Violences xénophobes en Afrique du Sud : L’apartheid version 21e siècle

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Depuis le début du mois d’avril, l’Afrique du Sud est le théâtre d’une nouvelle vague de violences xénophobes avec pour cible les migrants africains. A ce jour, le bilan fait état de cinq morts. A cela il faudrait y ajouter de nombreux blessés et des milliers de déplacés.

Indignation et incompréhension sont les sentiments les mieux partagés sur le reste du continent. Pour d’aucuns, une telle situation est censée se produire partout en Afrique sauf au pays de Nelson Mandela, où la majorité noire a si longtemps bénéficié de la solidarité africaine dans sa lutte contre l’apartheid. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout commence le 21 mars dernier avec une déclaration incendiaire du roi des zoulou dans la région de Durban, fief du président Jacob Zuma.  Le monarque zoulou Goodwill Zwelithini en sommant les étrangers de “faire leurs bagages et de quitter le pays” a ainsi décrété les attaques contre les migrants africains à commencer par les Somaliens et les Éthiopiens qui sont particulièrement touchés.

Le chef de l’État Sud Africain  est monté au créneau pour stopper ces horreurs, tout comme Nkosazana Dlamini-Zuma, son ex-épouse, présidente de la Commission de l’Union africaine. “Mais malheureusement, ces déclarations sont arrivées trop tard, plus d’une semaine après le début des violences”, regrette Isaac Mangena, porte-parole de la Commission sud-africaine des droits de l’homme.

Quant à la fondation Nelson-Mandela, elle a publié un communiqué fustigeant “ces dirigeants qui ont ignoré la crise et attisé le feu de la haine”. Le fils de Jacob Zuma a certainement dit haut ce que son père et les dirigeants sud-africains pensent bas : “Nous sommes assis sur une bombe à retardement : les étrangers risquent de prendre le contrôle de ce pays”, a répété Zuma junior le 1er avril, reprenant dans la même vaine l’injective du roi zoulou.

Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’ANC préconise la création de camps de concentration: “Regrouper les étrangers dans des camps pour les recenser.” Venant du parti de la lutte antiapartheid, ce propos aura certainement choqué plus d’un.

En 2008 déjà, plus de 60 personnes avaient trouvé la mort lors d’une première vague de violences, qui avait notamment embrasé la région de Johannesburg, touchant des Zimbabwéens et des Congolais. Chaque année depuis, plus d’une centaine d’Africains étrangers sont tués dans des circonstances similaires.

En janvier dernier, de nouvelles exactions se sont produites dans le township de Soweto lorsqu’un commerçant somalien a abattu un adolescent de 14 ans, qu’il accusait de vol.

Ces violences trouvent leur fondement dans des raisons économiques. À Durban, ce sont des travailleurs en grève qui ont perpétré les premières attaques, après que leur employeur les ont remplacés par des étrangers.

Le nombre d’étrangers, bien que mal connu, oscillerait entre 2 et 5 millions, soit 3,7 % à 9,4 % de la population. Parmi eux, on compterait entre 500 000 et 1 million de sans-papiers.

Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Burkina24

Source: Jeune Afrique



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