Plateforme « OPEN Education » : “Nous voulons démocratiser l’éducation”

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Le monde de la  promotion de l’éducation compte un nouvel allié au Burkina, dénommé Organisation pour la promotion de l’éducation nationale (OPEN). Avec son site, www.openeducationbf.com, OPEN est considérée par ses fondateurs comme étant la première plateforme web consacrée entièrement à l’éducation. Dr Bachir Ismaël Ouédraogo (BIO), le Coordonnateur national de l’organisation, à travers une interview accordée à Burkina24 (B24), explique les avantages qu’offre cette plateforme mais tout en regrettant un manque d’accompagnement de partenaires nationaux.

B24 : Qu’est-ce que l’OPEN ?

BIO : L’Organisation pour la Promotion de l’Education Nationale ou OPEN ou encore OPEN Education est une association conduite par des jeunes Burkinabè d’horizons divers désireux d’apporter leur contribution à la cause de la jeunesse à travers la promotion d’une éducation accessible par tous mais surtout de qualité.

L’organisation a été reconnue officiellement en septembre 2011 sous les références « RECEPISSE N°2011/1059/MATDS/ SG/DGLPAP/DOASOC ».

B24 : Quels sont ses objectifs ?

BIO : Ce sont entre autres contribuer à la formation scolaire, académique et civique des élèves et étudiants au Burkina, œuvrer à faciliter l’accès des Technologies de l’information et de la communication (TIC) aux acteurs de l’éducation, créer un cadre d’échanges interactifs entre les différents acteurs, galvaniser le goût de recherche et de partage, encourager le leadership, l’esprit d’entrepreneuriat et d’innovation au sein de la jeunesse.

Notre mission, c’est offrir une éducation de qualité pour tous.

B24 : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer cette plateforme ?

BIO : Quelqu’un qui est au village ou dans une province peut vouloir avoir accès à un document et ne peut pas l’avoir. Notre vision est de créer un espace pour stimuler le partage de connaissances entre les différents acteurs du monde de l’éducation. En un mot : démocratiser l’éducation pour que tout le monde ait accès à la même qualité d’éducation.

B24 : Comment fonctionne concrètement la plateforme ?

BIO : Nous avons développé une base de données. Nous avons aujourd’hui sur le site, des documents, des cours, des devoirs et des livres téléchargeables pour toutes les classes et pour toutes les matières (du primaire au secondaire). 

Ajoutons également qu’il y a eu de l’engouement dès le lancement du site. On est à environ 20.000 à 25.000 visites sur le site sans qu’on n’est commencé les publicités et autres. Le document le plus téléchargé l’a été 19.400 fois.

Nous sommes en collaboration avec les meilleurs établissements et enseignants de la place. La plupart des fichiers sont au format Word et PDF. Il suffit d’aller sur la plateforme et vous découvrirez un autre monde.

B24 : Qui sont ceux qui téléchargent le plus de docs sur votre site ?

BIO : Malgré que la connexion soit défaillante au Burkina et malgré les difficultés de téléchargements, nous avons un besoin qui est là. Tenez-vous bien, ceux qui téléchargent le plus sont ceux qui sont dans les provinces. Ce qui voudrait dire que c’est ceux qui sont dans les provinces qui ont vraiment besoin de la documentation.

Aperçu de la plateforme OPEN Education.
Aperçu de la plateforme OPEN Education.

B24 : Comment arrivez-vous à financer toutes vos activités ?

BIO : Au début, les gens ne croyaient pas à ce que nous avons voulu faire. On a tapé à toutes les portes, tous les ministères. Chacun dit que c’est un bon projet, mais pas de suite favorable.

Par ailleurs, nous avons eu des partenaires étrangers notamment l’Organisation internationale de la francophonie, « eSyllabus for Africa » (Californie), Dr Arthur Van Noord et Kees Halkes (Pays-Bas). Nous sommes en discussion pour avoir encore quelques partenaires pour le reste des investissements sur le terrain.

Mais d’ici là, ça me fait un pincement au cœur de voir toujours que c’est l’extérieur qui comprend le fondement de notre éducation. Il y a des projets que certains font localement qui multiplient notre budget même par 30.

Tenez-vous bien. Même le ministère de l’enseignement secondaire et supérieur était avec nous. Ils nous ont permis, à un moment donné, d’avoir un siège. Mais à cause des divergences politiques, ils étaient obligés de nous dire de quitter ce siège. C’est une aberration quoi. Nous, on fait un travail pour le peuple burkinabè.

Et vous avez trouvé que c’est un bon travail. Mais comme entre temps, le Coordonnateur a dit qu’il n’est plus du parti au pouvoir, on dit de quitter le siège. On a quitté et on a continué notre projet jusqu’à aujourd’hui. Actuellement, on est sur le chemin d’avoir un partenaire national. On attend de voir.

B24 : Mais OPEN a-t-elle une casquette politique ?

BIO : Non. L’association est apolitique, non-syndicale, areligieuse et ouverte à toute personne, sans distinction aucune, qui partage sa philosophie. Ses missions consistent essentiellement à la numérisation d’une documentation variée et de qualité à travers sa bibliothèque virtuelle et à des formations et actions de plaidoyer en faveur des acteurs.

B24 : Aviez-vous entendu parler d’un autre site du même genre au Burkina ?

BIO : C’est le premier site au Burkina et même en Afrique francophone qui te propose de la documentation pour chaque classe, les cours, les devoirs et des téléchargements gratuits.

B24 : Avez-vous prévu d’éventuelles perspectives ?

BIO : Déjà soyons clairs. On n’a aucune intention de vouloir remplacer le professeur ni l’enseignant. C’est pour permettre aux enseignants, professeurs, élèves, étudiants et même les professionnels d’améliorer leur qualité. Il y a deux versions de la plateforme OPEN : le site et la version hors ligne. Ce qui est sur le site, c’est en quelque sorte un échantillon de ce que nous avons.

Grâce à nos partenaires, nous avons la base de données de Wikipédia offline téléchargée en français, en anglais et en allemand. Cela veut dire qu’aujourd’hui, l’on n’a pas besoin de la connexion pour faire des recherches sur Wikipédia. Et cette bibliothèque numérique (4 Gigas sans image et 20 Gigas avec image) est disponible pour smartphones, tablettes ou ordinateur. Avec cette application, l’on a une bibliothèque fonctionnelle sur son appareil et peut la mettre à jour chaque six mois ou chaque année.

On a décidé de passer par un canal connu de tous pour permettre à tout le monde d’avoir accès à la documentation : les SD Card (Cartes mémoires) par exemple. Pour ceux qui veulent (surtout dans les provinces), on peut gratuitement copier tous ces fichiers sur le support désiré (cartes mémoires, clés USB, disques durs, etc.). C’est lourd. Le tout vaut 120 Gigas. Il y a aussi un outil d’homonymie, de synonymie et d’illustration de plus d’un million de mots appelé Wiktionnaire.

Comme nous l’avons tantôt dit, plusieurs docs sont au format PDF. Nous avons une banque de données de plus de 3.000 livres, une vingtaine de bandes dessinées et de séries (Tintin, Lucky Luc, Astérix,…). On a aussi environ 500 vidéos qui expliquent les concepts difficiles des cours.

Nous avons prévu, en outre un concours. A base de ce concours et à base de la documentation sur les SD Card, on a plus d’une trentaine de bourses pour les inscriptions d’étudiants à l’université. Nous avons dans ce programme, 30 à 40 étudiants que nous allons prendre pour cette bourse et le financement de ce projet est déjà garanti.

B24 : Un dernier mot pour clore l’interview ?

BIO : C’est d’abord remercier Burkina24. C’est le lieu aussi de remercier tous ceux qui nous ont soutenus et qui ont cru au projet. Nous pensons à nos amis hollandais et américain. Il y a aussi certaines personnes au Burkina qui nous ont soutenus. Nous lançons en même temps un appel d’accompagnement et de regard bienveillant sur ce projet de la part de nos autorités.

C’est l’extérieur qui nous a soutenus à près de 95%. Ce n’est pas normal, on doit même avoir honte. Ce que nous faisons, c’est pour nos frères, c’est pour tout le monde. Le projet est déjà lancé et il ne reste qu’à transmettre le produit aux gens sur le terrain, le consommer et le vulgariser.

Propos recueillis par Noufou KINDO

Burkina24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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