Ali Badra Ouédraogo, militant CDP : « Si quelqu’un pense que le CRAC sera exclu du congrès, il se trompe »

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Le Cadre de réflexion et d’action pour le renouveau du Congrès pour la démocratie et le progrès (CRAC), une structure créée par des jeunes au sein de l’ancien parti au pouvoir et qui se considère comme son « bras droit », n’est pas invité au prochain congrès du parti de Blaise Compaoré. Son coordonnateur, Ali Badra Ouédraogo, par ailleurs membre du bureau politique du CDP et représentant de la section provinciale du Yatenga au directoire du parti, n’en est pas content. Il l’exprime dans cette interview accordée ce 5 mai 2015 à Burkina24 où il donne par ailleurs sa vision de ce que doit être l’ancien parti majoritaire après l’insurrection populaire. Badra Ouédraogo parle du CDP sans fard et sans gant.

Burkina24 (B24): Ali Badra Ouédraogo, vous êtes le coordonnateur du CRAC depuis les évènements des 30 et 31 octobre 2014, dates qui ont vu la chute du CDP, votre parti politique. Alors, comment se porte le CRAC ?

Ali Badra Ouédraogo (A.B.O) : Bien merci. Avant de me prononcer sur l’état de santé du CRAC, permettez-moi de vous féliciter.

Le CRAC se porte très bien parce qu’au jour d’aujourd’hui, nous sommes implantés dans certains chefs-lieux de provinces à enjeu politique majeur, notamment Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Ouahigouya et Koupéla. Koudougou et Ziniaré, c’est pour bientôt.

C’est pour dire que nous sommes représentés un peu partout et si vous prenez l’exemple de Ouagadougou, nous sommes représentés dans les 12 arrondissements et également dans certaines communes rurales et à Bobo-Dioulasso, c’est pareil.

B24 : Au regard de tous ces démembrements, est-ce qu’on ne peut pas affirmer que le CRAC concurrence le CDP ?

A.B.O : Non … Le CRAC, c’est le CDP et le CDP, c’est le CRAC. Donc il n’y a pas de concurrence possible.

B24 : Mais vous affirmez que vous êtes implantés presque partout au Burkina Faso ?

A.B.O : En réalité, le CRAC n’a pas fait d’effort pour s’implanter. Il faut dire que le CRAC n’a pas fait de déplacement particulier pour installer telle ou telle coordination de province.

Mais c’est suite à ce que nous abattons comme travail et au regard aussi de la justesse et de la noblesse des idées que nous défendons, je pense que c’est pour cela il y a eu cet engouement de la part des militants sincères du CDP à vouloir installer le CRAC un peu partout.

Je puis vous assurer qu’il n’y a pas de concurrence possible entre le CDP et le CRAC. En réalité, au moment où le CRAC naissait, aucune structure du parti n’était fonctionnelle.

Je pense que, pour ceux qui nous en veulent en arguant que nous ne sommes pas respectueux des textes du parti, nous voulons leur dire qu’en début novembre 2014, nous étions toujours en train de vivre les effets de l’insurrection. Il n’y avait pas des structures de parti, les principaux animateurs du parti n’étaient pas présents sur le territoire national.

« Des gens n’ont pas de base mais veulent profiter de la direction du parti comme un parapluie pour assouvir leur destin politique »

Et nous pensons en ce moment que nous avons eu le courage politique pour sortir, affirmer notre position au nom du parti. Aujourd’hui, je crois qu’il n’y a pas de concurrence. Simplement, le CRAC se positionne comme étant le bras armé du CDP qui veut changer le discours politique au sein du parti, à savoir un discours politique basé sur l’humilité et sur le respect des concitoyens burkinabè.

C’est un discours politique qui prend appui sur la nécessité de refonder le parti de façon profonde pour donner une nouvelle opinion du CDP.

B24 : Est-ce que cela est possible au regard du contexte actuel du Burkina?

A.B.O : Je crois que c’est bien possible parce que moi, j’ai confiance au peuple burkinabè. En réalité, le Burkinabè est tolérant et le Burkinabè a pour principe fondamental et ancestral le sens du pardon et de la tolérance.

Je pense que si au niveau du CDP, nous revoyons le discours politique, si nous prenons ce qui s’est passé les 30 et 31 octobre 2014, comme étant des phénomènes normaux de la vie d’une nation, nous devons tous accepter et ne pas nourrir le sentiment de vengeance ou de haine parce que je le dis, nous sommes tous burkinabè   et nous devons participer à la construction de ce pays.

Le CDP est le seul responsable de ce que l’avenir du parti sera. Je veux dire que si nous décidons que le CDP doit toujours être le parti fort, nous avons les mécanismes pour ça.

B24 : Certaines personnes qualifient les membres du CRAC, excusez du terme, de « bandits », pendant que d’autres veulent connaitre les sources de financement du CRAC…

A.B.O : Je veux simplement dire que nous ne sommes pas des bandits parce qu’en réalité, prendre un militant jeune du parti parce qu’il s’exprime et il veut s’affirmer comme étant un bandit, je crois que c’est ceux-là même qui tiennent ce genre de discours qui sont des bandits politiques.

De toute façon, dans le parti, on se connait. Ceux qui sont au niveau du CRAC sont des jeunes responsables et consciencieux qui ont pris leur destin en main et veulent s’affirmer politiquement dans le respect des aînés et des principes du parti.

Si c’est cela être bandit, nous acceptons d’être des bandits mais des bandits qui veulent un changement qualitatif et positif au sein du parti. Maintenant, quant aux sources de financement du CRAC, je ne confirme pas pour dire que le CRAC dort sur l’argent.

Nous avons été ralentis ces deux jours par cet assèchement financier qui ne nous permet pas de mener nos actions. Pour la petite histoire, nous avons été obligés d’aller discuter avec certaines personnes, responsables du parti pour avoir de quoi exécuter nos actions. Cela n’a pas été, évidemment.

Mais aujourd’hui, je peux dire merci et féliciter ceux qui ont compris la philosophie du CRAC et qui nous accompagnent. C’est vrai c’est difficile, mais comme je l’ai toujours dit, le CRAC n’est pas financé par un parti politique adverse.

J’appelle et j’invite ceux qui disent cela à apporter les preuves, parce que nous sommes dans un pays de savane. On se connait tous. On parle tous ensemble. On a les mêmes entrées.

Moi je ne veux pas rentrer dans les débats de cabaret parce que pour moi nous sommes sur une question assez fondamentale et les gens apprécient la problématique que le CRAC pose.

« Dans le parti, on se connait »                   

Maintenant, si c’est des arguties de nature à salir l’image des gens, je crois que l’opinion nationale est vigilante, les militants du parti sont vigilants et on sait où se trouve la vérité.

De toute façon, au CDP, nous sommes obligés d’aller dans le sens de la vérité si nous voulons être toujours un parti qui doit compter sur l’échiquier national. Soit on accepte d’aller dans ce sens en tenant compte aussi des idées que le CRAC promeut, ou bien on décide de faire autrement et de continuer avec les mêmes méthodes et pratiques politiciennes.

Je pense que les conséquences ne vont pas tarder, mais je pense que si nous aimons tous le parti, on doit aller dans ce sens. Ceux qui financent le CRAC sont des militants, des responsables du parti, mais qui requièrent l’anonymat, parce que vous savez comment ça fonctionne. Quand vous dites le nom de quelqu’un, on dit tout suite qu’il finance pour être le président du parti.

B24 : L’actualité au CDP, c’est le congrès qui doit se tenir bientôt. Comment le CRAC prépare cette rencontre prévue les 9 et 10 mai prochains ?

A.B.O : Au risque de vous surprendre, je dirai que nous n’avons pas été pris en compte dans l’organisation du congrès. Moi, en tant que membre du bureau politique national, à ce titre je pourrai participer au congrès. Mais qu’en est-il de certains camarades qui ne sont ni dans une instance du parti, ni dans un organe du parti ?

Ça veut dire que déjà qu’il y a une tentative d’exclusion parce que comme je l’ai dit aux gens, il n’y a pas très longtemps et nous sommes encore là-dessus, le CDP à travers ses alliés s’est mobilisé pour défendre la démocratie.

Si aujourd’hui, il y a des militants du CDP qui passent pour des champions d’exclusion en taxant tels ou tels groupes d’être des infiltrés, alors je pense qu’un congrès du parti pourra se tenir dans ce contexte-là, où le CRAC a été l’un des premiers organes à parler de l’éveil du parti et que nous ne soyons pas pris en compte.

B24 : Il faut souligner que le CRAC a quatre personnes dans le directoire…

A.B.O : Oui, mais quel est le traitement qu’on réserve à ces quatre personnes ? Moi j’ai du respect pour tous ceux qui animent le directoire. Je ne dis pas qu’au niveau du CRAC, nous pensons que nous sommes l’alpha et l’oméga du parti. Nous sommes humbles, mais reconnaissons que nous avons fait un travail sur le terrain et aujourd’hui il serait judicieux dans la perspective du congrès, qu’on nous associe de façon sincère pour que nous puissions aussi apporter notre contribution.

Mais je pense que nous n’avons pas fait tout ce travail pour rester en si bon chemin. Nous ne partons pas dans une logique de bagarre ou de concurrence mais en réalité nous allons nous donner les moyens pour que notre voix soit entendue au congrès.

B24 : Quels sont ces moyens ?

A.B.O : Nous sommes dans une phase de management politique qui nous amène à discuter avec des aînés qui sont au fait du CRAC. Je pense que c’est la première phase, mais de toute façon nous disons qu’aujourd’hui la jeunesse est prête, quel que soit le prix à payer, à prendre ses responsabilités.

Nous n’allons pas vendanger notre avenir politique sur la base des questions d’humeurs de personnes ou des gens qui pensent que Blaise Compaoré, en tant que père fondateur du parti n’étant plus là, ils sont devenus comme par enchantement les propriétaires du parti, je dis non.

Nous sommes tous des ouvriers du parti, il faut qu’on se respecte. Si quelqu’un pense que le CRAC sera exclu de ce congrès, il se trompe lourdement parce que nous ne sommes pas engagés pour rester en si bon chemin. Nous allons poursuivre.

Je pense que même si le CRAC de façon spécifique n’est pas au congrès, il y a des militants sincères qui vont participer au congrès et ils ne vont pas manquer d’épouser l’initiative du CRAC afin de faire passer les idéaux du CRAC qui sont aussi leur propre vision, par rapport à ce que le parti doit être.

B24 : Mais à travers ce comportement, d’aucuns pourraient dire que ce sont toujours les mêmes agissements sous Assimi Kouanda, ancien secrétaire exécutif national du CDP?

A.B.O : Vraiment sur cette question, je suis un peu déçu parce que je pensais que l’insurrection populaire avait aussi une leçon pédagogique, vu tout ce qui nous est arrivé.

Nous devrions vraiment tirer beaucoup de leçons à savoir des leçons d’humilité, de changement de comportement et même d’approche politique. Si le parti était perçu comme un géant au pied d’argile, c’est parce que le parti, bien qu’étant grand, avait des animateurs qui n’étaient pas populaires et qui n’étaient pas aimés de leurs bases.

Ils sont venus à la tête du parti par des cooptations fantaisistes basées sur le clanisme. Nous devrions donc poser balle à terre et mettre les gens qu’il faut à la place qu’il faut, et demander à ce que les militants de base puissent se reconnaitre dans la nouvelle direction qui sera mise en place.

Mais si par malheur, nous n’arrivons pas à percevoir cela et que nous mettions une nouvelle direction qui ne répond pas aux aspirations des militants de base, je crains fort que nous allons être un parti affaibli d’avantage. Je pense que ce n’est pas à nous de donner des leçons aux gens, ils sont conscients.

« Je ne plafonne pas mes ambitions politiques. Chez moi, en politique, seul le ciel est ma limite »

Il y a des gens qui ne sont pas capables de mobiliser 50 personnes dans leurs quartiers, qui ne sont pas capables d’aller dans leurs provinces parce qu’on ne les connait pas et aujourd’hui pour être députés ils sont obligés de surfer sur la direction du parti, pour avoir un bon positionnement et être députés à travers ce positionnement. Ce n’est pas normal.

Ailleurs, dans les démocraties avérées, pour que quelqu’un puisse prétendre être dans la direction d’un parti politique, il faut d’abord avoir déjà fait ses preuves au niveau de son fief électoral. Des gens n’ont pas de base mais veulent profiter de la direction du parti comme un parapluie pour assouvir leur destin politique.

C’est vraiment une mauvaise vision de la politique. Malheureusement, cette pratique a toujours la peau dure au CDP et j’invite les gens à revoir leurs copies, à repartir à la base, à travailler et à se faire une virginité politique à la base pour espérer avoir effectivement une promotion à la direction du parti.

Nous, nous sommes vraiment contre ces pratiques mafieuses, d’un certain siècle qui ne fait qu’apporter au CDP que des problèmes. Si nous voulons un parti débarrassé de tous ces problèmes, je pense qu’il est temps de prendre conscience de cela et changer radicalement.

B24 : Mais, est-ce qu’Ali Badra pourrait être président du CDP ou bien il a un favori pour le congrès?

A.B.O : Personnellement, je le dis souvent pour jazzer, si on me confiait aujourd’hui la tête du parti, je n’allais pas refuser parce que je ne plafonne pas mes ambitions politiques. Chez moi, en politique, seul le ciel est ma limite.

Je crois que dans la réalité politique, il faut avoir la tête sur les épaules. Le CDP est un patrimoine commun. Il a une histoire. Il était un parti d’Etat et assumer les responsabilités d’un tel parti dépasse mes compétences.

Entretien réalisé par Bienvenue APIOU avec Noufou KINDO et Benié APPIA

Burkina 24



Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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Il y a 19 commentaires

  1. Toi Ali BAdra , tu travailles pour qui ? Tu n as pas de le?on ? donner aux a?n?s . Attend votre congr?s . Tu es trop press?. C est pas hoba hoba qui gr? un parti. Tu parles trop

  2. Toi Ali BAdra , tu travailles pour qui ? Tu n as pas de le?on ? donner aux a?n?s . Attend votre congr?s . Tu es trop press?. C est pas hoba hoba qui gr? un parti. Tu parles trop

  3. Courage aux jeunes du CDP. Je ne suis pas du CDP mais je vous soutien. Il faut chasser les vieux politiciens, fatigu? qui ne peuvent m?me plus mobiliser 10 personnes et qui veulent continuer ? sucer le parti jusqu’? leur dernier souffle.Ne les laisser pas car ils n’ont plus rien ? prouve, ni aucune vision politique. Ce qui les int?resse , c’est faire comment pour pouvoir manger gratuitement. Une fois de plus soutien

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