Philippe Lacôte, réalisateur de « Run » : « On a eu des difficultés politiques »

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En compétition officielle pour l’ « Etalon d’or de Yennenga», le film «Run» du Franco-ivoirien Philippe Lacôte dès sa première a fait salle comble au ciné Burkina. Les commentaires vont alors bon train. Le réalisateur présent sur les lieux a bien voulu répondre à quelques questions.

Burkina 24 (B24) : Quel est votre sentiment de voir le public burkinabè faire salle comble ?

Philippe Lacôte (PL) : C’est toujours très émouvant de voir une salle qui est complètement peine, je remercie le public qui s’est déplacé massivement. C’est un sentiment de joie parce que c’est bien de montrer les films à Canne, c’est la première fois qu’on montre le film dans un festival sur le continent africain.

C’est important aussi de venir prendre la température du public africain, le public de Ouaga, le public du FESPACO qui est un public de connaisseur. J’ai l’impression que c’est une projection qui a été difficile au début mais à la fin, les gens sont rentrés dans le film et il y a eu une sorte d’adhésion.

B24 : « Run », vers quoi court le héros du film ?

PL : « Run » c’est quelqu’un qui fuit, qui court dans sa vie, qui passe d’une vie à l’autre. Je voulais travailler sur cette énergie pour rencontrer la jeunesse africaine d’aujourd’hui qui a l’impression d’être collée à un mur, d’être bloquée et qui cherche à sortir de la prison dans laquelle elle est.

C’est pour ça que je lui ai donné ce nom-là, pour donner une notion d’énergie, pour raconter l’histoire d’un jeune homme qui traverse toutes les vingt dernières années de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

B24 : Quel message voulez-vous faire passer ?

PL : En général, en tant que cinéaste, on ne peut pas être sourd et aveugle par rapport à ce que vit son pays. La Côte d’Ivoire a traversé une crise et il est de notre devoir, de notre inspiration de témoigner de cette crise chacun en sa manière.

C’est un travail de mémoire, ce n’est pas un travail de vengeance. C’est pas un tribunal. Je ne suis pas juge, je ne suis pas historien, j’ai eu envie à travers un personnage de retraverser tout ça.

B24 : Quelles sont vos attentes par rapport à ce film ?

PL : Ce film m’a déjà donné beaucoup. On était à Canne, on était à Toronto, on a fait de grands festivals.

B24 : Le film a été tourné en Côte d’Ivoire et au Burkina. Y a-t-il une explication à cela ?

PL : C’est un film qui a été fait entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. La moitié de l’équipe technique est burkinabè, il a un coproducteur qui est burkinabè, Michel Zongo.

On avait envie de dire que ces deux pays peuvent travailler, peuvent échanger. Nous sommes venus prendre l’expérience du cinéma ici au Burkina parce qu’il y a des techniciens qui ont plus d’expérience de long métrage et on a associé les deux.

On a envie de continuer ce genre de partenariat sud-sud, entre la Côte d’Ivoire et le Burkina qui sont des pays phare de l’Afrique de l’ouest.

B24 : Avez-vous rencontré des difficultés au vu du thème traité dans le film?

PL : Oui, des difficultés politiques. Les gens pensaient qu’on était en train d’accuser tel régime, tel autre régime.

Le film parle de tout ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. C’est vrai qu’il y a eu du nationalisme, la guerre, on essaie d’évoquer ça à travers des personnages humains sans jamais dénoncer les gens.

On a vraiment tourné le film sous pression. Mais l’équipe était vraiment très motivée et on est arrivé au bout du tournage.

B24 : L’amiral dans le film n’incarne-t-il pas le rôle de Blé Goudé?

PL : Dans le film, on fait des références directes ou indirectes à la situation en Côte d’Ivoire mais je n’ai pas voulu faire un film politique dans le sens d’accuser telle personne ou telle personne. La Côte d’Ivoire est dans un processus de réconciliation, c’est ce qu’on souhaite. C’est plutôt une manière de questionner notre histoire, de revisiter cette histoire et de faire un travail de mémoire.

B24 : Vous êtes donc là pour remporter l’Etalon de Yennenga ?

PL : On est là pour rencontrer les collègues, pour échanger. En même temps, on est là aussi pour dire que la Côte d’Ivoire est dans un renouveau de cinéma. On a aussi toutes nos ambitions pour les prix.

Propos recueillis par Reveline SOME

Burkina24



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