Adama Sosso, secrétaire général national du parti (micro), animant la conference de presse avec Rose Marie compaoré, presiente du groupe parlementaire UPC et Deni Nikiéma, premier vice président du parti (©Burkina24)

L’UPC « pour une opération « mains propres » non sélective »

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Ceci est une déclaration de l’Union pour le progrès et le changement (UPC)  sur les arrestations et interpellations de proches du régime de Blaise Compaoré. Pour le parti du Lion, ces arrestations ne devraient pas être sélectives. 

Depuis quarante-huit heures, le gouvernement de la transition procède à l’interpellation d’anciens ministres  du gouvernement déchu, ainsi que d’anciens maires, dans  ce qui s’apparente clairement à une «  opération mains propres ».

En effet, les chefs d’accusation présentés évoquent selon le cas, les surfacturations dans la passation de marchés publics, la mauvaise gestion de projets  ou de société d’Etat, la mauvaise gestion des parcelles, les écritures en faux, etc.

Tout en respectant la traditionnelle présomption d’innocence qui s’impose dans ce genre de cas, et en attendant que la justice donne son verdict, l’Union pour le Progrès et le Changement  salue cette décision  des autorités de la transition, d’exiger  que les comptes soient rendus, dans tout ce qui  a touché à la gestion de notre patrimoine commun.

La  lutte contre la mal gouvernance et la  gestion crapuleuse du bien  public  a toujours  constitué une priorité pour notre parti qui, depuis sa création, n’a eu de cesse de dénoncer le comportement  de nombre de responsables de notre pays (ministres, DG, DAF, chefs de projets, etc..) dont le sport favori  était la course à l’enrichissement illicite, ponctué d’un rythme de vie dispendieux et tapageur.

Fort de cela, l’UPC ne peut que se réjouir  de voir enfin  le  combat contre l’impunité  commencer  de se traduire en actes concrets dans la démarche de la transition.  Depuis l’avènement de l’insurrection victorieuse des 30 et 31 Octobre 2014, l’impatience des  burkinabè était grande de voir les fossoyeurs et autres vampires de notre richesse nationale rappelés à leurs responsabilités.

 Ils sont du reste nombreux à penser que les choses ont même un peu  trainé, et que cette opération mains propres aurait pu commencer plus tôt. Les choses  commencent donc maintenant, et c’est tant mieux !

Il est maintenant  important que cette opération mains propres produisent les résultats attendus  et tiennent toutes ses promesses. Pour ce faire, la première condition, c’est le respect  scrupuleux des procédures de droit. Notre pays, même sous transition, demeure un Etat de droit. L’interpellation  et la sanction d’un citoyen  doit se faire selon les  règles de l’art, et en conformité avec  les prescriptions la loi, dans le fond comme dans la forme.

C’est pour cela que l’UPC invite les autorités de la transition, à s’entourer du maximum de précautions juridiques pour bâtir des dossiers inattaquables. Car les Burkinabè   se souviennent de ce qui s’est passé avec les TPR sous la révolution Sankariste.

La précipitation mise  dans l’interpellation  des détourneurs, et le non-respect des procédures ont  entrainé un nombre très important de révisions de procès et de dédommagements faramineux qui ont beaucoup coûté aux contribuables.

A la lecture des  communiqués officiels, on a le sentiment que les personnes interpellées l’ont été sur la base d’enquêtes récentes. Or, de nombreux rapports d’enquêtes  effectuées par les corps de contrôle s’empilent depuis des décennies dans des tiroirs ; ces  enquêtes ont identifié des opérations délictueuses et les personnes qui en sont coupables. Le montant  de leurs forfaits est même connu. Dans le cas de l’ASCE et de la Cour des Comptes, ou des corps d’inspection des ministères, ces rapports ont même été publiés, y compris dans la presse nationale avec un listing nominatif des personnes concernées.

 A son arrivée, la transition a pris connaissance de ces rapports pour lesquels aucune enquête supplémentaire n’était nécessaire.  Pourquoi n’avoir pas alors procédé immédiatement à l’interpellation  des personnes concernées, dont certaines continuent de circuler allègrement dans le pays ?

S’il est fortement indiqué d’interpeller  ceux qui sont mis en cause par les enquêtes récentes, que  fait- on des autres dont les forfaits ont été découverts depuis longtemps, et actés par les corps de contrôle  dans le cadre des enquêtes anciennes?  Que deviennent toutes les personnes citées dans ces rapports anciens ? Ont-ils remboursé ? Sont-elles en prison ? Nul ne le sait !

Notre parti remarque  aussi  que toutes les personnes interpelées appartiennent soit au gouvernement déchu, soit à l’ancienne majorité, soit aux derniers conseils municipaux, toute chose qui peut donner l’impression d’une justice des vainqueurs.  La transition doit faire attention à cet aspect car  les délits de surfacturation, le détournement des fonds de projets, la gestion mafieuse des parcelles  ou la mise à genoux de sociétés d’Etat  ont commencé longtemps  avant que le  dernier gouvernement  de Blaise Compaoré ne soit nommé, ou avant que les derniers maires ne prennent fonction.

Ce sont des pratiques anciennes qui ont pris progressivement corps dans notre pays depuis le 15 octobre 1987. Si on veut une vraie opération mains propres, alors il faut remonter aussi loin que possible et que tout le monde soit concerné.

S’il est par exemple  indiqué de demander des comptes  pour la gestion de la Sonabel,  pourquoi ne le  fait-on  pas pour les autres sociétés d’Etat dont des anciens DG, notoirement  connus  pour avoir mis à sac leurs entreprises, continuent de se promener allègrement en ville ? S’il est indiqué de demander des comptes sur la gestion des parcelles,  pourquoi certains maires sont interpellés pendant que d’autres, connus pour être des  grands dealers continuent d’être libres ?

Cette approche sélective créé un certain trouble dans notre opinion publique, qui  exprime d’ailleurs sa frustration sur les radios FM et les réseaux sociaux. Pour elle, pendant que l’on pourchasse des gens, c’est comme si on cherchait  à protéger d’autres tout simplement parce qu’ils appartiennent au camp des vainqueurs.

Pour être crédible, l’opération « mains propres » que viennent de lancer courageusement nos autorités, doit éviter d’être sélective. Elle doit concerner tout le monde, quel que soit le camp politique auquel on appartient. Elle doit se baser  exclusivement sur les actes de gestion posés par les uns et les autres  dans le cadre de leurs responsabilités!

L’UPC soutiendra sans faille la transition dans cette  action très courageuse de salubrité publique et de lutte implacable contre l’impunité, dès lors que tout le monde est mis sur le même pied d’égalité. Mais  notre parti  ne cautionnera jamais une opération mains propres sélective, dans laquelle  on laisse de côté des gens qui ont des comptes à rendre.

Signé

Dénis Nikiéma

Premier Vice-Président



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