est important pour nous de conquérir de nouveaux partenariats en plus de ceux que nous avons. Cela va nous permettre d’une manière ou d’une autre de galvaniser les activités.

B24 : Avez-vous des partenaires à l’international ?

BL : Non, pour le moment nous n’avons pas de partenaires à l’étranger. Tous nos partenaires sont ici à Ouagadougou, au Burkina Faso.

B24 : Pourquoi n’y a-t-il pas de membre féminin dans votre bureau  ?

BL : L’explication est simple. C’est un constat général qu’on fait d’ailleurs dans la vie quotidienne surtout dans les institutions. Au niveau international national et même local, les femmes ne veulent pas s’afficher. C’est un constat qui est fait et qui peut être fait également par tout le monde.

Pour ce qui est du RIJ, il faut dire qu’on avait un problème de mobilisation. C’est un des défis d’ailleurs que nous tenons à relever. Mais au-delà de cette difficulté, il y a surtout le cas spécifique des femmes. Elles ne veulent pas s’engager. C’est au cours des années récentes même que les femmes ont commencé à s’engager dans le journalisme.

Lors de l’assemblée générale, il n’y avait que deux filles qui étaient présentes. L’une d’entre elles participait pour la première fois à l’assemblée générale du RIJ. Elle a expliqué que c’était difficile pour elle de prendre un poste au sein du bureau. L’autre a carrément refusé de s’engager pour un poste.

Il est difficile de forcer quelqu’un à s’engager pour une quelconque responsabilité. Il faut que la personne se convainc que la responsabilité qu’elle veut prendre, elle doit l’assumer pour pouvoir la mener à bien.

B24 : Vous travaillez, entre autres, à renforcer les capacités des journalistes. Le débat se pose de plus en plus sur la formation des journalistes. Estimez-vous qu’il faille que les journalistes soient formés à bonne école ou bien que les journalistes soient plutôt formés sur le tas ?

BL : D’abord il faut répondre à une question : Est-ce que le journalisme est une profession ? Lorsque vous posez la question aux professionnels, ceux qui vous diront que le journalisme est une profession ajouteront cependant que c’est une profession qui n’a pas fini de limiter ses frontières. C’est comme l’on a l’habitude de le dire : tout mène au journalisme.

On n’a pas forcément besoin d’aller à une école de formation en journalisme pour devenir journaliste. La preuve est que vous auriez constaté qu’il y a des gens qui n’ont pas suivi des études en journalisme mais qui s’en sortent mieux dans le métier que ceux qui ont fréquenté des écoles de journalisme.

Je pense que la formation est importante mais il ne faut pas tenir coûte que coûte à ce que les gens passent par des écoles de formation. Nous sommes là pour justement apporter notre pierre dans la formation sur le terrain. Nous faisons aussi des formations de base pour ceux qui n’ont pas vraiment reçu des formations dans ce sens-là.

Je pense que c’est bien que le journaliste soit formé, mais ce n’est pas nécessairement en passant par une école de formation. Parce que la formation est très importante. Ça permet notamment d’éviter certains manquements à la déontologie et à l’éthique de la profession.

B24 : D’une manière générale, quel regard jetez-vous sur la manière dont le métier est exercé au Burkina ? Est-ce que vous estimez qu’il y a du professionnalisme dans le métier de journaliste au Burkina ?

BL : En tant qu’individu citoyen, pas en tant que Coordonnateur du RIJ, je pense que le professionnalisme existe quand même dans ce métier au Burkina.

Pour la simple raison que si ce n’était pas le cas, on aurait justement un grand nombre de journalistes qui auraient des affaires avec la justice. Il y en a eu déjà,  des cas, mais c’est rare au Burkina. 100% de professionnalisme, c’est trop dire, mais il y a du professionnalisme dans le métier de journaliste au Burkina.

B24 : Auriez-vous un mot pour clore l’interview ?

BL : D’abord, je remercie Burkina24 de s’intéresser au Réseau d’initiative de journalistes dont je suis le Coordonnateur. Je suis également préoccupé par le fait que les femmes ne veuillent pas s’engager dans certains milieux.

Nous, au niveau du RIJ, on a vraiment besoin des femmes, parce que la plupart de nos partenaires ont un regard sur le genre. Plus on a une représentativité des femmes au niveau du Comité de pilotage par exemple, plus les partenaires nous ferons davantage confiance.

C’est un appel que je lance justement aux femmes journalistes. Je ne dirai pas forcément de venir au RIJ, mais en tout cas d’accepter s’engager, d’accepter prendre des postes de responsabilité que ce soit au niveau des organisations de la société civile ou des institutions formalisées au Burkina ou ailleurs si elles ont vraiment la possibilité.

Il ne faut pas avoir peur, il faut s’engager et vous allez vaincre la peur.

Propos recueillis par Noufou KINDO

Burkina24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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